Arnaud Montebourg est un bel animal politique. Il a l'oeil vif, le geste emphatique et le verbe haut des bretteurs d'une République dont les animateurs n'avaient pas besoin d'excès de peopilisation pour exister. Vu des tribunes on ne peut qu'applaudir à l'expression froide de son cynisme. L'outrecuidance de ses propos fait souvent mouche. Au regard de son talent, le député de la Bresse étonne parfois lorsqu'il s'engage avec véhémence dans la défense de sujets contrefaits malgré leur apparence séduisante. Il en est ainsi du mandat unique dont il fut longtemps le héraut. Mais le boulet de la défaite passa si près de ses oreilles aux dernières élections législatives qu'il crut bon de revoir sa pratique. C'est ainsi qu'il s'octroya un parachute ventral en se faisant élire Conseiller général. Emprunt de schizophrénie, il avait au coeur de l'été, fait une déclaration fracassante expliquant qu'à l'usage le cumul des mandats étant encore pire que ce qu'il croyait , il en reviendrait d'ici peu à une orthodoxie dont il n'aurait jamais dû dévier: un homme, un siège. Quant est-il depuis?

L'étonnement dure encore lorsque Arnaud Montebourg se fait le défenseur acharné des primaires du peuple de gauche, allant jusqu'à menacer d'en faire son dernier combat au sein de son parti s'il devait être perdu. Malheureusement, le panache, à moins qu'il ne s'agisse d'un oukase, n'a pas ici valeur d'argumentaire pertinent. Deux éléments de celui-ci sont d'ailleurs particulièrement déconcertants.

Le premier émane du Président de Terra nova qui justifie l'exercice d'un scrutin préliminaire à gauche pour permettre l'avénement du "Barack Obama français". Il est certainement judicieux de surfer sur l'événement planétaire que constitue l'élection d'un noir à la Présidence des Etats-Unis. Dans ce cas, c'est, sans ambages, au tour de Malek Boutih de sortir du chapeau.

Le second consiste à faire référence à l'expérience italienne où les forces de gauche ont expérimenté cette idée merveilleuse de "primaires ouvertes". Or depuis qu'elles en ont eues l'usage, elles sont laminées et s'enfoncent dans une opposition stérile à Silvio Berlusconi qui doit s'en prendre aux frasques de sa vie privée pour s'inquiéter de l'effritement de sa popularité.

Les primaires ont un sens dès lors qu'elles sont circonscrites à un parti politique, ce en quoi l'expérience du PS de 2006 en fut une belle démonstration. C'est de sa mise en concurrence avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius que Ségolène Royal tire, aujourd'hui encore, toute sa légitimité. Le parti, constitué à partir d'une adhésion et d'un sentiment d'appartenance de ses membres, permet cette procédure. Il est déjà porteur d'un rassemblement à partir duquel il a construit une unité. Même si celle-ci peut s'avérer n'être qu'une façade, elle existe. En 2006, personne n'a osé entrer en dissidence face à Ségolène Royal.

Au sein du peuple de gauche, rien n'indique que le rassemblement et l'unité autour d'un processus de primaire puissent être garanti. On en revient alors au mode de scrutin à deux tours. Dans une confrontation totale, la seule primaire qui vaille, c'est la premier tour car c'est lui qui permet d'établir un rapport de force au sein d'une éventuelle future majorité. A défaut de projet et d'idée, on comprend que certains socialistes en soit rendu à se rabattre sur des règles de procédure et des modes opératoires pour reprendre le leadership à gauche. De ce point vue, les primaires peuvent apparaître comme le big bang reconstructeur de l'opposition. En imposant de nouveaux repères à tous ceux que Nicolas Sarkozy irrite, les frondeurs d'une génération qui, sans le funeste 21 avril 2002 occuperaient aujourd'hui les ministères, s'imaginent pouvoir refaire leur retard. Ce faisant, ils montrent la faiblesse insigne de leur vitalité intellectuelle.

Le plus terrible dans cette affaire, c'est que même les septiques ont renoncé à faire entendre la raison quant bien même elle se confond avec leurs intérêts. Au mieux, ils se taisent, au pire ils en sont réduit à se rallier. C'est notamment le cas de Laurent Fabius qui déclare: "Qu'on y soit favorable ou pas les primaires sont devenus inévitables,...". Dans sa réticence à s'engager dans une compétition incertaine Martine Aubry est de plus en plus isolée. Pour un chef de parti ce n'est pas la meilleure des postures. Une fois encore le rendez-vous de la Rochelle nous promet du spectacle.