l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

23 septembre 2007

Bel de nuit, Gerald Nanty d'Elisabeth Quin, Grasset - 335 pages, 15,90€

BeldenuitGerladNantyIl en va des plaisirs de la nuit comme des arts de la table, c'est la nappe et la vaisselle qui font la différence. En ce domaine et sans présupposé génétique, la veine homosexuelle, sait présenter les choses avec éclat, mettre les petits plats dans les grands et doser le tout de bonne musique et de belle humeur.

C'est en tout cas un des axes de lecture de ce livre qui fait des folles, les reines de la nuit. Gerald Nanty est une institution du noctambulisme parisien. Comme on spécule sur des immeubles au Monopoly, il a, en quarante ans de métiers, ouvert estaminets et autres lieux de débauche plus souvent qu'à son tour. Ils servent de fil rouge à Isabelle Quin pour dresser de fort belle manière un panorama en pied des cinquante dernières années du Paris by night.

On passe par des endroits au nom évocateur du Tabou, vestige canaille des grandes heures germanopratines, ouvert au 33, rue Dauphine le 11 avril 1947, jusqu'au Mathy's, rue de Ponthieu en passant par le sulfureux Bronx ou l'indémodable Castel. Au lancement, la philosophie et la doctrine existentialiste se mélangent aux rythmes de la culture américaine. Fasciné par l'ambiance, le jeune Gérald Nanty, orphelin d'une mère qu'il adulait, apprend le métier et rencontre l'amour. Chaque époque aura son style, ses références et son amant.

Dans le circuit de la nuit, les étapes sont nombreuses qui attirent les noctambules comme des proies consentantes. On y croise des stars avant l'heure, des marlous au grand coeur, des égéries faciles et graciles, des écorchés vifs, des recalés, des déjantés, des illuminés. Tous se retrouvent et s'assemblent dans l'oubli, la fête et la démesure. La nuit tous les chats sont gris.

Elisabeth Quin a l'art de tirer les portraits au cordeau. On retiendra celui de Manouche,"une tornade postillonnante, une ogresse rubiconde". Dans un rôle différent, François Sagan et "sa souveraine indifférence de fille bien élevées" a imprimé sa marque sur la nuit parisienne. On croise Amanda Lear, "tout en jambes et en dents" que Salvator Dali rencontra au sous-sol de chez Castel. Il y a aussi des homos comme ils disent. D'eux vient la folie, l'outrance et la dérision qui libère en donnant accès au rire, à la frivolité et aux plaisirs éphémères. Roger Peyrefitte, Jacques Chazot ou Thierry Le Luron sont croqués avec humanité à côté de personnalités plus confidentielles que les habitués reconnaîtront. Ainsi ce Jacques Iskander, un temps secrétaire particulier de Coco Chanel qui avait deux marottes: parler au féminin et s'habiller en femme. "C'était une mise en abîme subtil et volontairement tapageuse". Ils sont nombreux et attachants celles et ceux qu'on croise et qui "étincelaient à l'intersection de l'argent, de l'esprit et du génie artistique".

Ce livre foisonne de mille pistes de découverte. On apprécie les filiations. Elles aident parfois à comprendre un peu de notre temps. Ainsi, au début de ses sorties, dans les années cinquante, Gerald Nanty définit le café de Flore comme "une loge de concierge dans laquelle on ne peut pas se permettre de se montrer vulnérable ou moche." Les choses n'ont pas foncièrement changé à Saint-Germain-des-Prés.

Ce livre est à recommander à la France qui se lève tôt. Une fois n'est pas coutume, il lui offrira une veillée nocturne réjouissante, loin des soirées télés aseptisées, de la peopolisation des moeurs festives ou des soirées événementielles récupérées par les multinationale du luxe. Il donne à lire un texte saisi à point par l'écriture stylisée et insurpassable d'Elisabeth Quin qui relève le tout pour faire d'une enquête journalistique un vrai roman de la nuit.

