Parce qu'il faudra bien un jour mettre un terme au processus de paix au Proche-Orient pour installer la paix sûrement et durablement, il convient de lever les ostracismes. Voilà pourquoi la présence de Bachar El-Assad aux festivités du 14 juillet prochain serait une bonne chose. La période est mouvante et l'invitation de Nicolas Sarkozy, nonobstant l'aigreur qu'elle peut susciter chez certains, doit pouvoir inciter tous les protagonistes à ouvrir des voies de dialogues. Ainsi plusieurs signes et prédictions peuvent faire penser que la chance souriant aux audacieux, en diplomatie comme ailleurs, le moment est propice.

Il y a d'abord le changement attendu de l'attitude américaine dans la région. Quelque soit le candidat, démocrate ou Républicain, porté à la Maison blanche en novembre, on peut s'attendre à une rupture bienvenue avec l'ère Bush depuis l’échec du projet américain de Broader Middle East. Outre une réorientation politique sur des priorités domestiques, le nouveau pouvoir devrait penser la reconstruction d'une confiance sur la place et le rôle qui doivent être ceux des Etats-Unis d'Amérique dans le monde.

En conséquence, on peut supputer une éventuelle évolution stratégique à l'égard de l'Iran. Bien qu'encore affirmée comme la solution, la méthode forte et les menaces n'ont pas payé. La guerre d'Iran, sur le modèle de celle d'Irak ne serait pas raisonnable. N'est-il pas plus subtile d'envisager un isolement de l'Iran en tentant, notamment, de distendre les liens privilégiés qu'il entretient avec le Hezbollah ou la Syrie? L'annonce publique d'une négociation entre cette dernière et Israël, par l'entremise de la Turquie, peut être révélatrice de cette nouvelle ligne qui se rapprocherait de la raison.

On peut également compter sur les velléités du monde arabe d'initier sobrement des initiatives endogènes en vue d'apaiser des tensions. Au regard de l'histoire, l'unité arabe est une gageure pour ne pas dire une fumisterie. En même temps, c'est à Doha qu'ont été trouvés les termes d'un dénouement miraculeux à la crise libanaise. Il faut espérer dans cette démarche qui verrait certains Etats de la région dénoncer une apologie de la haine et prôner d'autres chemins plus constructifs.

De même, s'agissant spécifiquement du Liban, quelque soit l'obédience dont on se réclame, l'avenir et le développement de ce pays si attachant pour ce qu'il est, ne saurait se construire hors de toute relation privilégiée avec la Syrie. Dans le respect d'une souveraineté intacte de part et d'autres de leur frontières et sans rien oublier du passé pour mieux le surmonter, ces deux pays ont beaucoup à faire ensemble Le temps fera son oeuvre pour apaiser les suffrances. Il n'interdit pas de penser d'ores et déjà au but à atteindre.

Il y a enfin le projet d'Union pour la Méditerranée (UPM) du Président de la République afin de sortir du "cycle infernal de la vengeance et de la haine" et de « faire pour l'union de la Méditerranée ce qui a été fait pour l'union de l'Europe ». La difficulté du sujet, souvent remis sur le métier, ne doit pas le condamner d'entrée. Mieux vaut en saluer l'audace et accepter le risque de l'initiative toujours incertaine plutôt que l'assurance de l'immobilité.