l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

28 août 2007

intelligence, manipulation et ouverture

William Boyd situe l'intrigue de son excellent roman au milieu des services secrets britanniques durant la seconde guerre mondiale. L'héroïne est membre d'une petite équipe spécialisée dans la désinformation. Des faits inventés ou arrangés qu'elle concoctait secrètement viennent alimenter la presse et les médias. Installée aux Etats-Unis, cette cellule d'intelligence aura notamment comme objectif d'amplifier de "fausses vraies-nouvelles" afin de convaincre l'opinion publique américaine du bien fondé d'un engagement militaire contre l'Allemagne nazie. Si sa veine narrative est bien plus riche que ce résumé succinct, William Boyd s'est inspiré de faits réels et méconnus à partir de la tâche que Winston Churchill s'était assigné dès 1940: persuader les Etats-Unis de se joindre à la guerre en tant qu'allié de la Grande-Bretagne.

En début d'année, un autre livre recommandable a lui aussi traité des pratiques manipulatoires de l'information. Dans les falsificateurs, Antoine Bello relate les pratiques d'une organisation internationale souterraine et mystérieuse qui a vocation à faire le bien au détriment de la réalité. Par le truchement de la vérité, réinventée à l'échelle planétaire, les membres éminents de cette organisation montent "des dossiers" dans le but de modifier la perception des événements d'en orienter les effets et d'avoir prise sur le cours de choses.

Telle qu'elle évolue dans l'actualité récente, la candidature de Dominique Strauss-Kahn au poste de Directeur général du FMI rappelle les récits de William Boyd et d'Antoine Bello et la façon dont se construit lentement une manipulation, par une suite de petites inventions, d'interprétations fortuites ou d'insinuations douteuses. Prises isolément elles sont sans incidences mais mises bout à bout et orientées à dessein, elles finissent par donner un sens à la perception "d'une" vérité. Deux articles parus cette semaine dans la presse britannique rapportent des éléments à charge contre Dominique Strauss-Kahn. Ils sont conçus à partir d'allégations plus ou moins contestables issues d'informations ou d'événements qui viennent opportunément se croiser et se compléter pour le discréditer.

Tout est parti, il  y a quelques semaines d'une information faisant état des qualités de séducteur invétéré prêtées à Dominique Strauss-Kahn. Mais alors que cette facette cachée du personnage pourrait encore passer pour un motif de fierté nationale dans les sociétés méditerranéennes de la vieille Europe, la source de cette information sulfureuse ajoutait non sans perfidie qu'elle pourrait tout aussi bien s'avérer fortement préjudiciable dans le monde anglosaxon où tout comportement plus ou moins équivoque avec les femmes, peut vite conduire devant les tribunaux pour accusations de harcèlement sexuel. On était bien loin du FMI et de la finance internationale.

Plus récemment, c'est la sortie du livre consacré à Nicolas Sarkozy par Yasmina Reza qui a relancé la rumeur autour de Dominique Strauss-Kahn. Dans son récit, l'auteur cite à plusieurs reprises un homme qu'elle nomme G. et à qui elle a dédié son texte. Indiscrétion malveillante ou mauvaise interprétation de sous-entendus non démentis? On évoque un  homme politique socialiste qui aurait eu des velléités pour se porter candidat à la Présidence de la République. Le raccourci est rapidement pris. Sans délai, Dominique Strauss-Kahn est soupçonné. Devenu un énigmatique personnage de fiction pourquoi ne pas lui prêter, dans la foulée, une liaison avec l'auteure dont le succès littéraire profitera, au passage, d'un parfum de polémique? En rendant compte du livre par rapport à l'événement politique qu'il représente en France, l'article du Sunday Times et son titre tendancieux n'a pu s'empêcher d'établir un rapprochement avec la réputation de "chaud lapin" ("hot rabbit") du candidat de l'Europe au FMI évoquée plus haut.

Là dessus, paré de son aura journalistique et de sa légitimité historique, le célèbre Financial Times a pu facilement en rajouter une couche et remettre en cause les compétences de l'ancien Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie français pour diriger l'institution financière internationale qu'il convoite.