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22 septembre 2007

Fadela, Bocuse et le 1% logement

"Ouvrir sa gueule!" C'est le peu qui reste à un sous-ministre pour tenter d'exister quand les moyens et les projecteurs sont préemptés par le titulaire du titre. Employés à bon escient la déclaration ou le geste symboliques peuvent avoir un impact et trouver son utilité.

Yama Rade s'y est essayée récemment en allant rendre visite à des squatters en voie d'être expulsés du fait d'une décision de justice. On ne peut pas dire que ce fut un coup de maître. Plus intéressante semble avoir été la sortie de Fadela Amara rapportée par Libération. Devant les huiles de la rénovation urbaine réunies en Congrès, elle a rendu compte de sa visite à M. et Mme Michu, locataires d'une HLM blême: ascenseur en panne, vitres cassées, ménage oublié et boîte aux lettres désossées. Elle s'est émue de l'incapacité de remédier à cette situation alors même que la veille le  "1% logement" avait trouvé les moyens d'inviter plusieurs centaines de convives chez Bocuse parmi lesquels figurait sa ministre de tutelle.

On a beaucoup souri à la présentation du tandem improbable: Christine Boutin, dame patronnesse sortie d'une paroisse versaillaise et Fadela Amara, modèle femme du titi gouailleur des banlieues multiculturelles. Pourtant, chacune dans leur genre, elles revendiquent une forte envie d'en découdre avec la misère qui touche les plus faibles. Ainsi, en interview, Christine Boutin se plaisait à répéter son attachement viscéral à examiner consciencieusement toute prise de décision à l'aune des conséquences qu'elle ferait porter aux plus démunis. C'était avant qu'elle soit ministre.

Nonobstant le malaise et la componction de Christine Boutin, Fadela Amara révèle les travers de la politique sociale dans notre pays. En poussant inconsidérément l'effort redistributif, nous avons conçu des dispositifs technocratiques pour gérer des sommes parfois mirobolantes afin d'améliorer la condition des français les plus modestes. Il en est ainsi du "1% logement"  - participation des employeurs à l'effort de construction - pour financer le logement social. On pourrait tout aussi bien évoquer la formation professionnelle ou les retraites complémentaires. Tout ça participe d'une gestion conventionnelle entre l'Etat et les partenaires sociaux héritée des vieux réflexes paternalistes en période de prospérité industrielle. Avec le temps, ces dispositifs sont devenus plus complexes dans leur gestion et confus dans leurs objectifs. Comme l'a démontré la Cours de comptes ici, ils ont fini par dévoyé l'effort mutualisé en se pensant comme des centres de profit de plus en plus déconnectés de leur raison d'être.

Et c'est ainsi qu'un soir de Congrès, s'en penser à mal, des invités certainement prestigieux, entourant la Ministre du logement et de la ville, s'en sont aller finir la soirée chez Bocuse avec l'argent du "1% logement".

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19 septembre 2007

Le zèle présidentiel

Yasmina Reza l'avait déjà bien fait transparaître dans son oeuvre littéraire. Une fois de plus, son discours sur la rénovation de notre modèle social a mis en exergue le rapport pressent au temps que le Président de la République entretient. C'est du moins ce que semble retenir l'essentiel des commentateurs et notamment les partenaires sociaux dont la frilosité éruptive c'est à nouveau manifestée contre le rythme réformateur imprimé par Nicolas Sarkozy.

Quand le caractère impétueux d'un homme devenu chef de l'Etat rencontre l'urgence de l'action, on entre peut-être dans la rupture même si nous sommes en France, et que, comme l'écrit Nicolas Beytout dans son éditorial notre pays possède "une lourde tradition historique de renoncements".

Allez vite, être sur tous les sujets; telle est pour l'instant la stratégie de Nicolas Sarkozy. Elle s'inspire des préceptes utilisés en son temps pas Tony Blair et récemment rappelés par son ancien conseillé en communication dans une interview au Monde qui s'expliquait ainsi: "D'une certaine façon, l'hyper-visibilité limite le risque, car vous nourrissez la machine médiatique. Cela permet d'ailleurs aux politiques de pouvoir gouverner plus tranquillement." Les mois qui viennent et le programme du gouvernement français qui va "nourrir" l'actualité permettront de juger la pertinence de cette manière de faire.

