12 octobre 2008
La Présidentielle américaine
La campagne est passionnante. Après le fiasco de l'administration Bush qui s'achève en apothéose avec l'explosion planétaire de la finance internationale, le prochain président est attendu dans l'espérance d'un nouveau new deal.
Au delà des enjeux politiques classiques - restauration de la puissance américaine et instauration d'un welfare state -, la course à la Maison blanche mêle des ingrédients inédits qui en font tout le sel. La primaire démocrate a fait fort en confrontant un femme à un noir. Malgré sa défaite, Hillary Clinton aura certainement donné un coup de pouce au destin de Sarah Palin. La colistière du candidat républicain a fait de l'effet. Elle émoustille la campagne avec une foule de jugements contradictoires sur sa personnalité iconoclaste d'"hockey mom" revendiquée. Critiquée pour des positions radicales qui séduisent l'électorat ultrareligieux et réactionnaire, elle exerce en même temps un attrait irrésistible auprès de l'électorat féminin déçu par l'échec d'Hillary Clinton.
Dans la ligne droite finale - on est a vingt trois jours du scrutin - ce qui frappe, c'est l'équilibre des pronostics entre Barack Obama et John Mc Cain marqué par les sondages jusqu'à peu. Les deux prétendants étaient encore à égalité le 23 septembre. Compte tenu du piteux bilan de Georges W. Bush, les chances sérieuses du candidat républicain de faire jeu égal avec son concurrent démocrate paraissaient pourtant bien maigres. Finalement, sa bonne tenue tient malheureusement en partie au fait que Barack Obama, à défaut d'être une femme, est noir. Dans la lutte impitoyable d'une élection présidentielle qui ne néglige rien, les stratèges de campagne de John Mc Cain n'hésitent pas à alimenter les préjugés raciaux toujours tenaces dans les tréfonds de la société américaine. Calomniez, calomniez! il en restera toujours quelque chose. Et c'est comme ça qu'on prétend que Barack Obama est musulman - ce qui en soit n'a rien de condamanble - ou que de terribles terroristes proches d'Al Qaïda figureraient au rang de ses amis.
En démocratie, tous les coups sont-ils permis?
John Mc Cain s'est fait sifflé par ses partisans après avoir déclaré que Barack Obama est un type bien et qu'il ne fallait pas en avoir peur. Comment faut-il prendre ce qui s'apparente finalement à un peu d'humanité dans le combat électoral? Ces propos sont peut-être purement tactiques. Il visent sans doute à atténuer, vis à vis d'un électorat modéré, les arguments à caractère raciste et ostensiblement anxiogènes balancés, sourire aux lèvres, par sa colistière au cours de ses meetings. C'est peut-être également l'aveu implicite d'impuissance d'un viel homme qui n'a pas pris la mesure de la crise financière actuelle en même temps qu'il était déstabilisé par son propre camp sur ce sujet. Le refus de Georges W. Bush de sauver la banque Lehman Brothers a dramatiquement amplifié la crise de confiance qui affecte aujourd'hui la liquidité interbancaire tandis que le rejet initial du plan Paulson est imputable aux républicains conservateurs renouvelables à la chambre des représentants. Ces coups comptent chers alors que l'économie est désormais la préoccupation majeure des Américains.
05 octobre 2008
Le retour de l'Europe politique
L'Europe était sur le tranche. Dans la longue dérive qui l'écarte des fondamentaux établis par ses pères fondateurs, elle aurait pu passer aux pertes et profits, emportées par les excès démoniaques du système financier international.
Face à l'incertitude qui entoure l'ampleur de la crise venue d'Amérique et ses dégâts collatéraux dans les banques européennes, certains Etats ont préféré prendre les devants. L'Irlande a été prompte à faire montre d'un égoïsme qu'elle tend à cultiver avec allégresse et insouciance. L'Allemagne, entrant en période électorale, ces dirigeants se sont montrés pour le moins prudents devant tout ce qui passerait pour une trop forte allégeance au communautarisme, dès lors qu'il s'agit de payer pour le manque de vertu des Etats du sud. Ne parlons pas de la Grande-Bretagne soucieuse de préserver son insularité et la puissance de la City.
Dans ce contexte, le mini sommet de l'Elysée n'est pas une mince affaire pour l'avenir. Grâce à lui, l'Europe aura finalement versé du bon côté. L'unité a été préservée, les participants faisant preuve d'un courage lucide dans la voie du compromis. Il était rassurant de voir réuni les quatre principaux chef d'Etat de l'Europe, accompagnés des présidents de la Commission Européenne et de la Banque Centrale Européenne. Vue l'issue de la rencontre, la présence de ce dernier fut en soi un marqueur pour juger la force de l'événement. Elle illustre la remise en cause d'une orthodoxie financière dont l'intransigeance n'a pas résisté aux "circonstances exceptionnelles" qui justifient une application "flexible" des règles maastrichiennes.
Le politique est de retour, et c'est Nicolas Sarkozy qui officie. Président en exercice de l'Union européenne, il conforte son image d'actif reconstructeur d'un idéal communautaire altéré par la mondialisation et la rigidité technocratique bruxelloise. Il avait déjà été l'artisan du Traité de Lisbonne censément relancer les progrès de la gouvernance européenne et mettre fin à la déconfiture du projet de Traité constitutionnel dans l'échec duquel la France s'était lamentablement fourvoyée. Cet été, délaissant le Cap Nègre, il avait plutôt bien négocié la crise Georgienne, faisant émerger une position diplomatique commune de l'Union qui n'était pas gagnée d'avance. Aujourd'hui le Président français trouve dans la dépression financière internationale, le moyen de redonner cohérence et convergence à l'idée d'une Europe politique enfin capable de s'affranchir du dogme pour agir par la voie de la négociation et sur la foi du pragmatisme.
Au delà du G4 européen, nouvel organe européen qui a vu le jour hier, il reste à convaincre les 23 autres pays de l'Union. La tâche continue pour Nicolas Sarkozy. Elle est à sa mesure. Plus encore celle qui consiste à aller jusqu'au G8, à l'échelle du monde, pour refonder une régulation internationale du "capitalisme financier".
01 octobre 2008
Comme d'habitude...
"Non le petit épargnant n'a rien à crainde... Mais les banques feront payer le prix aux particuliers comme d'habitude. Dans la bonne humeur et l'autosatisfaction, les banques de dépôts vont éponger les conneries des banques d'affaires. Pour se refaire des marges, elles répercuteront les pertes sur le client. Par l'augmentation des marges sur les prêts ou la hausse de la tarifaction des services bancaires." Jean-Paul Pollin, un professeur d'économie. Et l'on s'étonne que des américains indignés fassent plier le Congrès sur une facture de 700 milliards de dollars.
Appelez-moi Jérôme Kerviel!!!