En diplomatie comme dans les services secrets ou en politique, rien n'est gratuit, tout a un sens qui exige d'être compris et chaque chose compte à la mesure de l'explication qu'on lui donne. En cas de défaite, loin d'invoquer le hasard ou la fatalité, Dominique Strauss-Kahn pourra bien supputer une manipulation au premier rang de laquelle figurerait l'impétueux correspondant de Libération à Bruxelles - c'est de son blog que tout le buzz est parti - ainsi qu'une dramaturge française de renom à cause d'un livre consacré au Président de la République, et par ailleurs l'un de ses plus farouches soutiens au nom de cette magnifique ouverture.

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26 août 2007

L'Aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza, Flammarion 190 pages, 18€

280807_143Grâce à Yasmina Reza ou à cause de Nicolas Sarkozy, la rentrée littéraire fait cause commune avec celle de la politique.

A grand renfort médiatique, la célèbre auteure - Art, forcément Art! - sort le livre qu'elle a tiré de sa présence au plus près de Nicolas Sarkozy durant la dernière campagne présidentielle. Réfutant la cause journalistique, Yasmina Reza, et surtout ceux qui ont autorité pour parler à sa place, ont bien pris soin d'annoncer une oeuvre littéraire. Avec 190 pages, elle est succincte et ne correspond pas au pavé qu'on pouvait être en droit d'attendre quand on connait le débit du héros et la force tragique, riche en rebondissement, d'une campagne électorale.

C'est donc par la concision du propos que Yasmina Réza veut séduire. Par bribes décousues et vaguement chronologiques, elle rapporte des anecdotes, des dialogues ou des situations centrés sur la personne du Président de la République qui n'était alors que candidat. On ne sait si ces épisodes ont été fébrilement sélectionnés. En tout cas, ils donnent une impression véridique des turbulences d'une course à la présidentielle qui brasse des sentiments mêlés aux extrêmes entre le rire et les larmes, où l'essentiel côtoie le futile pour fournir aux principaux protagonistes "des émotions, des vibrations, parfois même des exaltations".

Au milieu de ce tourbillon, l'agitateur en chef apparait de manière assez juste. Yasmina Reza a saisi un condensé enlevé et alerte d'une personnalité politique hors du commun. Et l'appréciation vaut dans les deux sens. L'homme peut monter ou descendre dans l'estime du lecteur, c'est selon. Humanisé à certains moments, présenté dans toute sa fatuité à d'autres, tout n'est pas flatteur dans le récit de Yasmina Reza. Son personnage possède bien des travers qu'elle ne cache pas, comme elle ne cache pas non plus l'empathie qu'elle lui accorde au fur et à mesure de la campagne. Elle est touchée, émue et séduite par cet homme qu'elle compare souvent à un enfant dont la jeunesse immature ne lui interdit rien. Il y a chez Nicolas Sarkozy de l'innocence et de la naïveté qui se mélange à une détermination décomplexée et calculée, servie par une action froide et maîtrisée en fonction d'un objectif clairement exprimé. C'est cet alliage qui détone chez lui et explique peut-être la fascination qu'ont peut lui accorder.

Par son récit vif et leste, Yasmina Reza stigmatise la vitesse. Il y a celle de la campagne, toujours en mouvement pour toucher et convaincre au maximum durant cette période. Il y a surtout celle de Nicolas Sarkozy, comme une seconde nature. L'immobilité ou l'inaction ne sont pas de son monde. Yasmina Reza le rend bien: "Je dis ce n'est jamais le présent qui vous intéresse, vous vivez en perpétuel devenir." Telle est d'ailleurs l'interrogation qu'elle laisse poindre lorsqu'elle partage avec lui, et d'autres, la scène de la place de la Concorde. De Nicolas Sarkozy, on sait tout de sa conquête du pouvoir ; reste désormais à venir l'action et les résultats. "A ce moment-là, j'ai pris conscience, même très modestement, pour le patron surtout, qu'il y avait une obligation de résultat, j'ai compris que la charge était énorme"

L'apport du livre de Yasmina Reza à la littérature est-il significatif? Au delà des critiques d'une saison littéraire, le temps saura le dire. En revanche, le rapport est palpable et c'est Nicolas Sarkozy qui empoche la mise d'un succès éditorial escompté. Nul doute qu'il scrute avec attention le chiffre quotidien des ventes. Ca le rassurera. Le livre de Yasmina Reza vient conforter son irrépressible volonté de marquer l'instant, le moment qui vient.