Au delà d'une posture et d'une méthode portée par l'avidité politique revendiquée de Nicolas Sarkozy - il avait déclaré peu après son élection: "Je veux occuper tout l'espace, c'est la règle" -, sa célérité rappelle une double exigence.

Il n'est plus temps d'attendre! Prenons les régimes spéciaux de retraite qui ont d'ailleurs fait l'objet d'un traitement plutôt mesuré dans le discours d'hier, comment concevoir qu'il soit encore nécessaire de tergiverser quand leur perspective financière et leur caractère inéquitable sont patents depuis plus de dix ans et que Jacques Espérandieu rappelait dans son éditorial que leur coût à la charge de la collectivité a augmenté de 30% au cours de cette période. S'il y avait une alternative à un alignement circonscrit aux nouveaux entrants de ces régimes, peut-on décemment penser qu'il serait encore à découvrir dans le fil d'une négociation à venir? Quant aux autres sujets évoqués par le Président de la République comment refuser le constat d'une gesticulation stérile des partenaires sociaux pendant tant d'années alors que le seul argument des syndicats de salariés demeure le blocage, la grève et les manifs...

Dans la rupture défendue de manière emblématique par Nicolas Sarkozy, il y a non seulement le besoin de mettre à un terme à l'immobilisme, mais plus important, il y a la nécessité d'accélérer le rythme de l'action gouvernementale au regard du retard pris par rapport aux autres démocraties occidentales. A l'université d'été du MEDEF, dans son discours aux senteurs exhalées par la campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait prononcé cette phrase: "Après tout ce que les socialistes anglais ont fait, il y a dix ans, peut-être que la droite française pourrait le faire maintenant...!" De fait, sur tous les sujets, de la fiscalité aux retraites en passant par la durée du temps de travail ou le financement de la protection sociale, nos voisins qui sont aussi nos concurrents directs en même temps que nos partenaires, ont bougé.

Voilà pourquoi, le temps contraint de la réforme tient moins à la seule personne du Président de la République, moins exaltée que certains voudraient bien le dire, et à son zèle, plus utile que certains voudraient le penser.

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17 septembre 2007

Le pire c'est la guerre Monsieur!

C'est la réponse dénuée du moindre doute que le Chef de la diplomatie française a laché pour contrer les velléités nucléaires de l'Iran.

Pourquoi pas? C'est une menace comme une autre sur un dossier chaud qui n'avance pas vite. En même temps, les mots et le ton utilisés par Bernard Kouchner laissent un goût amer. Malgré son attitude bravache et la menace du pire, on ne peut s'empêcher de considérer la position du Ministre des Affaires Etrangères comme un aveu de faiblesse à peine voilé qui engendre une déficience de crédibilité. L'ancien french doctor a fait sa pelote sur l'engagement humanitaire et le droit d'ingérence sur ce prétexte. Paradoxalement, il en usa pour être l'un des rares français à défendre vigoureusement la position des Etats-Unis contre l'Irak en 2003. Cet engagement lui colle à la peau. Hélas, après quatre années de conflit en Irak, tout porte à croire que l'option retenue n'était pas la bonne. Pire. On sait que les fondements de la guerre étaient fictifs. Or, Bernard Kouchner, par une phrase lapidaire, voudrait laisser penser qu'un conflit militaire d'envergure est encore possible au Proche-Orient.

Au moins dans sa gaffe de début d'année qui n'en était pas forcément une, l'ancien Président de la République française avait eu le mérite de renvoyer l'analyse sur le nucléaire iranien au fond du problème. Au cours d'une interview accordée au Nouvel Observateur et à l'International Herald Tribune, Jacques Chirac avait déclaré que le plus grave n'était pas "le risque nucléaire iranien", mais la prolifération et le refus de l'Iran d'accepter les contrôles de l'AIEA (Agence internationale de l'Energie Atomique). De son point de vue, il convenait d'apprécier les intentions iraniennes au regard d'autres ambitions affichées par d'autres Etats. Du point de vue de Bernard Kouchner, ce serait la porte ouverte à la multiplication des conflits. Pour illustrer crûment son idée, Jacques Chirac avait ajouté: "Où l’Iran enverrait-il cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée." Le lendemain, l'Elysée s'agitait pour édulcorer et polir la pensée présidentielle. Ajoutant aux cris d'orfraie, certains commentateurs avaient évoqué la fatigue du Président pour expliquer son manque d'acuité diplomatique. Pour certains, c'était un argument parfaitement recevable, et intéressé, afin de contribuer à l'écarter davantage d'une nouvelle candidature à sa succession.

