23 avril 2008
Fin de l'Hyperprésidentialisme
Jamais descendu aussi bas dans les sondages pour un Président de la République, Nicolas Sarkozy veut entamer, demain, sa remontée vers les sommets de la popularité. Comme toujours, cette ascension commence par la solennité d'une émission télévisée vespérale sous les ors de l'Elysée.
Date anniversaire commémorant l'an un de son élection ou nouveau départ? Le Président de la République oscille entre continuité et novation. Le fil rouge reste la réforme et la volonté de fer de celui qui la porte à bout de bras malgré les turbulences et les remous. Autrement, c'est perdre pied. Pour le changement, on peut compter sur son sens politique afin de se remettre sur les rails d'un style présidentiel probe et net, sans fioriture ni ostentation choquante, mal perçues par une opinion qui n'en a pas fini avec le style compassé et distant d'un Président de la République perdu dans la longueur d'un septennat qui n'est plus.
Au dela de ce qu'il pourra dire demain soir sur un triptyque conventionnel - questions internationales, société, économie -, Nicolas Sarkozy a judicieusement balisé le calendrier de la réforme à son profit. Le conseil des ministres de ce jour a entériné le projet de loi constitutionnel visant à réformer les institutions de la Vème République. Ce texte devrait prochainement faire l'actualité du Parlement. Le candidat l'avait promis. Le Président de la République le fait avec une magnanimité qui lui offre un bénéfice évident dans un timing bienvenu pour restaurer l'image d'un chef de l'Etat rassembleur et, pourquoi pas, désintéressé. Lui l'hyperprésident, l'omnipotent chef de l'Etat va réduire son pouvoir au profit du Parlement. L'ordre du jour conjoint, le partage des nominations dans la haute administration, la rupture du lien avec la magistrature, sont autant de nouveautés institutionnelles qui constituent une restriction notable des prérogatives de l'exécutif. Ces dispositions vont mettre à bas tout un pan de la contestation facile sur l'hégémonisme présidentiel et un centralisme élyséen, prétendument jamais atteint à ce point depuis 1958. Mieux, en limitant à deux les mandats que le Président de la République pourra exercer, la fin du Sarkozysme, triomphant et exubérant, est bornée à 2017.
Comme tout projet de loi modifiant notre loi fondamentale, la réforme des institutions, voulue et portée par Nicolas Sarkozy, passera par Versailles, son Congrès et sa majorité des trois cinquièmes. A cet exercice l'opposition n'en finit pas de s'abîmer les adducteurs entre une opposition frontale et son sens des réalités. La gauche a toujours réclamé ces évolutions institutionnelles. Si elle les rejette, elle se contredit. Dans ces conditions, pendant que les réformes se font, le Parti socialiste s'enfonce dans une notabilité de province désuéte et s'absorbe dans les affres de débats théoriques qui font le charme de son histoire. C'est ainsi qu'il tente de vaincre l'immobilisme qui le taraude et d'asseoir son renouveau politique sur un corps de doctrine oscillant entre ses inclinations révolutionnaires timidement remises en cause et des éclairs de lucidité sur l'état de la France dans un monde en mouvement.
17 avril 2008
Le zèle européen de la France
Parfois, l'essentiel tient moins dans l'intelligibilité des mesures adoptées par le Parlement que dans la force de conviction mise en oeuvre pour ce faire.
L'amendement adopté à l'article 1er du projet de loi sur les OGM par le Sénat devait servir de cache sexe au désormais célèbre amendement Chassaigne voté subrepticement à l'Assemblée nationale au grand dam certains députés de la majorité et du Gouvernement.
Gardons nous d'oser une exégèse de l'article 1er tel qu'adopté par le Sénat. Il renvoie à des textes réglementaires dont la force interprétative devrait servir à nourrir un contentieux fleuri. Par surcroît, l'ironie de sa réécriture bruyante est ailleurs que dans sa portée significative qui ne répond pas aux questions de la traçabilité et de la détection des OGM.
La dose d'humour de cette nouvelle rédaction est placée dans la référence à la définition du « sans OGM » qu'on attend de l'Union européenne lorsqu'elle aura décidé, si elle le souhaite, de l'inscrire dans le cadre d'une Directive prochaine. Alors qu'aucune intention ne s'est manifestée en ce sens à Bruxelles, voilà qui fait honneur à la fibre européenne de ce Gouvernement. Il anticipe sur une législation européenne incertaine dans un texte justement élaboré pour transcrire en droit français une Directive, vieille de sept ans...
