l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

21 décembre 2007

Reniement

En politique, la rectitude de la pensée confine à l'excellence inatteignable. Il est vain de s'obstiner quand la carrière est en jeu. La beauté d'une idée ou la vertu d'un comportement ne sont rien face à la défaite et la disgrâce.

Pendant dix ans, Arnaud Montebourg, jeune lion socialiste au talent patiné d'art oratoire, a défendu une posture au parfum d'intégrité, sinon d'intégrisme: être l'homme d'un mandat et d'un seul. Se poser en représentant du peuple à l'Assemblée nationale était, selon lui, incompatible, parce qu'archaïque, avec une prébende locale.

Face à la désaffection des citoyens pour l'élite politique et ses cumulards qui préemptent les postes pour mieux s'asseoir sur la volonté du peuple, certains ont cru bon de défendre l'alibi du mandat unique pour retrouver la bienveillance électorale.

Le fait d'avoir frôler de près la chute lors des dernières législatives lui a fait prendre conscience de la fragilité stupide de sa posture. Arnaud Montebourg se renie donc. Il sera candidat aux élections cantonales du mois de mars dans l'espoir d'accéder à la Présidence du Conseil général de Saône-et-Loire. Peut-on lui en vouloir? Non.

D'abord parce que l'élu de la Bresse reste malgré tout une personnalité intéressante du paysage politique. Ses qualités d'orateur, son sens du verbe et de la formule donnent un tonus salutaire à ses prises de position aussi excessives puissent-elles être. Il pimente le débat public rappelant que la politique est aussi un spectacle dans lequel l'affrontement s'apprécie de la manière dont les idées sont exprimées et les convictions défendues. L'éloquence des avocats fait d'ailleurs un retour en force à face la compétence des énarques.

Ensuite parce qu'Arnaud Montebourg possède les qualités essentielles du politicien carriériste atteint au plus profond de lui même par la certitude d'avoir un chemin tracé au delà des vicissitudes du temps. Il a l'ego surdimensionné. C'est d'ailleurs fort utile pour éviter des introspections douloureuses lorsqu'on change d'avis. De même, il est blindé de mauvaise foi. Avec un caractère bien trempé, il se repait de duels sans égard ni estime pour ses adversaires de quelque camp qu'il soit. Après François Hollande, identifié il y a près d'un an comme le pire défaut de la candidate socialiste à l'élection présidentielle, Rachida Dati a récemment fait les frais de ses réquisitoires outranciers. Qu'il y accède et l'ambiance feutrée d'un exécutif local devrait lui permettre de modérer ses jugements péremptoires, d'apaiser sa fougue vindicative et de soigner son mauvais esprit.

Enfin parce que la défense du mandat unique est tout simplement ridicule. Il s'agit d'une posture électoraliste utilisée par celles et ceux qui n'ont que leur bonne mine à présenter aux électeurs. Cette image de l'élu à temps plein dévoué à une seule charge n'a jamais été gage d'efficacité. Ce statut n'a pas grand sens quand le poids politique se mesure à l'enracinement local confirmé par les électeurs. Plutôt que cet appel incongru au non cumul, le vrai courage politique consisterait davantage à faire disparaître les départements, maillage ridicule de notre territoire national à l'heure de l'Europe et d'engager une vague de fusion des 36 000 communes de tel sorte que le nombre d'élus soit réduit.

Arnaud Montebourg se croyait assez solide et se prétendait assez fier pour s'autoriser la hauteur de vue qui sied aux élus "hors sol". Il se trompait.

Posté par gtab à 23:00 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 décembre 2007

le femme du Président

Au sujet de Carla Bruni, on peut relire ça, surtout l'avant dernier paragraphe.

Posté par gtab à 22:02 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 décembre 2007

Répétitions politiques

Chez un bouquiniste du passage Verdeau, j'ai trouvé les Cahiers secrets de la Vème République de Michèle Cotta (Fayard). L'ouvrage était dédicacé. Si le nom du destinataire a été pudiquement retiré, une partie de la page ayant été déchirée, on peut lire l'écriture de l'auteur: "...qui datent (les cahiers secrets de la Vème) d'une époque ou les blogs n'existaient pas, en espérant qu'ils le divertissent". On ne dénoncera jamais assez fort la pure perte que représente l'envoi, par les maisons d'édition, d'ouvrages dédicacés à d'infatués journalistes dédaigneux à force d'être repus.