Il n'empêche le propos était franc, direct et pas forcément dénué de pertinence. Il  avait le mérite d'établir le véritable niveau que devrait atteindre le rapport de force avec les mollahs de Téhéran lorsque l'on parle de nucléaire, c'est à dire de dissuasion. Semblant faire fi du précédent irakien et des nouveaux rapports de force qui couvrent désormais la poudrière Moyen-Orientale, du Liban jusqu'à la bande de Gaza en passant par Bagdad, le chef de la diplomatie française a semblé vouloir en rester au niveau d'une interprétation rugueuse des relations entre l'Orient et l'Occident, réduites à une guerre conventionnelle improbable. Même s'il a reconnu qu'en Irak, l'Iran faisait ce qu'il veut, Bernard Kouchner laisse ainsi penser - sciemment? - qu'on peut occulter les responsabilités de la politique américaine récente quant au risque accru dans cette partie du monde. C'est de ce genre de position jusqu'au-boutistes, dominatrices et moralisatrices que se nourrissent la désespérance et le fondamentalisme de peuples qui trouvent aujourd'hui leur salut dans le clash inéluctable des civilisations alors que les occidentaux en sont encore à conjecturer sur la pertinence de ce concept.

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12 septembre 2007

La tactique de Fillon

C'est rien de dire que la Premier ministre est malmené par les médias. A l'étroit dans ses fonctions de chef du gouvernement, il se fait régulièrement piquer la vedette par des collaborateurs du Président de la République dépourvus de la légitimité élective à laquelle il est pourtant si attaché. Du coup lorsqu'il annonce doctement que la réforme des régimes spéciaux n'attend plus qu'une décision présidentielle pour être engagée sans délai, les commentaires parlent du coup de pied de l'âne. Le "coup d'accélération" de François Fillon serait jugé "hâtif" et "maladroit" à l'Elysée. Et l'on s'inquiète d'une mise en difficulté du Président de la République par celui-là même qui devrait lui servir de fusible.

Pour autant, il n'est pas certain que François Fillon ait omis de calculer son risque. Pour preuve, l'accueil chaleureux qu'il a reçu à l'Assemblée nationale de la part des membres de sa majorité. Alors que ceux-ci sont harcelés sur le terrain au sujet du pouvoir d'achat, et comme avec le coûteux paquet fiscal dépensé cet été, il ne faut guère attendre de mesures revigorantes lors de la discussion budgétaire automnale - le Gouvernement lâchera-t-il du lest sur l'ISF et la résidence principale? -, les députés seraient bien heureux d'avoir à mettre un sujet de diversion sous les yeux et dans les oreilles de leurs électeurs. Prenez les régimes spéciaux par exemple! La mesure est plutôt populaire. Par surcroît, elle est nécessaire et constitue l'un des engagements de campagne du Président de la République.

