28 juillet 2009
Henri Cartier-Bresson l'imaginaire d'après nature
Si Henri Cartier-Bresson (1908-2004) travaillait comme il l'a dit, il était vraiment très fort!
"L'oeil du siècle" ne prépare pas, ne prévoit rien. Il agit à l'intuition, disponible et ouvert. Il est juste là, aux aguets pour prendre sur le vif des images au détour d'un geste ou d'un mouvement. De fait, ses photos les plus extraordinaires sont bien celles qui apportent la preuve d'une grande présence sur l'événement assortie d'une grande vivacité d'esprit pour déclencher l'obturateur au bon moment. C'est ainsi vrai de ce cliché pris dans les dédales d'un village de méditerranée au moment même du passage d'un cycliste lancé à vive allure. Ou de celui pris dans un jardin public parisien, à la volée du regard partagé d'un couple vers le ciel. A chaque fois, Henri Cartier-Bresson est là, prêt à saisir l'éphémère pour figer l'instant. Il y a également cette photo d'un titi parisien portant fièrement un litron de rouge sous chaque bras pendant qu'en arrière plan des fillettes réjouies se gaussent. A chaque fois on se dit que l'idée est facile, mais l'exécution est tout un art. "De tous les moyens d'expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis. Nous jouons avec des choses qui disparaissent, et, quand elles ont disparu, il est impossible de les faire revivre." En plus d'un regard hors du commun, Henri Cartier-Bresson a des mots justes.
L’exposition qui se tient au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris est la reconstitution de celle qu’ Henri Cartier-Bresson avait lui-même réalisée en 1978 et qui a tourné pendant plusieurs années en Europe. Elle est composée des images les plus emblématiques de son œuvre. Bien qu'on en connaisse beaucoup, c'est un éternel enchantement de les revoir dans des formats idoines. Inspiré par les surréalistes auquel il emprunte leur "hasard objectif", Henri-Cartier Bresson est aussi un maître du cadre et des perspectives, certainement grâce à son initiation à la peinture. Dans l'univers du blanc et du noir, il joue avec les espaces et la lumière pour tirer des paysages souvent anodins des constructions géométriques qui envoûtent l'oeil.
Photographe complet, Henri Cartier Bresson est aussi un témoin de son temps; tel est le cas avec ses portraits d'artistes célèbres. Il perce leur intimité sans artifice, donnant à voir des êtres d'exception, Prévert, Giacometti, Matisse, Bonnard, mademoiselle Chanel,..., dans leur profonde humanité. C'est également vrai avec ses reportages au long cours parfumés d'exotisme, ou sur les événements chauds de l'histoire qu'il a fréquenté, toujours en voyeur.
27 juillet 2009
Sauver le soldat Lefebvre
Le malaise vagal du Président de la République aura-t-il raison du sauvetage du Frédéric Lefebvre? C'est la questions avec la mise en suspend du mini remaniement qui devait lui trouver un point de chute. Alors qu'André Santini - 69 ans tout de même - a décidé de récupérer son siège de député des Hauts-de-Seine, que faire du vibrionnant porte-parole de l'UMP, et porte flingue du Président, entré au Palais-Bourbon, en juin 2007, à la faveur de la promotion gouvernementale du Maire d'Issy-les Moulineaux?
Parce que cette contrariété pour une reconversion annoncée - il a été dit que le Président ne le laisserait pas tomber - risque de plomber ses vacances, une chose étonne sur la manière dont Frédéric Lefebvre a concocté son deal avec André Santini. Vu d'où il venait et avec les soutiens qu'il avait, comment n'a t-il pas pu lui soutirer l'engagement de lâcher définitivement l'affaire en renonçant à récupérer son siège quand bien même sa mission gouvernementale viendrait à expirer prématurément? Pour l'encourager, il aurait même pu arguer d'evntuels rendez-vous judiciaires, qui pourraient, dit-on, venir garnir l'agenda de l'ex Secrétaire d'Etat à la Fonction publique.
