l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

31 janvier 2008

Besson: de l'ouverture au progrès

Eric Besson est en passe de réussir sa mutation politique. Après être passé pour un traître à sa famille en rejoignant ostensiblement Nicolas Sarkozy au soir du premier tour de l'élection présidentielle, il lui restait à ripoliner cette manoeuvre d'un vernis conceptuel. En lançant aujourd'hui son mouvement avec un colloque en Sorbonne, il entend donner une cohérence intellectuelle à sa démarche et affiche le désir de préempter un centre gauche qui préférerait la dynamique de Nicolas Sarkozy au splendide isolement de François Bayrou.

Il a plutôt bien réussi son coup en empruntant habilement au prestige de Tony Blair. Le mal aimé du Parti socialiste français, fut présenté comme le précurseur du progressisme qu'on pourrait résumer sommairement par cette phrase extraite de son discours du 12 janvier devant le Conseil national de l'UMP: "La conclusion à en tirer pour les politiques de gauche comme de droite est la suivante : dans un monde qui change, malheur à celui qui stagne. Que cela vous plaise ou non, pour réussir, vous devez évoluer avec le monde ou perdre, chuter et devenir un monument et non un mouvement." Comme l'ex-premier ministre britannique et comme le Président de la République française, Eric Besson et ses nouveaux amis croient plus que jamais à la guerre de mouvement face aux opportunités de la mondialisation. Il laisse à ses anciens camarades l'immobilisme. Contrairement à Ségolène Royal, Tony Blair connait Eric Besson et a accepté de participer à son colloque. Sa présence pouvait passer pour incongrue, à tout le moins redondante puisqu'il avait déjà dit l'essentiel trois semaines plus tôt à l'invitation de Nicolas Sarkozy, dans le cadre de sa campagne pour la présidence de l'Union européenne.

Mais dans sa démarche, Eric Besson a aussi bénéficié d'un appui signalé du Premier ministre français. Egalement présent à la Sorbonne pour vanter les vertus de l'ouverture; concept typiquement soixantehuitard lorsque les étudiants demandaient que l'imagination soit au pouvoir. Avec beaucoup moins de retenue et plus de spontanéité qu'à l'habitude, François Fillon a servi un discours truffé de compliments à l'endroit son Secrétaire d'Etat à la prospective et à l'évaluation des politiques publiques. Ces propos étaient tellement élogieux que s'en était presque gênant. Il est allé jusqu'à dire que grâce aux socialistes de son Gouvernement, les réunions interministérielles étaient de meilleure tenue. Leur présence obligeaient les ministres UMP à davantage d'égard entre eux, les empêchant de s'invectiver grossièrement comme à l'habitude. Même si le propos se voulait badin, il y avait un fonds de vérité qui a dû donner du baume au coeur à Eric Besson. Il le conforte dans sa mutation politicienne et consolide sa place de leader potentiel d'une force d'appoint à la majorité, toujours appréciée par le pouvoir exécutif. D'ici quelques mois, pour peu que son mouvement s'étoffe et que la doctrine progressiste prenne corps, on aura oublié qu'Eric Besson fut un jour socialiste.

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30 janvier 2008

Mitterrand est encore bancable

C'est ce qu'a dû penser sa première épouse pour se renflouer. A croire que l'ancien Président de la République, bien payé pendant tant d'années sur fonds publics, aurait été chiche dans son héritage pour contraindre sa veuve, douze ans après sa mort, à céder au plus offrant, ses chaussettes, chapeaux, costumes, cravates et autres vêtements d'apparat. Sur un air de charité bien ordonné, la vente aux enchères des frusques de François Mitterrand aurait rapporté 150 000 euros.