Du coup la double option technique consistant à faire passer la réforme par la voie d'un texte réglementaire ou par la loi offre une alternative judicieuse pour son exécution. On peut y voir un signe aux syndicats récalcitrants. Face à d'éventuelles provocations de leur part, le Premier ministre pourrait lâcher ses députés, parmi lesquels certains seraient trop heureux d'en découdre. Il ne serait pas bien difficile d'en pousser quelques uns à défendre un texte jusqu'au-boutiste. Les élus UMP attendent un passage à l'acte? Qu'ils y aillent! Devant le risque avéré d'un mouvement social de type 1995 susceptible de retourner l'opinion jusque là favorable à la réforme, il sera toujours temps pour François Fillon de reprendre la main, de calmer le jeu et d'obtenir une réforme à minima correspondant à celle qu'il propose aujourd'hui. Le projet du Premier ministre est plutôt conciliant au regard des prétentions syndicales sclérosées puisqu'il ne vise pas à aligner les régimes spéciaux sur le régime général des salariés, mais sur celui de la fonction publique, qui demeure plus avantageux. Il donnerait lieux à la rédaction d'un décret rédigé dans le cadre d'une négociation comme celle qu'il avait su mener habilement en 2003, avec des syndicalistes revenus à la raison. Chacun des protagonistes se féliciterait alors d'avoir su éviter le pire et pourrait sortir grandi de cette réforme.

Faudrait-il encore que le Président de la République prenne de la hauteur. Certes François Fillon s'en est remis à sa décision et lui a respectueusement laissé la responsabilité du timing. Il n'empêche, une fois n'est pas coutume, Nicolas Sarkozy pourrait avantageusement lui retourner la politesse et partager le soutien des français avec son Premier ministre. On le saura le 18 septembre.

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11 septembre 2007

Coaching epistolaire

Mais qu'est ce qui a bien pu passer dans la tête du sélectionneur de l'équipe de France et de ses acolytes lorsqu'ils prirent le décision de faire lire la lettre de Guy Mocquet à ses joueurs à quelques minutes du coup d'envoi de leur match contre l'Argentine? Un excès de Sarkophilie ambulante? En tout cas c'était très déplacé. Dans son excellent papier de lundi, Serge Loupien suggérait qu'avant la prochaine rencontre, Christophe Dominici lise les lettres de mon moulin à ses coéquipiers.

Moi je proposerais plutôt au staff de l'équipe de France de piocher allégrement dans les  Lettres d'un cousin de province de Marcel Bordenave aux éditions de la Table ronde. Ca vole peut-être moins haut que Guy Mocquet, c'est sûrement moins profond, mais c'est plus légé, imagé et, sans doute pas moins motivant...pour des amateurs de rugby. 

"Quoi qu'on chante et quoi qu'on fasse, quoi qu'on remette en vigueur et quoi qu'on invente, il y aura toujours, sous le beau ciel d'Ovalie, des équipes qui s'efforcent de plaire et d'autres qui se moquent éperdument, préférant une victoire tirée par les cheveux à une défaite glorieuse. Il s'agirait d'ailleurs de s'entendre une bonne fois pour toutes sur un point précis: doit-on disputer un match pour le gagner ou pour s'attirer les bravos du public? (...) Au risque de passer pour l'empereur des pignoufs je me permets de te dire que je préfère de beaucoup flanquer la fessée aux Espinbroks en cadenassant le jeu à double tour que la recevoir en faisant risette et en disant merci! (...) Bah! il est terriblement difficile de contenter tout le monde à la fois comme dit la grosse Julie qui a déniaisé plusieurs générations de gamins du canton avec une patience et une conscience professionnelle etceptionnelles!" - lettre du 13 août 1964

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10 septembre 2007

La réforme des régimes spéciaux

Avec les régimes spéciaux de retraite, la France rentre dans le dur de la réforme. Comme l'a bien fait comprendre le Premier ministre hier, il n'est plus temps de tergiverser. Toutes les données du problème sont sur la place publique. Le Président de la République ne peut pas sortir de sa manche une énième commission de sages et d'experts. Quant à l'ouverture politique, désormais, elle coule de source sans qu'il soit nécessaire de faire des appels du pied aux socialistes. Sans bien savoir encore où ils vont, les plus lucides d'entre eux, tel Manuel Valls, se plient à la raison. S'agissant d'un dossier technique dépourvu de plan B, c'est assez courageux pour le reconnaître. L'opinion elle-même est affranchie. L'année dernière à la même époque, le Premier ministre qui n'était encore que le conseillé spécial du candidat devenu Président déclarait: "Tout candidat qui donnerait l'impression de maintenir cette situation inchangée prendrait le risque de l'impopularité". Enfin, même si l'art de gouverner en démocratie est asssortie d'une obligation de négocier de l'aube au soir et même pendant la nuit, l'extinction des régimes de retraite, dictée par le respect des principes d'équité et de solidarité, n'est pas vraiment négociable. D'où la facilité technique du dossier invoquée par François Fillon.

