l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

29 novembre 2007

talent de journaliste

Le suprême talent journalistique consiste à ramasser la pensée en quelques mots dont l'impact est saisissant de vérité.

Le foisonnement des textes écrits, sur tout support, ne favorise pas forcément la qualité, même si du côté des blogs.... Dans cette quête du sens et du style qui rapproche "le rendu" de l'information avec l'esthétique de l'écriture, on peut encore faire un peu confiance à quelques plumes du Monde. Spécialiste des pages cultures - musique et chanson - Véronique Mortaigne est une bonne source avec le lourd mérite de parler des sons avec des mots. J'ai pu le constater en tombant par hasard sur son papier consacré à la dernière prestation scénique de Jean-Louis Aubert:

"Aubert, en scène, c'est une singulière règle de trois: bon guitariste, mauvais chanteur, beau parleur."

C'est du bonheur éphémère de tomber sur trois lignes bien ciselées qui disent l'essentiel.

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13 novembre 2007

La réforme des régimes spéciaux

Avec les régimes spéciaux de retraite, la France rentre dans le dur de la réforme. Comme l'a bien fait comprendre le Premier ministre hier, il n'est plus temps de tergiverser. Toutes les données du problème sont sur la place publique. Le Président de la République ne peut pas sortir de sa manche une énième commission de sages et d'experts s'agissant d'un dossier technique dépourvu de plan B. L'opinion elle-même est affranchie. L'année dernière à la même époque, le Premier ministre qui n'était encore que le conseillé spécial du candidat devenu Président déclarait: "Tout candidat qui donnerait l'impression de maintenir cette situation inchangée prendrait le risque de l'impopularité". Enfin, même si l'art de gouverner en démocratie est asssortie d'une obligation de négocier de l'aube au soir et même pendant la nuit, l'extinction des régimes de retraite, dictée par le respect des principes d'équité et de solidarité, n'est pas vraiment négociable.

Les régimes spéciaux de retraite le sont à double titre. Lorsqu'ils furent créés, parfois avant le régime général, il s'agissait de fournir des compensations à une catégorie de travailleurs en fonction de la nature de leur tâche et de leur statut. L'autre spécificité concernait le caractère autonome de ses régimes. Les actifs cotisaient pour leurs aînés dans un dispositif non seulement spécifique mais totalement étanche et autonome. Or, ces régimes ne sont plus ni étanches, ni autonomes. Si sur la centaine de régimes spéciaux de retraite, 105 sont en voies d'extinction - preuve que comme le reste l'avantage acquis n'est pas immortel - 15 "régimes spéciaux ouverts" continuent d'embaucher de nouveaux cotisants. Ils font ainsi face à deux déséquilibres: d'une part, des rapports démographiques déséquilibrés, de sorte que le produit des cotisations ne peut couvrir qu'une fraction des charges de pension, d'autre part des départs précoces à la retraite et des durées de cotisation faibles par rapport aux durées moyennes de retraite.

Pour compenser ces deux déséquilibres, une solidarité financière a été instituée. Des techniques budgétaires et comptables d'une grande complexité entourées d'une entière opacité existent. Grâce à elles, le régime général des salariés du secteur privé et le budget de l'Etat compensent les déficits structurels de la plupart des régimes spéciaux. Les concours de l'Etat à ces régimes de retraiet vont encoer augmenter l'an prochain (+2,9%) pour atteindre 5,12 milliards d'euros, contre 4,98 milliards prévus en 2007. C'est à ce prix que le niveau exorbitant des droits de leurs affiliés est préservé.

Tout cela est connu. S'il y a eu des réformes elles n'ont pas portées sur l'essentiel. Ainsi, depuis la crise de 1996 et les efforts maladroits d'Alain Juppé qui traumatisent encore les mémoires, il est désolant de constater que l'iniquité des régimes spéciaux, alors même qu'ils se dégradaient, est demeurée à l'abris d'un statut quo politique sensible aux sempiternelles invectives syndicale et la prise ne otage des usagers des transports publics. La conscience de classe qui stigmatisa si longtemps le syndicalisme s'est muée en un corporatisme de nantis

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10 novembre 2007

Les élections muncipales à Paris

Par la complexité du mode de scrutin qui conduit à l'élection du Maire de Paris, le vote dans le XIIème arrondissement de la capitale revêt un enjeu politique majeur.

C'est tellement ça que l'UMP, parti au pouvoir, est comme tétanisé face à cette terre socialiste de reconquête qui semble plutôt perçue par les huiles de ce parti comme une terra incognita. L'est a toujours a un goût amère pour la droite bourgeoise qui tient encore le haut du pavé parisien.