Toujours bien habillé et certainement approvisionné par les meilleurs faiseurs, François Mitterrand n'était pas pour autant un modèle d'élégance ou de goût. Il a toutefois joué habillement de son apparence vestimentaire pour donner un grain particulier à son personnage politique et se tailler une silhouette dans la mémoire collective. C'est d'abord une écharpe rouge qui lui est associée. La force de la couleur comme sa symbolique est soutenue par un pardessus ample et sombre surmonté d'un feutre noir et désuet en guise de couvre-chef. Ainsi couvert, notre homme d'Etat ne craint pas l'adversité des intempéries comme celle de la politique. On retiendra également de larges chemises à carreaux boutonnées avec ringardise jusqu'au col, assorties à des pantalons de velours épais bien remontés sur le ventre avec des brodequins aux pieds et une canne à la main. Cette tenue de campagne a servi à immortaliser nombre de randonnées pédestres du Président et notamment son ascension rituelle toujours fortement médiatisée de la Roche de Solutré.

Il faut avoir l'âme bien fétichiste pour aller glaner en salle des ventes des vêtements qui n'ont rien d'autre de magnifique que d'avoir été portés. Reste alors le culte de la personnalité, symbolique désuéte, qui sert, en l'occurence à étalonner la valeur vénale de la postérité. Faute de se satisfaire de sa pension de reversion, Danielle Mitterrand a décidé de tirer sur la ficelle de la nostalgie au bout de laquelle certains anonymes sont prêts à vénérer leur grand homme en contemplant une frippe vintage placée sous verre et accroché au mur de leur salon ou exposée comme un linceul sur une étagère spécialement conçue et éclairée à cet effet.

François Mitterrand croyait aux forces de l'esprit. Là où il est comment prend-il l'exhibition mercantile de sa garde robe? Comme un hommage de plus ou comme la braderie de son passage dans l'histoire?

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27 janvier 2008

La Société générale et son trader

Les dirigeants de la Société Générale proposent deux lignes de fuite dans leur communication de crise.

En premier lieu, ils jettent en pature à l'opinion un homme. C'est un jeune courtier dont la neurasthénie et l'introversion lui auraient permis d'accumuler plus ou moins sciemment d'énormes fautes professionnelles et de commettre plusieurs malhonnêtetés. Le terme de fraude qui est la plupart du temps utilisé dans les médias présente une ambiguïté. Lui ont-elles permis de s'en mettre plein les poches en même temps qu'il faisaient "sauter la banque"? Le flou est insidieusement entretenu, la chaîne de responsabilités, complétement occultée.

Il est en tout cas stupéfiant de constater la diligence avec laquelle la presse s'est jetée sur la vie de Jérôme kerviel allant jusqu'à se rendre à Pont l'Abbé - Finistère, pour y interroger jusqu'à son ancien professeur de judo. Comment l'origine de ce jeune homme, sa situation familiale et son adresse personnelle ont-elles été "données" à la presse? Voilà un cas d'école ou la communication de crise fricotte avec l'information. Il serait présentement intéressant de connaître la source des journalistes. La ficelle du bouc émissaire sera t-elle assez fine pour passer le chas de l'instruction judiciaire?

En second lieu, les dirigeants de la Société Générale peuvent s'abriter derrière les généreuses dérives du système de la finance internationale. Ses bulles spéculatives n'en finissent pas de s'émanciper des réalités économiques jusqu'à explosion. Les pertes de la Société générale, toutes abyssales qu'elles soient, ne sont en fait que l'avatar d'une organisation dérégulée, sans moyen de contrôle efficient. Au fur et à mesure que les jours passent, on évoque d'éventuels "skeleton in the closet" qui pourraient donner des frayeurs à d'autres établissements financiers. De là à atténuer la responsabilité des dirigeants de la Société Générale, il n'y a pas loin. De fait, son Président peut bien nous faire croire qu'il a tenté de démissionner mais a été rattrapé par la manche au moment où il rentrait dans l'ascenseur. De même, il peut bien s'autocondamner en déclarant avoir décidé de réduire le montant de ses émoluments. Ce type de décision est assez pathétique au regard des sommes en jeu. Il reste à mesurer sur le long terme la crédibilité de cette parade.