Assurément, le Président de la République lorsqu'il a décidé, il y a un an d'accéder à la demande de l'auteure de le suivre comme son ombre, avait en lui cette idée sous-jacente de sa présence à jamais suffisante dans le flot de la vie française, y compris par la défaite, pour assouvir son ambition d'être ou son désir de paraître. Pour l'expliquer Yasmina Reza fournit une belle définition "Ils jouent gros. C'est ce qui me touche. Ils jouent gros. Ils sont à la fois le joueur et la mise. Ils ont mis eux-mêmes sur le tapis. Ils ne jouent pas leur existence, mais, plus grave, l'idée qu'ils s'en sont faite."

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25 août 2007

Raymond Barre (1924 - 2007)

Raymond Barre se fut d'abord un livre, publié chez Thémis, en deux tomes, le Barre I et le Barre II: deux pavés austères mais incontournables pour l'étude des sciences politiques.

Le professeur d'économie allait transformer ses qualités pédagogiques en sésame politique avec l'estampille présidentielle de "meilleur économiste de France" lorsque Valéry Giscard d'Estaing avait "donné un Premier ministre à la France". Bravant avec une certaine appétence les us et coutume du "microcosme" et raillant plus souvent qu'à son tour le "système des partis", Raymond Barre aura réussi par un goût masqué de l'impertinence à revendiquer et à préserver son indépendance de corps et d'esprit tout au long de son parcours politique auquel il mis, sagement et de lui-même, un terme en 2002. Il aura certainement été aidé dans son cheminement par feu le RPR, ex UDR, son fondateur et la kyrielle de supplétifs voués à la destruction, patiente et consciente de son action gouvernementale. La perversité du combat politique aura rarement autant transpiré d'une majorité qu'au cours des trois gouvernements Barre, de 1976 à 1981. Dans sa quête immodérée du pouvoir, son prédécesseur et ses féaux n'auront pas ménagé leur peine pour saper un homme et détruire la politique courageuse, à défaut d'être attrayante, qu'il entendait conduire. En plein choc pétrolier, la pente de Raymond Barre était peut être raide mais elle était droite et sans doute prometteuse de perspectives qu'on constate aujourd'hui avec envie de l'autre côté de la Manche. Comme l'a écrit Jean-Baptiste de Montvalon dans son papier du Monde: "Voir juste avant les autres confine, en politique, à l'isolement."

De fait, pour être un grand fauve politique, il faut avoir connu le souffle court qu'amène l'épreuve. On en tire alors, soit l'adrénaline pour la reconquête, soit l'art de la sagesse. Nonobstant l'écoute légère qu'on lui prêta, Raymond Barre aura plutôt gagné en sagesse comme en témoigne sa décevante prestation lors de la présidentielle de 1988. Car avant toute chose, il revendiquait avec malignité la vérité et la rectitude. C'est hélas souvent rédhibitoire pour conquérir le pouvoir ; pour preuve son intransigeance justifiée face aux pratiques douteuses de la cohabitation. La dilution des majorités présidentielles et législatives intervenue en 1986 par la grâce machiavélique de François Mitterrand avec la complicité bienveillante de Jacques Chirac, aura fait surement sont oeuvre pour dévoyer les institutions de la Vème République et discréditer l'action des gouvernants, tel qu'il l'avait prédit à l'époque.

Reste la pitoyable polémique sur son supposé antisémitisme. Lors de sa récente réactivation, à l'occasion d'un livre de souvenir hautement recommandable qui a paru durant la dernière campagne présidentielle, Authueil avait fort bien résumé son caractère manipulatoire.

Posté par gtab à 21:04 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 août 2007

Comment j'ai passé mes vacances avec Cécilia Sarkozy

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Posté par gtab à 22:39 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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