Ces temps-ci, le débat politique enchaîne son actualité avec de belles attaques ad hominem. Une polémique chasse l'autre.

C'est d'abord Dominique de Villepin, jamais avare d'une enflure qui s'offre en présumé innocent à l'entrée du procès Clearstream: "Je suis là par la volonté d'un homme, je suis ici par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française. J'en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français". Heureusement la peur du ridicule n'affecte pas ces personnalités qui se sentent élevées à un niveau supérieur. Espérons que cette arrogance érigée en défense pitoyable n'affecte pas la lucidité des juges.

Plus récemment encore, et sans doute de son fait, Frédéric Mitterrand a fait l'objet d'une vindicte populiste sans qu'on sache vraiment devoir dire qu'elle était mal fondée....

Enfin, comme une diversion heureuse à l'affaire du précédent, Jean Sarkozy se présente à son tour en victime expiatoire. Du haut de ses 23 ans, on lui conteste le droit de présider l'Etablissement public d'Aménagement de la Défense. Nonobstant son mandat de Conseiller général des Hauts-de-Seine, son âge et son patronyme encouragent la suspicion des commentaires d'adversaires offusqués de ce qu'ils nomment népotisme.

Des trois hommes ainsi cloués au pilori, c'est pourtant le fils du Président de la République qui présente la meilleure défense. Lui seul peut se prévaloir d'un succès électoral quand bien même on objectera les conditions de faveur qui y ont présidé: "en politique, le succès est signe de vérité". En manque de cette légitimité démocratique, Dominique de Villepin a beau jeu de crier au procès politique. Il ne peut même pas montrer la bravoure théâtrale qu'Henri Emmanuelli su incarner en pareille circonstance il y a quelques années. Mis en cause dans une affaire de financement occulte pour laquelle il fut néanmoins lourdement condamné, le Député des Landes avait alors démissionné pour aussitôt se faire réélire, laver ainsi son honneur et apporter à ses juges - magistrats et électeurs - cette victoire électorale comme gage de sa probité. A défaut d'efficacité, le geste avait du panache. Dans un même contexte, Frédéric Mitterrand aurait pu purger l'affaire dont il ne devrait pas politiquement se remettre. La candidature à une élection, quand bien même elle se joue facilement, oblige à justifier d'un parcours que l'opinion peut fouiller dans ses moindres recoins. Mieux vaut alors savoir garder pour soi sa part d'ombre. Face à la sanction d'un jury populaire dont il aurait recherché l'assentiment, il n'est pas certain que Frédéric Mitterrand ait eu envie, ou besoin, de s'épancher sur ses errements et ses fragilités quand bien même son témoignage scabreux fut placé sous le sceau de la littérature.