Ce fut d'abord la démission furtive du député sortant six mois avant les élections législatives, ou comment mobiliser les troupes à la veille d'une échéance importante. Pris dans les glaces de l'incertitude présidentielle, l'UMP attendit les premiers jours de juin pour dépêcher un éventuel successeur. Arno Klarsfeld, ainsi adoubé au nom d'une proximité incontestable avec le Chef de l'Etat pu faire étalage de son inconsistance en quoi il engendra davantage de compassion sur ses dispositions psychiques que d'affliction pour sa défaite annoncée. Dès sa première intervention publique, le candidat concourait déjà pour le prix de l'humour politique. Dommage que ce fut à ses dépens et surtout à ceux de ses futurs électeurs. Il avait déclaré benoîtement: "Je connais bien le XIIème pour l'avoir traversé en courant le marathon." De fait c'est en sprinteur de l'échec qu'Arno Klarsfeld sera passé au travers des élections législatives au grand dam de l'UMP vue l'idée chatoyante qu'elle se faisait de l'ouverture.

On pourrait croire que l'avantage des erreurs c'est qu'elle évite qu'on les répète. A l'UMP, il n'en est rien.

Pour les élections municipales, le parti du Président est traversé des mêmes inhibitions auquel s'ajoute un fait politique incontournable: à Paris, l'UMP ne peut pas compter sur ses propres forces pour battre Bertrand Delanoë, voire même pour faire illusion. C'est  la raison pour laquelle, le nom de Jean-Marie Cavada surnage au dessus des tractations qui vont bon train au fur et à mesure que l'échéance se rapproche. Jean-Marie Cavada, 30 ans de télévision, c'est du lourd, foi de sondeur, pour ne pas laisser l'électeur bobo indifférent à Françoise de Panafieu.

Quant à l'ancrage local, à Paris, ça n'est pas vraiment un problème. Pour faire un tour de piste peu importe d'où l'on vient. Face à son itinérance, Jean-Marie Cavada est sans état d'âme. Il s'est d'abord fait élire aux élections européennes de 2004 en Languedoc Roussillon avec des vues fortement exprimées sur la ville de Montpellier. Puis en juin dernier, on l'a croisé sur les marchés chics de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val de Marne. Il voulait en être le député. Voilà qu'aujourd'hui, il est pressenti pour les municipales à Paris. Quel périple pour ce résident de Neuilly-Sur-Seine. Peu semble lui importer l'endroit de ses exploits. Tellement imbu de lui-même, il n'a même pas conscience du mépris qu'il transporte avec lui. Confondant d'impudeur, il va jusqu'à déclarer aujourd'hui à Libération que sa décision (d'être tête de liste dans le XIIème pour l'UMP) n'était pas prise, mais que "Mener cette bataille pour finir Maire d'arrondissement cela ne m'intéresse pas...". Les électeurs du XIIème arrondissement apprécieront.

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06 novembre 2007

La nuit du Fouquet's d'Ariane Chemin et Judith Perrignon, Fayard, 123 pages, 12€

9782213635453Sauf pour celles et ceux qui ont cru au retour de Cécilia Sarkozy, le livre ne fournit aucun scoop. "La femme du nouveau Président va venir, mais elle n'est pas là." On savait déjà Johnny Halliday accroché à l'alcool  - "Maintenant Johnny tangue" - et Nicolas Sarkozy sensible à l'épate des petits plaisirs du luxe.

Le coup "éditorial" est un peu surfait tant c'est écrit en gros caractères sur peu de pages. Une fois encore l'insolente présence médiatique du Président de la République assortie du caractère singulier de sa vie privée au regard de la tradition attachée à sa fonction, s'offre volontiers comme une aubaine économique pour la bonne fortune d'un secteur de l'édition décidé à s'en repaitre sans limite. A la lueur du titre et sous couvert d'un travail journalistique à froid, on eut pu naïvement espérer un récit plus abouti dans la description minutieuse d'une nuit peu ordinaire et tellement chargée d'espoir à l'échelle de la Nation.

Reste l'écriture d'Ariane Chemin toujours aussi impeccable, fluide et accrocheuse. Elle sait trouver les mots qui s'assemblent dans un rythme pour imaginer la réalité du fait brut et l'enrober d'une émotion palpable. De la vie politique elle retient surtout les hommes qui l'animent pour en tracer des portraits au plus près. Plus inquisiteur et déjà porté sur des détails personnels et sentimentaux qui ne comptent pas pour rien, la femme fatale était aussi un bel exercice de style. En passant, je recommanderai la Promo comme observatoire généreux d'une série de jeunes pousses prêtes à former l'élite de demain.

Dans cette nuit du Fouquet's à l'ambiance confinée du luxe confortable, Ariane Chemin dépeint admirablement ces pontes de la finance et des affaires, amis du Président. "Jamais si petit espace n'aura rassemblé, sur quelques mètres carrés telle aristocratie du capitalisme". Elle saisit en passant la fêlure d'un Johnny Halliday devenu pour un soir le porte parole pathétique du nouveau Président de la République. De ce dernier, elle esquisse par touches l'état second. Entre soulagement et inquiétude, il mélange la joie du devoir accompli et l'incertitude d'avoir perdu l'essentiel: "Les enfants presque en âge de se fiancer, se serrent à ses côtés, mais le tableau familial n'est pas exactement à la hauteur de son score".

C'est vrai que vu de la France qui se lève tôt, le début de règne commençait drôlement.

Posté par gtab à 23:13 - livres - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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