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08 janvier 2008

La conférence de presse du Président

Nicolas Sarkozy aura renouvelé avec talent la conférence de presse du Général de Gaulle qui avait la particularité jouissive d'instrumentaliser la presse. Trois remarques pour étayer ce sentiment.

D'abord la foule des invités honorés d'en être. Il y avait paraît-il 628 journalistes rangés comme des petits pois, dignes d'une boîte de magistrats coloriés. Au mieux une vingtaine d'entre eux aura eu droit à l'attention du Président de la République en posant une question. Le reste n'était là que pour faire de la figuration et se prêter complaisamment à une mise en scène savamment orchestrée en attendant de se ruer sur le buffet.

Ensuite, il y a la manière exclusive de Nicolas Sarkozy pour se poser en victime d'une mauvaise presse afin de mieux lui rentrer dans le chou, souvent de fort bon aloi. Le plus bel exemple du jour fut tenu par Laurent Joffrin, au demeurant plutôt sympathique. Fidèle à la ligne éditoriale revigorée de son journal, Libération, qui s'affiche comme le fer de lance d'un presse d'opinion régénérée par une hostilité systématique au pouvoir en place, il a cru utile de dénoncer une hyperprésidentialisation comparable à une monarchie élective. Dans le style direct qui le distingue et avec un plaisir non feint, Nicolas Sarkozy a répliqué sans laisser l'ombre d'une chance à ce pauvre Laurent Joffrin. S'en était presque gênant tellement son argumentation, toute en interrogation suggestive battait en brèche des concepts fumeux. Cruauté de l'image sans doute manipulée par le réalisateur, la réponse du Président de la République était parsemée de plan de coupe montrant le directeur de Libération s'affaissant progressivement sur son siège, rendu à l'évidence de l'inanité de sa thèse sur la confiscation du pouvoir par un seul homme.

Enfin, sur le mariage, il a habilement mis les journalistes devant leurs contradictions. Ce ne fut pas malin de leur part part de l'interroger sur ce sujet dès la seconde question. Malgré un prénom un peu désuet, j'aime bien Roselyne Fèvre et j'ai été content de la retrouver. Elle est belle et j'ai pensé un temps qu'avec son côté pête sec, elle aurait pu succéder à Christine Ockrent comme reine de l'info. Hélas pour elle, les femmes sont désormais trop bien représentées à la télévision si bien qu'aucune ne peut s'extraire du lot. Pire, d'Elise Lucet à Marie Drucker en passant par Laurence Ferrari ou Florence Dauchez, on les perd vite de vue sauf à lire les rubriques "people". S'appuyant sur les turpitudes avérées de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy avait indubitablement travaillé sa réponse. Il a magnifiquement renvoyé la presse à sa déviance qui lui permet de tirer profit des images du bonheur - hier du malheur - présidentiel tout en s'offusquant d'un étalage calculé de la vie privée qui porterait honteusement atteinte à son intégrité professionnelle.

J'ai bien aimé aussi comment Ivan Levaï s'est fait reprendre sur Léon Blum ou comment l'analyse de Christine Clerc, réduite à se présenter comme une journaliste indépendante, a été contredite sur les préoccupations des français. Comme quoi dans cette conférence de presse, il n' y a pas eu qu'un échange de bons voeux. C'est aussi ça la rupture.

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06 janvier 2008

Evaluation ministérielle

Elle a dégainé la première. En s'offrant aujourd'hui une belle interview à sa gloire dans le JDD, Michelle Alliot-Marie fait preuve d'une autosatisfaction préventive qui a de quoi prendre au mot le Président de la République et son Premier ministre au regard de leur velléité à noter leurs ministres. "En sept mois je suis en passe de tenir les objectifs fixés pour deux ans." affirme-t-elle sans sourciller.