Pour peu que les secrets aient été bien gardés, l'intérêt du livre est prometteur. Michèle Cotta figure en effet parmi le peu de journalistes dont la vision embrasse de près les quarante dernières années politiques avec une passion d'entomologiste pour les intrigues et les coups bas de la période. Hormis, Françoise Giroud, c'est en outre la première femme de sa profession à avoir baigné aussi intensément dans le marigot. C'est dire si elle en a vu au point d'avoir pu céder à quelques compromissions. On pense, peut-être à tort, à la Présidence de la Haute Autorité offerte par François Mitterrand.

C'est justement lui qui ouvre indirectement ces fameux cahiers secrets. Nous sommes en 1965. A l'approche de la première élection au suffrage universel direct, des forces hétéroclites tentent l'amalgame de la gauche et du centre. Jean-Jacques Servan-Schreiber, patron de l'Express et de Michèle Cotta, est à la manoeuvre, tandis que Gaston Deferre est pressenti pour rivaliser avec le Général. Hélas, bien qu'intenses, les tractations nocturnes sont vaines. La motion finale adoptée par le Conseil National de la SFIO est sans appel: "Le parti n'est pas prêt à se sacrifier au profit d'un rassemblement étranger au socialisme". Quelques jours plus tard, Michèle Cotta fait ce qu'elle pratique le mieux. Elle récupère les confidences de François Mitterrand: "Gaston Deferre a eu raison, dit-il lorsqu'il a pensé qu'il fallait ouvrir la campagne; il a eu raison lorsqu'il a prôné la nécessité d'un regroupement pour créer un fort courant d'opinion. Lui et Servan-Schreiber ont misé sur le MRP. Moi, je dis aujourd'hui: oui, il faut créer un nouveau courant autour d'un regroupement de forces politiques. La voie est fermée à droite? Il faut passer par la gauche!"

Ce rappel historique est touchant. En ces temps de retour sur la petite histoire de la dernière élection présidentielle pour cause d'actualité éditoriale de l'une des candidates, il ramène à la polémique étroite autour de la sérénade de Ségolène Royal sous les balcons de François Bayrou. Par là, il souligne la récurrence congénitale des atermoiements d'un Parti socialiste trop étroit pour ête crédible et vaincre à lui tout seul. Quand sa tête est dépourvue d'un stratêge, il demeure incapable d'incliner le sens de l'histoire.   

Posté par gtab à 23:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 décembre 2007

Le procés d'Ivan Colonna

A l'approche de l'épilogue du procès spectaculaire d'Ivan Colonna, l'aléa judiciaire est au plus haut. L'intime conviction des magistrats qui composent la Cour d'assises spéciale de Paris doit certainement balancer fort comme celle d'une opinion à qui on a vendu le préjudice des manquements à un procès équitable.

Coupable ou innocent parce que présent ou absent de cette rue sombre d'Ajaccio le soir du 6 février 1998: l'enjeu de la réponse judiciaire à l'assassinat d'un Préfet c'est rapetissé jusqu'à cette triviale alternative. C'est le choix réduit à pas grand chose et en même temps tellement lourd qui est offert pour sceller l'avenir d'un homme.

Les conjectures sur la présence de l'accusé se sont nourries de la rétractation de ses amis, des rivalités policières pendant l'enquête et de l'absence de témoins fiables comme de preuves matérielles: il y était, il y était pas. Qu'en penser quand l'essentiel du crime est ailleurs? De fait le sens de "cet acte politique majeur qui a échoué" comme un des membres du "commando Erignac" a définit l'assassinat du plus haut représentant de l'Etat en Corse, a été éclipsé. On aurait pu compter sur la lueur d'honneur que portent au fond du regard des hommes dévoués à une cause qui les dépassent. On sait parfois trouver chez eux le sens du sacrifice jouer sur le registre du tragique pour faire valoir l'intérêt supérieur d'une guerre sans merci contre l'oppresseur colonisateur. La revendication d'une culture et la défense d'une terre valent bien, à leurs yeux, des actes qui montent au paroxysme une violence aveugle. Ceux qui s'emploient à mettre en cohérence la cause et la lutte sont attendus sur le versant du courage qui donne à revendiquer mais aussi à expliquer, à justifier et à assumer un geste qui s'impose à eux comme un acte politique. Mais le feu sacré étaient éteint depuis longtemps lorsqu'il s'est agit de juger un fuyard.

Posté par gtab à 21:43 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1