Les régimes spéciaux de retraite le sont à double titre. Lorsqu'ils furent créés, parfois avant le régime général, il s'agissait de fournir des compensations à une catégorie de travailleurs en fonction de la nature de leur tâche et de leur statut. L'autre spécificité concernait le caractère autonome de ses régimes. Les actifs cotisaient pour leurs aînés dans un dispositif non seulement spécifique mais totalement étanche et autonome. Or, ces régimes ne sont plus ni étanches, ni autonomes. Si sur la centaine de régimes spéciaux de retraite, 105 sont en voies d'extinction - preuve que comme le reste l'avantage acquis n'est pas immortel - 15 "régimes spéciaux ouverts" continuent d'embaucher de nouveaux cotisants. Ils font ainsi face à deux déséquilibres: d'une part, des rapports démographiques déséquilibrés, de sorte que le produit des cotisations ne peut couvrir qu'une fraction des charges de pension, d'autre part des départs précoces à la retraite et des durées de cotisation faibles par rapport aux durées moyennes de retraite.

Pour compenses ces deux déséquilibres, une solidarité financière a été instituée. Des techniques budgétaires et comptables d'une grande complexité entourées d'une entière opacité existent. Grâce à elles, le régime général des salariés du secteur privé et le budget de l'Etat compensent les déficits structurels de la plupart des régimes spéciaux. C'est à ce prix que le niveau exorbitant des droits de leurs affiliés est préservé.

Tout cela est connu. S'il y a eu des réformes elles n'ont pas portées sur l'essentiel. Ainsi, depuis la crise de 1996 et les efforts maladroits d'Alain Juppé qui traumatisent encore les mémoires, il est désolant de constater que l'iniquité des régimes spéciaux, alors même qu'ils se dégradaient, est demeurée à l'abris d'un statut quo politique sensible aux sempiternelles invectives syndicales.

Reste que la mutation des régimes spéciaux n'est pas tout. Quant 49% des français la place en tête des mesures prioritaires pour préserver les retraites, il faut espérer que leur conscience du problème et leur attachement au modèle social français les préparent à d'autres réformes.

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09 septembre 2007

morbidité germanopratine

En littérature, il n'y a pas de mauvais sujet et les tabous sont faits pour être levés. Par surcroît, à l'orée du scandale perce souvent le succès d'édition. C'est un peu comme ça que fut accueilli, sinon "conçu", le dernier prix Goncourt. Au regard de nouvelles pratiques promotionnelles dont il a bénéficié, il est ainsi possible de pondérer la pertinence de son sujet et d'absoudre ceux qui en parlent sans l'avoir lu. Jonathan Littell avait défrayé la chronique en s'étant adjoint les services d'un agent littéraire, une sorte de maquignon des lettres couplé à un avocat d'affaire, capable de faire muter un pavé indigeste et scabreux de 900 pages en monument indispensable de la littérature contemporaine.

Mazarine Pingeot n'a peut-être pas besoin d'agent littéraire et son talent se mesure peut être  à cent coudées de Jonathan Littell. Disons seulement que pour le scandale, elle a su trouver son sujet: "l'infanticide et la conservation du corps". Mais que se passe-t-il dans la part de cerveau disponible de ces nouvelles égéries des lettres. Marie Darrieussecq, une star montante du milieu traite quant à elle "le thème de l'enfant mort". Tandis que Mazarine Pingeot profite de faits divers sordides, à la fois comme source d'inspiration et comme outils promotionnel intensif, nonobstant l'usage perfide de sa maternité - Ségolène Royal avait ouvert la voie de Paris match -, Marie Darrieussecq génère opportunément une controverse avec une de ses consoeurs qui l'accuse de "plagiat psychique": une guerre dans un verre d'eau de seltz à la terrasse du Flore si n'était, dans les deux cas, l'exposition inutile, inconvenante et maladroite d'un vertige de douleur et d'offense sous prétexte de littérature.