Dans une situation comparable, Nathalie Kosciusko-Morizet avait eu plus de chance. Cornaquée par l'Elysée version Jacques Chirac, elle avait obtenu la suppléance de Pierre-André Wiltzer dans la 4ème circonscription de l'Essonne aux législatives de 2002. Une fois l'élection gagnée, il s'était vu opportunément confier le poste de Ministre chargé de la Coopération et de la Francophonie dans le premier Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin libérant ainsi son siège. Or dès le premier remaniement venu, notre homme que tout le monde à oublié, sauta. Il était dès lors perdu pour la politique n'ayant pas l'outrecuidance ou la force d'exiger la démission de Nathalie Kosciusko-Morizet pour reprendre sa place. Il faut dire qu'à l'époque la loi était encore mal faîte puisqu'un ministre démis de ses fonctions devait provoquer une élection législative partielle, au résultat toujours hasardeux, pour pouvoir récupérer son siège.
S'agissant de Frédéric Lefebvre, son départ de l'Assemblée nationale est finalement une mauvaise chose pour l'animation des débats. Rarement un député n'aura réussi à s'imposer aussi vite dans le marigot parlementaire. En peu de temps, il a su trouver son rôle. Rapidement, il a pu faire entendre une voix singulière quand bien même, elle portait souvent avec outrance et démesure, parfois avec mauvais goût. Allant jusqu'à irriter quelques belles âmes de son camps, il savait néanmoins trouver la répartie marquante dans un combat politique qui se joue parfois au delà du registre compassé d'échanges aseptisés. Comme l'a excellemment écrit Ariane Chemin, grâce à qui je lis désormais le Nouvel Observateur avec plaisir: "Fréderic Lefebvre ne recule devant aucune attaque et ne craint pas d'hystériser la politique". De fait, il a été à la bonne place et dans le bon rôle à l'Assemblée nationale. Son titre de porte parole de l'UMP n'aurait certainement pas suffit à donner de l'écho à ses propos et permis de forger l'aura qu'il s'est acquise. La présence dans l'hémicycle, onction du suffrage universel, quand bien même il agissait en suppléant, donne une autre valeur à l'expression. Il n'est pas sûr que là où il aille, il soit toujours aussi efficace et demeure aussi redoutable, dans la répartie politicienne comme dans le mauvais goût.
26 juillet 2009
Mauvais timing
L'affaire se jouerait-t-elle au physique plutôt qu'au mental?
Souvenez-vous. On était fin août-début septembre de l'année 2005 et le Président de la République séjournait au Val de Grâce sans trop qu'on sache pourquoi. La scène avait comme décor la plage de La Baule. Le premier ministre de l'époque avait décidé d'une baignade matinale avant un petit déjeuner prévu avec Nicolas Sarkozy en guise de produit d'appel pour un prétendu rapprochement. Malicieusement, il avait fait attendre ce dernier, prenant le temps de montrer son corps d'athlète et sa stature de commandeur fendant l'écume en sortant de l'eau. Complices de cette mise en scène, les journalistes n'avaient pas manqué d'établir des comparaisons à son avantage, prenant prétexte de la mine sombre du candidat-Président de l'UMP que la situation contrariait.
Voilà qu'aujourd'hui, alors que le Président de la République est hospitalisé pour un malaise vagal, Dominique de Villepin laisse croire à sa candidature lors de la prochaine élection présidentielle. Franchement, pour un homme qui revendique le panache et l'éclat dans le combat, son annonce arrive plutôt mal. Outre le fait qu'elle tombe en pleine torpeur estivale, la déclaration de ses ambitions s'apparenterait plus à une petite lâcheté compte tenu de la faiblesse physique de Nicolas Sarkozy. Même François Bayrou s'est fendu d'un communiqué pour souhaiter un prompt rétablissement au Président de la République.
Au-delà de ce téléscopage d'information mal à propos, Dominique de Villepin, enfonce le clou d'une contre-attaque politicienne dans la perspective de l'épreuve judiciaire qui l'attend à la rentrée avec le procès de l'affaire Cleastream. «L'élection, c'est une question de circonstance, quelle que soit l'élection, à quelque poste que ce soit» avait-il déjà déclaré pour justifier son espoir d'être candidat en 2012. Plus que jamais, la posture de l'ancien Premier ministre est de circonstance ; pas celles qui peuvent inquiéter la France, sa grandeur et son avenir, mais plutôt celle qui concerne sa petite personne.
23 juillet 2009
une sombre histoire de sondage
Il est toujours stupéfiant de constater l'engouement avec laquelle la presse s'emploie à redécouvrir l'éternel recommencement. A chaque polémique attachée aux pratiques élyséennes depuis deux ans, la presse qui ne l'aime pas, s'ingénie à dénoncer une innovation condamnable qu'il faudrait inscrire sans barguigner au débit de Nicolas Sarkozy. C'est à croire que le principe de la rupture, tant vantée par le candidat de 2007, n'a jamais aussi bien infusé que dans la tête des journalistes.