L'idée d'évaluer les ministres fait jaser autant qu'elle inquiète les intéressés comme le prouve le soudain besoin de la ministre de l'intérieur de s'épancher sur un bilan.

En vérité, l'évaluation des ministres émerge d'une conviction que le Président de la République s'est forgée dans la construction de son projet au service de son ambition dès après le 21 avril 2002. Avec ce coup de tonnerre dans le ciel de la démocratie, il a bien compris qu'une des priorités consistait à venir à bout du dédain craché par les citoyens à la face de leurs dirigeants politiques. Il a mesuré le niveau d'exaspération des françaises et des français à l'égard de leurs élites qui s'arrêtaient trop souvent aux discours quand on attendait d'eux des actes en accord avec leurs promesses. A partir de là découle cette méthode sarkozyste faite d'un volontarisme magnifié et d'actions sans répit qui convergent aujourd'hui vers la culture du résultat assortie de sanction disciplinaire. Le contrôle des ministres et son corollaire, leur démission dès lors qu'ils ont failli, peuvent constituer un raccourci facile pour concrétiser la rupture.

Ce faisant, ce nouvel avatar de la modernité en politique constitue un changement dans l'exercice du pouvoir institué par Nicolas Sarkozy. Depuis six mois, il s'applique à éclipser la plupart des ministres du Gouvernement dont Bernard Kouchner serait le bien heureux chef de file. On se demande alors sur quoi pourra bien porter l'évaluation de leur performance individuelle tant le Président de la République a tout dit avant et qu'il a quasiment tout fait après. Sur plusieurs sujets, il n'a pas craint de s'exposer là où d'autres avant lui se seraient facilement retranchés derrière un gouvernement forcément maladroit Tous les ministres ayant un jour ou l'autre souffert du zèle présidentiel, il y aura au bout du compte un sourde injustice pour les plus mal notés. Ils seront quelque part victimes de la discrétion que le Président de la République attendait d'eux.

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03 janvier 2008

Ministre et heureux de l'être

C'est Dominique de Villepin qui avait eu l'idée saugrenue de téléviser les conseils des ministres. Il n'avait sans doute pas trouvé mieux que cette pantomime du pouvoir exécutif pour espérer se rapprocher de l'opinion. Heureusement, l'ancien Premier ministre n'a pas fait tout ce qu'il a dit.

Et pourtant, reconnaissons qu'un coup d'oeil furtif au dernier conseil des ministres de l'année 2007 n'aurait pas été dénué d'un intérêt distrayant tant on prend souvent plaisir à rire au dépens des puissants. On imagine un long et lent travelling fixant un à un les ministres et leur mine patibulaire tandis que du haut de son autorité intouchable, Nicolas Sarkozy leur a délivré, certainement en souriant, une ultime recommandation: "Soyez content d'être au Gouvernement. Il y a des gens qui rêvent d'être ministre et ne le seront jamais. Vous ne le resterez pas tout le temps alors soyez heureux de l'être."

L'essentiel du cérémonial du Conseil des ministres tient dans la démonstration du rapport de force qui lie un bataillon d'affidés au Président de la République. Jacques Chirac l'avait fort bien synthétisé pour mieux rabaisser son ministre de l'intérieur: "Je décide, il exécute!"

Sans forcément que la neurasthénie les gagne à l'approche de leur entretien d'évaluation avec le Premier ministre, les membres du Gouvernement auront encaissé un avertissement à peu de frais en entendant l'hymne à la joie de Nicolas Sarkozy. Par surcroît, les commentateurs ne s'en laissent pas compter et les supputations vont bon train sur un éventuel remaniement qui se décide toujours en moins de 48 heures. Une telle perspective fait la joie des amateurs de loto dans leur quête du Gouvernement idéal. Une caméra qui auraient pu scruter, un à un, les visages autour de la table du salon Murat au moment où Nicolas Sarkozy vantait le bonheur d'être ministre, les aurait certainement aidé à affiner leurs pronostics.

Posté par gtab à 22:19 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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