La liberté créatrice est un sacrement inviolable. Pas question de la remettre en cause pour quiconque, y compris pour Mazarine Pingeot. De même, l'ignominie humaine comme la souffrance mentale la plus personnelle et la plus douloureuse peuvent servir de transmutation du réel en fiction et justifier le rôle éminent du romancier dans la société. Après tout, hermétique aux jugements bienpensants de son temps, Gustave Flaubert aurait-il pu, lui aussi, faire de Véronique Courjault, une Madame Bovary du XXIème siècle et cent ans après on crierait encore au génie.

Il n'empêche qu'on reste interloqué par la puissance que certaines trentenaires normaliennes et agrégées développent devant l'écritoire pour féconder leur imagination narrative et élever au plus haut l'idée qu'elles se font de leur ambition littéraire. "Et je pense que la littérature, c'est justement d'aller dans l'inconcevable. Que les mots sont des outils qui permettent de donner du sens à ce qui apparemment n'en a pas. J'aime explorer ces voie-là. Lever les tabous". C'est ce que Mazarine Pingeot, sans doute alanguie sur son lit de parturiente, a déclaré à la question de la journaliste de Elle posée sur le ton offusqué d'une dame patronnesse: "Mais vous n’étiez quand même pas enceinte lorsque vous avez écrit ?"

Dans une ultime explication de son indignation venant nourrir la promotion du livre de Marie Darrieussecq, Camille Laurens confirme: "oui, je suis indignée qu'on fabrique un suspens avec la mort d'un enfant, qu'on fasse de la souffrance un exercice de style, qu'on m'emprunte des phrases écrites dans la douleur pour nourrir et vendre une fiction."

Le seul regret de ne pas lire les livres de Mazarine Pingeot er de Marie Darrieussecq, c'est de se priver d'en dire du mal.

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07 septembre 2007

La coupe du Monde de rugby

s5292245564_713Neuf ans après le football, le rugby prend la relève du sport spectacle en France. Loin de pouvoir encore rivaliser avec l'engouement planétaire pour le ballon rond, le ballon ovale a néanmoins adopté les mêmes travers en accédant au professionnalisme et à l'euphorie mercantile. Il est révolu le temps de l'amateurisme reclus en terre d'ovalie. Le tournoi des cinq Nations se joue à six et au rugby du terroir, à Soustons, Lavelanet, la Voulte ou Grauhlet, on a mis les terrains en jachère. C'est dans les cathédrales du foot, à Nantes, Lyon ou Saint-Etienne qu'on déplacera les foules pour cette épreuve mondiale.

Il n'est pas sur que le spectacle issu de cette évolution ait pu préserver l'identité d'un sport qui tirait avantageusement partie de la subtilité de ses règles, de l'exotisme de ses terroirs plus ou moins lointains et de la nonchalance de ses sportifs. La hargne, la puissance et la gagne l'ont emporté sur le style, le geste et le plaisir. Les mêlées sont des moments de puissance brute qui s'imposent comme la phase de jeu emblématique pour prouver la domination d'une équipe. Quant à la touche, elle a désormais un côté irréel en ressemblant au lancement d'un spoutnik à destination de la couche d'ozone. A la diversité des joueurs, lorsqu'il y avait ceux qui jouaient du piano et ceux qui les déménageaient, on a formaté des gabarits tout en muscles pas toujours gonflés qu'aux pâtes fraîches en les incitant à aller au contact plutôt qu'à pratiquer l'esquive.

