27 août 2009
Un prophéte de Jacques Audiard
Epoustouflant et percutant! On sort lessivé, au physique comme au moral, de la projection de ce film - Grand prix du jury à Cannes - qui comme l'écrit Thomas Sotinel dans le Monde, "fait naître des sensations violentes, provoque des poussées d'adrénaline, fait peur, révulse et exalte". Au delà d'une fiction exemplaire par la force du scénario, le jeu des acteurs impeccable, le rythme et les prises de vue envoûtantes, comment ne pas voir dans cette "épopée criminelle", une part de la réalité carcérale où la prison permettrait la construction d'un malfrat là où la famille, l'école et la société ont échoué à en faire un honnête homme?
Orphelin de 19 ans, polytoxicomane et analphabète, Malik El Djebena, le prophéte, n'est rien lorsqu'il rentre en centrale pour six ans. A force d'épreuves terribles et d'un travail acharné en détention, tant au sein d'un atelier que comme "auxi" et larbin d'autres détenus, il en ressort en véritable caïd dûment estampillé. C'est indéniablement l'histoire d'une construction qui s'apparente à une ascension sociale. Il y a forcément une part de cynisme à montrer comment la prison pourrait offrir, par la transgression incessante de son règlement intérieur et l'application scrupuleuse d'une loi non écrite, un véritable viatique à des jeunes désocialisés. La dernière scène du film est sur ce point trompeuse. Bien qu'elle ait aimé le film ce qu'on ne lui contestera pas, il semble que Fadela Amara se soit inquiétée de l'influence qu'il pourrait avoir parmi certains esprits, fragiles et désoeuvrés, de banlieue. C'est possible. "L'état de nos prisons est une honte pour la République».
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