Qu'il s'agisse de maîtriser l'information ou d'orienter la communication, l'Elysée a toujours été une plaque tournante au même titre que les plus hauts lieux de pouvoir et de décision. Alastair Campbell qui accompagna Tony Blair durant son règne, avait une formule sans nuage pour justifier cette maîtrise. "Il faut faire la météo" disait-il. D'autres parlent de storytelling. Naturellement, l'usage a ses pratiques dont les experts savent aussi se faire maître chanteur. Ce n'est pas pour la gloire qu'ils passent pour des gourous. Chez nous, il y en eut même un qui eut la force de servir deux Présidents successifs de couleur politique différente. Feu Jacques Pilhan, considéré comme un professionnel chevronné, ne fut pas gêné de vendre ses services, certainement lucratifs, à Jacques Chirac après avoir couvert de son expertise l'expression de François Mitterrand. Pour avoir théorisé la rareté de la parole politique au point qu'on eut pu penser qu'il coachait "des rois fainéants", Jacques Pilhan n'a certainement pas dû travailler au doigt mouillé. Comme les autres, il lui fallait abreuver son oracle aux perceptions de l'opinion.
Les sondages imprègnent toute décision d'envergure comme le bâton soutient le marcheur. Par des études de mesures savantes, on fait dire à l'opinion des choses qu'elle n'aurait même pas imaginées avant d'y souscrire. S'interroge-t-on sur le travail du dimanche qu'une enquête sondagière vous révèle sérieusement la façon dont il faut comprendre la chose et se laisser convaincre par l'option majoritaire. La vérité s'établit à coup de pourcentages qu'on incline en fonction de ses volontés comme l'avait conceptualisé Edward Bernays, pour son meilleur profit: "la manipulation consciente et organisée des habitudes et des opinions des masses est un élément essentiel des sociétés démocratiques".
Reste que dans la polémique élyséenne, le plus extraordinaire c'est qu'elle est allimentée à partir d'une démarche vertueuse du Président de la République. Loin des pratiques obscures et non moins dispendieuses de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy a pris l'initiative de solliciter la Cour des Comptes pour évaluer le bon usage de sa dotation. Il faut bien donner des os à ronger aux socialistes.
16 juillet 2009
Mère Martine en Père fouettard
En vertu d'un pedigree technocratique trop sommairement blanchi sous le harnais d'un maigre combat électoral et militant, Martine Aubry n'est pas faîte pour diriger le Parti socialiste. Trop ferme, trop rèche et mal élue, elle finira en loques. Tel Michel Rocard dont elle suit la pente, la Première secrétaire du PS s'en sortira peut-être avec une mission de bons offices à la discrétion du Président de la République pour prouver son sens de l'Etat, son abnégation à servir et son talent contrarié.
En attendant, de défaites en maladresse, elle se débat avec un bande d'excités qui, à sa décharge ne lui rend pas la vie facile. En outre, bouger l'appareil moribond laissé par François Hollande est, en soi, une oeuvre titanesque. Mais a-t-on déjà vu s'épanouir un parti politique au son de l'harmonie, du bon esprit et de l'amitié? Plus lunaire que les autres, Manuel Valls se sent pousser des ailes depuis que la génération supérieure s'est délitée sous la mitraille du Congrès de Reims. Difficile à tenir le Diable! Il est toujours à contre pied de quelque chose pour mieux prouver au monde son identité et imposer son ambition. Candidat à des primaires qui ne feraient que réinventer le premier tour d'une élection présidentielle qui en a deux, le Maire d'Evry se place en tête d'un peloton qui n'a pas finit de se compter.
En retrait, résolument silencieuse, Ségolène Royal observe certainement avec délectation ce jeu de position. Il ne peut que la servir. Quand tous ses amis d'hier et ses ennemis d'aujourd'hui se seront écharpés, elle marchera sur leurs cadavres pour le nouveau sacre d'une candidature à la Présidentielle sans toutefois être sûre que ce sera la bonne. Ainsi va le parti socialiste, en manque d'unité, en panne de leadership et en mal de projet quand la conjoncture n'a jamais été aussi propice à l'utopie qui faisait son charme désuet.