Après avoir été âpres au jeu, les gros pardessus du rugby sont devenus âpres au gain. C'est humain. Pour justifier leur virage et expliquer leurs renoncements, ils vous diront, sans y croire, que pour le sport qu'ils aiment, la seule issue passait par l'argent. Quand le maître étalon du moindre événement est devenu le taux d'audience et la part de marché qui l'accompagne, les sirènes du droit à l'image sont irrésistibles et c'est TF1 qui en profite. Alors, dans l'exercice d'autopromotion de leur sport qui se joue désormais avec des justes au corps de danseuses, des gants et des casques, ils rappellent les vertus originelles du beau jeu de rugby où le collectif l'emporte sur l'individuel, l'authentique sur l'artificiel, l'abnégation sur la frivolité et la convivialité sur l'indifférence. Qui peut encore y croire au premier jour de cette cinquième coupe du Monde? Les gogos consommateurs gavés d'intenses moment sportifs qui rythment désormais la vie du monde et s'offrent en paravents féériques à la globalisation à tout va. Vite! Dans un an, ce sera Pékin et les JO!

Au delà de la nostalgie facile, face à l'obligation de vivre avec son temps et de lui sourire, qu'il soit permis de regretter le rugby champagne, celui qui se jouaient avec un noeud papillon rose ou un béret vissé sur la tête et du sable dans les chaussettes. Mais à la veille d'une épreuve qui flatte l'orgueil des Nations, que ça se passe en France avec des enjeux qui dépassent le sport façon Pierre de Coubertin pour toucher le moral des ménages ou impacter la croissance économique, c'est pas sportivement correct de le dire. Allez les bleus!

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03 septembre 2007

L'affaire Clearstream au rebond

Les affaires politicojudiciaires relèvent souvent du feuilleton. A ce rythme, les meilleurs succès peuvent tenir une décennie, souvent dans l'intérêt des protagonistes sur lesquels pèsent, sinon des accusations, du moins des soupçons. Le temps leur permet d'édulcorer la vérité par une série d'initiatives visant à mélanger allègrement les faits, énoncer des contre-vérités ou proférer les outrances les plus grossières qui viennent se surajouter aux diversions les plus pathétiques. Dans sa flamboyance électrique, Dominique de Villepin vient d'en donner l'exemple par plusieurs interventions médiatiques récentes qui prennent prétexte de la publication d'un ouvrage consacré à Napoléon. A chacun sa rentrée littéraire.

Pour la première fois, l'ancien Premier ministre a lâché son ressenti profond. Sous couvert de probité juridique, il s'en est pris nommément à Nicolas Sarkozy pour la posture incongrue qui serait celle du Président de la République dans l'affaire Clearstream. Ni plus ni moins, Dominique de Villepin a accusé Nicolas Sarkozy d'être juge et partie pendant que lui, pauvre hère parmi les citoyens ordinaires, serait victime d'un complot. Ainsi pour Dominique de Villepin, l'étau de la vengeance qui se ressert sur l'humble serviteur scrupuleux de la République française serait clairement établi. Reconnaissons qu'exciper des arguties juridiques manque étroitement de panache pour qui s'en est si vaniteusement affublé du temps de son ministère.

Dominique de Villepin dont on mêle honteusement les enfants à cette ténébreuse affaire, s'afflige donc de sa posture de martyr. Au crédit des juges ayant conduit la perquisition à son domicile, il n'était pas sot d'imaginer qu'un Premier ministre qui fait appel à un agent secret scribouillard adepte de la mémoire manuscrite et mise en fiche, soit capable d'utiliser le matelas du lit de ses enfants pour y planquer un journal intime.

Reste à savoir si la stratégie de défense de Dominique de Villepin, assortie de critiques autant larvées qu'inconsistantes sur la conduite des affaires par le nouvel exécutif, va séduire l'opinion tel qu'il l'escompte de sorte que les juges puissent s'emparer du doute qui fait soit disant l'honneur de leur corporation. Rien n'est moins sûr. Gavée presque à plus soif de scandales politico-judiciaro-financiers au cours de vingt dernières années, elle n'a plus le même dégout acéré et venimeux pour ce genre de déviance qui mélange pouvoir médiatique, pouvoir politique et autorité judiciaire. La dernière élection du Président de la République a balayé une génération marquée par une époque achevée et des pratiques révolues. De Dominique de Villepin qui n'était rien avant de devenir l'âme damnée de Jacques Chirac, il ne reste aujourd'hui pas grand chose, politiquement parlant.

Posté par gtab à 22:56 - Clearstream - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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