l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

12 avril 2008

Les gros mots de NKM

Le psychodrame que la majorité vient de s'offrir, ramène une fois encore au "petit" rôle des membres du Parlement. Bien plus qu'une cohésion gouvernementale qui en a vu d'autres, c'est bien le sens de leurs responsabilités qui est en question. On nage ici en plein atavisme parlementaire formaté par les institutions de la Vème République. Au delà de ceux qui se sont sentis visés, la "lâcheté" dénoncée par la secrétaire d'Etat à l'environnement colle assez bien avec la duplicité dont les députés savent jouer en dénonçant l'emprise douloureuse de l'exécutif pour mieux s'exonérer de leur prérogatives qui ne sont tout de même, ni négligeables, ni inopérantes.

La lâcheté: manque d'énergie, de fermeté qui fait reculer devant l'effort et subir passivement les influences extérieures. Comment mieux définir l'attitude de députés de l'UMP qui présentent un amendement, qui le défendent en séance avant de la retirer sur injonction du Rapporteur de la Commission des affaires économiques et s'en vont, dans la foulée, faire adopter le même amendement présenté par l'opposition? Impossible!

Donnant l'avis du Gouvernement sur le fameux amendement UMP, Nathalie Kosciuscko-Morizet s'en était remise à "la sagesse de l'Assemblée". De fait, les députés ne sont pas obligés d'y voir l'expression consacrée par laquelle le Gouvernement exprime son accord sans le dire tout en le disant mais comme s'il ne l'avait pas dit. On n'attendait notamment pas cette interprétation de la part de Jean-François Copé, d'habitude si attentif à défendre l'expression des députés. "Lorsqu'un gouvernement s'en remet à la sagesse de l'Assemblée sur un amendement venant de la gauche, ça veut dire qu'en réalité il l'approuve" a-t-il courageusement déclaré pour mettre son grain de sel dans la polémique. Rappelons que des députés de droite défendaient le même amendement. Quand bien même, Jean-François Copé dirait vrai on mesure la force des habitudes chez un homme qui, se piquant de vouloir parler sans tabou ni langue de bois, aurait pu aussi bien prendre au pied de la lettre un ministre lorsqu'il concède sa liberté à l'Assemblée.

Toujours à contre courant de ses intentions proclamées, le Président du groupe UMP en rajoute dans la mauvaise foi lorsqu'il dénonce le Grenelle de l'environnement qui aurait ostracisé les parlementaires, justifiant ainsi l'aigreur de ces derniers. "Si les parlementaires ne viennent pas en séance, c'est souvent parce qu'ils n'ont pas été associés aux projets de loi ou qu'ils se sentent déconsidérés". C'est faire peu de cas de la richesse des débats parlementaires et de la charge normative de celles et ceux qui l'incarnent. Forts de leurs convictions et sûr de leur rôle, ils peuvent s'affranchir de tous "les Grenelles" de la terre dès lors que force revient toujours à la loi qu'ils votent. Au delà des pressions tendancieuses et des influences forcément mauvaises, rien n'interdit aux troupes de Jean-François Copé de prendre leur mission à bras le corps. Quitte à déplaire, c'est à eux de défendre, dans l'enceinte solennelle et éminemment respectable qui leur est réservée, leurs convictions et les certitudes qu'ils se forgent pour servir l'intérêt général. Apparemment, il a beau la revendiquer, Jean-François Copé a du mal à assumer le courroux gouvernemental qui sied à une "coproduction" législative bien comprise.

Posté par gtab à 11:15 - Parlement - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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