l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

11 avril 2009

Hadopity

La blogosphère est en émoi! Les députés n'ont pas adopté le projet de loi Hadopi. Ce texte controversé rentrera dans l'histoire pour avoir été le premier ouvrage législatif suivi en direct live par des milliers d'internautes. A quelque chose malheur est bon.

J'avais un faible pour ce texte car je crains le leurre de la gratuité sur fonds de jeunisme démagogique. Toute peine mérite salaire et ce n'est pas parce que la culture massifiée décline en qualité qu'il ne faut pas rémunérer le talent. Mais l'essentiel de mon propos n'est pas là. La loi sera réinscrite à l'ordre du jour et elle sera adoptée, ajoutant un peu plus au camouflet que viennent de s'infliger les députés. Car, le vrai scandale réside bien dans le fait qu'une fois de plus, un fois encore, une fois de trop, un quarteron d'élus du peuple (36) étaient dans l'hémicycle au moment crucial de leur mission quand le reste des troupes (541) vaquait ailleurs. Le scandale se porte à deux niveaux.

Le premier concerne la part des élus de la majorité qui s'opposaient au texte où sont d'humeur revêche à l'égard de l'exécutif. C'est leur droit, et peut-être même leur devoir. Le seul hiatus c'est que le système ne leur permet pas d'assumer en toute transparence leurs convictions. Le système de représentation parlementaire incite à des comportements fuyants. On conteste bravement dans sa circonscription les errements des technocrates parisiens, l'autisme du Gouvernement justifiant ainsi le renoncement fataliste et débonnaire de l'élu de base. "Le tragique dans la politique française, Dîtes vos sentiments. Exprimez ceux du peuple. Est-il donné à tout le monde de se révolter?" C'est ainsi. Plutôt que d'apparaître comme un dangereux dissident dans son propre camp, le député, craignant pour son investiture et sa réélection, préfère déserter l'hémicycle au moment des votes. Nonobstant le fait qu'on aimerait trouver des hommes et des femmes de caractère dans cette fonction - il y en a -, la caractéristique cardinale d'un député s'appelle la frousse.

Le second niveau du scandale est le plus délétère. Il consiste pour la plupart des élus cumulards d'exciper une suractivité pour justifier quelque part leur impuissance. Ils devaient être en séance un jour de semaine pour voter un texte? Hélas, on les attendait ailleurs. A ce compte là, dans une dualité Paris-province bien utile, les élus du peuple sont nulle part à force de vouloir être partout.

Dénoncer ces travers n'est pas faire preuve de novation et d'originalité. Qu'on ne viennent pas pour autant me ramener aux risques d'un anti-parlementarisme qui confinent au ridicule à force d'en faire un tabou de la République. Il s'agit simplement de rappeler une constante qui agacent et prend une acuité nouvelle pour trois raisons.

La première c'est l'accès de plus en plus répandu au film des échanges dans l'hémicycle. Les députés ne sont plus en vase clos. Leur conscience professionnelle est désormais visible . Puissent les électeurs y aller faire un tour de temps en temps. Il n'y a pas que les questions d'actualité et le repas des anciens dans la vie d'un député.

La seconde, c'est l'engagement respecté du Président de la République de revaloriser le Parlement avec une loi et des avancées significatives. De la part de l'omniprésident, c'est quand même à souligner. A force de revendiquer la coproduction législative, le Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale va bien devoir nous montrer ce dont il est capable. L'ordre du jour partagé a des ratées à l'allumage.

Enfin la troisième raison tient au prochain redécoupage des circonscriptions que prépare le Gouvernement. Comme l'a rappelé cette semaine, le Secrétaire d'Etat en charge de cette question, la loi prévoyait une révision de la carte électorale législative dès 1989, date à laquelle le Parti socialiste était au pouvoir. La loi prévoyait également une révision en 1999, également sous un Gouvernement et une majorité socialiste. Elle n'a pas été davantage menée à bien à ce moment là. Il est pour le moins paradoxal de voir l'opposition dénoncer aujourd'hui l'activisme de Nicolas Sarkozy sur ce sujet comme sur les autres. Reste que dans le style qui est le sien, décomplexé, pragmatique et courageux, on aimerait que profitant de cette réforme, il diminua, ne serait-ce que du tiers, le nombre de députés. Aux vues des pratiques actuelles, l'efficacité de l'Assemblée nationale ne s'en ressentirait pas et ça ferait certainement quelques économies. En ces temps de crise économique et financière, ce ne serait pas la moindre des bonnes raisons pour trancher dans le lard du Parlement. 

Posté par gtab à 13:47 - Parlement - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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