Rachida Dati sait mordre. Malmenée et déconsidérée, elle vient en réponse à une question d'actualité de donner un sentiment de vérité dramatique à son personnage iconique. Certainement touchée dans son for intérieur par cette affaire faisant écho à sa propre expérience, elle a développé en défense des accents de sincérité en bonne fille du Président de la République qui sait faire levier des attaques "ad hominem" pour s'imposer. En deux temps, elle a trouvé un certain équilibre dans la traduction politique de cette décision de justice et des indignations plus ou moins avisées qu'elle a fait naître avec retard.

Il est vrai que la décision du TGI de Lille n'est pas tenable en ce qu'elle accrédite une inégalité intolérable entre les femmes et les hommes en remontant au pêché originel. Pourtant le temps a passé. On a eu Mai 68. Avec lui l'égalité des sexes est devenue une évidence en même temps qu'un combat toujours renouvelé par le fait d'une succession d'obscurantismes confessionnels. Pourquoi le devoir de chasteté devrait-il être un effort exclusivement féminin? A-t-on au moins posé la question au mari contrit qui eut l'ingénieuse idée d'en appeler aux arcanes poussiéreuses de l'article 180 du Code civil pour répudier son épouse? Le puceau était bien averti. Il ne s'en serait peut-être moins bien sorti avec une procédure de divorce.

A l'aune de cette action en justice, l'inquiétude sur l'avenir de la jeune femme semble pour le moins légitime. Elle fonde la compassion protectrice que la Garde des Sceaux a exprimée à son endroit et la décision de la magistrate prise dans l'intérêt des parties et dans l'union de leur consentement. De fait, même s'il a beau dire que c'est elle qui a commencé, l'initiative judiciaire de l'époux ne pouvait qu'altérer davantage l'exigence de confiance et de vérité au sein du couple. Tel est le paradoxe de cette décision de justice. Justement critiquée parce qu'elle est mal fondée, elle satisfait pourtant les protagonistes en donnant droit à un mari tout en libérant une femme.