06 juillet 2009
Fin de parti
Comme aux plus beaux jours de la montée irrépressible du Front National, le front républicain est revenu à Hénin-Beaumont. L'enjeu n'est pourtant plus ce qu'il était. Sans les turpitudes extravagantes d'un maire davantage porté à la délinquance en col blanc - l'édile socialiste disposait d'un coffre fort dans son bureau - qu'au bien public, le parti d'extrême droite poursuivrait sans bruit sans descente dans l'abîme d'insignifiance vers laquelle le conduit son vieux maître. La boutique de Jean-Marie Le Pen ne survivra pas à son fondateur. L'élection d'Hénin Beaumont ne sera pas le début d'une nouvelle ère pour le Front National. Alors que son prédécesseur avait préféré faire l'autiste, Nicolas Sarkozy a su stériliser le discours du leader frontiste pour mieux ancrer ses diatribes outrancières dans un passé révolu. De quoi susciter le déclin de vocations militantes qui pendant vingt cinq ans - une génération - ont trouvé dans le combat contre l'extrême droite l'unique objet de leur ressentiment politique. Dans un jeu à somme nulle, les contraires se retrouvaient pour effaroucher une République soumises aux turbulences d'une crise existentielle brassée par la mondialisation.
"Fatigué, vieilli, usé", Jean-Marie Le Pen se laisse aller à des confidences d'ancien combattant. Soldat politique sans médaille, il aura finalement toujours préféré les batailles aux victoires. Il est toujours plus facile d'éructer que de gérer. Il ne lui reste plus aujourd'hui qu'à faire constater le souvenir de sa vérité avec le souci de ranimer la nostalgie de son passage dans l'histoire. Pour le tribun, point de mémoires à dédicacer, juste une parole à distiller face à des journalistes désireux de jouer avec la bête immonde jusqu'au bout. Il est en effet curieux que Libération ait pu accepter un déjeuner avec le diable. Finalement, l'interview réalisée par ses journalistes dans l'antre sulfureuse de Montretout aura suscité moins d'émoi que l'invitation accordée au Président de la République dans les pages du Nouvel Observateur. C'est un signe
01 juillet 2009
Promesse tenue
Il y a quelques semaines Dominique de Villepin c'était plu à gloser sur la pâleur du bilan de Nicolas Sarkozy, deux ans après son élection: "Nous sommes donc aujourd'hui toujours orphelins, toujours en attente de ces deux ou trois grandes réformes qui feront ou ne feront pas le quinquennat." Rien d'étonnant à cela. Au delà de son aveuglement imprécateur qu'il nourrit à la mythomanie de sa grandeur, l'ancien Premier ministre s'érige en censeur lapidaire pour pouvoir dénoncer, le jour venu, le procès politique et la justice aux ordres qui le condamneront injustement dans l'affaire Clearstream.
Il y aurait naturellement matière à contredire Dominique de Villepin. Encore faudrait-il qu'il en vaille politiquement la peine.
Avec le passage de 19.6 à 5.5 de la TVA dans la restauration, la date d'aujourd'hui est néanmoins propice au parallélisme des formes. Cette vieille revendication d'origine corporatiste fut portée par le candidat Jacques Chirac à la présidentielle de 2002. Cinq ans plus tard, malgré des efforts certains et avec pas mal d'agitations, l'ancien Président de la République aura finalement laissé les professionnels du secteur à leur déception. Sur la dernière période, Dominique de Villepin fut son Premier ministre.
Dangereusement lié aux engagements de son camp qu'il avait partagé en tant que Ministre de l'Economie et des Finances en 2004, Nicolas Sarkozy a repris sans sourciller cette promesse lors de sa campagne présidentielle. Deux ans après, il peut s'enorgueillir d'incarner la détermination française qui a su s'imposer et dominer les réticences allemandes.
Reste qu'on peut reconnaître avec Dominique de Villepin que la baisse de la TVA dans la restauration ne saurait figurer au rang des grandes réformes attendus d'un quinquennat. Néanmoins, sous réserve qu'elle soit mise en oeuvre avec fair play par les professionnels, la France s'offre un ballon d'oxygène appréciable pour contrecarrer la crise. En outre, au regard des engagements pris, cette mesure offre au Chef de l'Etat un gage de crédibilité politique appréciable. Il saura certainement s'en prévaloir au soir de sa réélection. Nicolas Sarkozy pourra alors dire : D'autres vous l'avez promise, mais c'est moi qui l'ai fait.