12 avril 2008
Les gros mots de NKM
Le psychodrame que la majorité vient de s'offrir, ramène une fois encore au "petit" rôle des membres du Parlement. Bien plus qu'une cohésion gouvernementale qui en a vu d'autres, c'est bien le sens de leurs responsabilités qui est en question. On nage ici en plein atavisme parlementaire formaté par les institutions de la Vème République. Au delà de ceux qui se sont sentis visés, la "lâcheté" dénoncée par la secrétaire d'Etat à l'environnement colle assez bien avec la duplicité dont les députés savent jouer en dénonçant l'emprise douloureuse de l'exécutif pour mieux s'exonérer de leur prérogatives qui ne sont tout de même, ni négligeables, ni inopérantes.
La lâcheté: manque d'énergie, de fermeté qui fait reculer devant l'effort et subir passivement les influences extérieures. Comment mieux définir l'attitude de députés de l'UMP qui présentent un amendement, qui le défendent en séance avant de la retirer sur injonction du Rapporteur de la Commission des affaires économiques et s'en vont, dans la foulée, faire adopter le même amendement présenté par l'opposition? Impossible!
Donnant l'avis du Gouvernement sur le fameux amendement UMP, Nathalie Kosciuscko-Morizet s'en était remise à "la sagesse de l'Assemblée". De fait, les députés ne sont pas obligés d'y voir l'expression consacrée par laquelle le Gouvernement exprime son accord sans le dire tout en le disant mais comme s'il ne l'avait pas dit. On n'attendait notamment pas cette interprétation de la part de Jean-François Copé, d'habitude si attentif à défendre l'expression des députés. "Lorsqu'un gouvernement s'en remet à la sagesse de l'Assemblée sur un amendement venant de la gauche, ça veut dire qu'en réalité il l'approuve" a-t-il courageusement déclaré pour mettre son grain de sel dans la polémique. Rappelons que des députés de droite défendaient le même amendement. Quand bien même, Jean-François Copé dirait vrai on mesure la force des habitudes chez un homme qui, se piquant de vouloir parler sans tabou ni langue de bois, aurait pu aussi bien prendre au pied de la lettre un ministre lorsqu'il concède sa liberté à l'Assemblée.
Toujours à contre courant de ses intentions proclamées, le Président du groupe UMP en rajoute dans la mauvaise foi lorsqu'il dénonce le Grenelle de l'environnement qui aurait ostracisé les parlementaires, justifiant ainsi l'aigreur de ces derniers. "Si les parlementaires ne viennent pas en séance, c'est souvent parce qu'ils n'ont pas été associés aux projets de loi ou qu'ils se sentent déconsidérés". C'est faire peu de cas de la richesse des débats parlementaires et de la charge normative de celles et ceux qui l'incarnent. Forts de leurs convictions et sûr de leur rôle, ils peuvent s'affranchir de tous "les Grenelles" de la terre dès lors que force revient toujours à la loi qu'ils votent. Au delà des pressions tendancieuses et des influences forcément mauvaises, rien n'interdit aux troupes de Jean-François Copé de prendre leur mission à bras le corps. Quitte à déplaire, c'est à eux de défendre, dans l'enceinte solennelle et éminemment respectable qui leur est réservée, leurs convictions et les certitudes qu'ils se forgent pour servir l'intérêt général. Apparemment, il a beau la revendiquer, Jean-François Copé a du mal à assumer le courroux gouvernemental qui sied à une "coproduction" législative bien comprise.
02 avril 2008
Lapsus quand tu nous tiens!
Tout lapsus est révélateur d'un trouble ou d'une émotion. Lionel Jospin s'est fait une spécialité de ce dérèglement de la parole qui dévoile souvent une pensée obscure et sous-jacente ou renvoie maladroitement à un sentiment aussi fort qu'inconvenant.
Lors d'une tentative de retour actif en politique à l'été 2006, et après bien d'autres, l'ancien Premier ministre avait été pris en flagrant défaut de langage. Jouant sur le registre de l'émotion pour mieux se faire absoudre de son retrait, il voulait montrer combien sa défaite aux élections présidentielles de 2002 représentait pour lui-même un véritable traumatisme: «Le 21 avril a été une épreuve cruelle, soudaine et inattendue qui m'a profondément touché. Un choc puissant. Injuste. J'ai voulu marquer que j'acceptais l'arrêt du peuple.(...). Je préfère la fierté à la veulerie(...). Pour autant, je ne vous ai jamais accompagné —pardon, abandonné» (intervention devant les militants du MJS mouvement des jeunes socialistes à La Rochelle, le 26 août 2006).
Ce matin, alors qu'il voulait se justifier sur la manière dont fut décidé l'envoi de forces militaires en Afghanistan en 2001, Lionel Jospin a, une fois encore, laissé entendre ses émotions intimes en souvenir de son ambition contrariée. C'est ici, très exactement à la troisième minute et cinquante trois secondes de l'interview. C'est rapide mais assez clair. En somme, pour Lionel Jospin, au plus profond de lui, un 11 septembre vaut bien un 21 avril.