La reconnaissance de la victoire de Barack Obama dans les primaires démocrates met fin à une aventure politique passionnante. Choisir entre un noir ou une femme aura constitué un challenge inédit redonnant un coup de fouet salutaire à la démocratie américaine. Face à une version idéalisée de l'Amérique portée par l'optimisme juvénile de son adversaire, Hillary Clinton rappelait trop l'attachement qui est le sien à l'histoire politique récente. Elle aura eu du mal à se départir de son vécu présidentiel qui reste en mémoire comme un pouvoir de l'ombre, cynique et illégitime durant les deux mandats de son époux.

En fait, peut-être qu'Hillary Clinton n'aura tout simplement pas été assez femme. Aux côtés du président Clinton, elle semblait souvent porter la culotte. Dès ses débuts, au poste de Gouverneur de l'Arkansas, elle fut son mentor et sa conscience politique dans le cadre d'un pacte conclu lors de leur rencontre à l'université de Yale. Durant le premier mandat de son mari, c'est elle qui incarne la politique sociale de la maison blanche. Elle portera la responsabilité de l'échec du projet d'une sécurité sociale américaine en 1993.

Naturellement, il y aura les frasques de Bill Clinton dont l'opposition républicaine saura s'emparer avec acharnement. Elle assumera avec un certain cran ce calvaire conjugal car c'est aussi dans l'adversité que cette femme puise sa rage de vaincre. Paradoxe: malgré tout ce qu'il lui a fait subir, elle a délibérément fait cette campagne des primaires avec son mari. Plutôt que de chercher à s'en émanciper, elle a estimé que sa popularité d'acier lui serait profitable, et que les foules des primaires, électrisées par une euphorie mécanique, seraient trop heureuses d'en applaudir deux pour le prix d'une. Alors que toute sa vie durant, elle aura souvent eu des positions iconoclastes pour de grandes causes humaines et sociales, c'est au moment le plus intense de son parcours politique, qu'elle est devenue la figure d'un establishment washingtonien reprochant à Barack Obama ses conceptions "irresponsables et naïves". Hillary Clinton avait beaucoup d'atouts pour gagner. Tout au long de l'année 2007, elle a été donnée gagnante. Au mois d'octobre, elle avait au moins 30 points d'avance sur Barack Obama. Hélas pour elle, en préemptant l'avidité du peuple américain pour un autre temps, le jeune sénateur noir de 47 ans a fait la différence, reléguant la posture de sa rivale à une sorte de restauration dynastique d'un autre âge.

Reste à savoir comment les deux protagonistes des primaires démocrates vont devoir se retrouver afin de cheminer de concert pour la suite de la campagne et l'affrontement avec le candidat républicain.