D'éminents blogueurs s'accordent à penser que les élections régionales sont un non sujet. Sans vouloir oser prétendre m'élever à leur niveau d'analyse, je dois confesser une inclination à penser comme eux, et ce pour deux raisons.

Plus de vingt cinq après les premières lois de décentralisation qu'on porte un peu facilement au crédit de l'ère Mitterrandienne, la formule n'a pas réussi à imprimer sa marque dans une Nation conçue à partir d'un jacobinisme exhorbitant. Nonobstant les efforts méritoires de quelques fervents promoteurs de la République décentralisée tel l'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, les régions n'ont pas vraiment su émerger. A l'opposé de la situation chez nos voisins allemand ou espagnol, elles ne se sont pas forgées une identité politique capable de dépasser les modestes prérogatives que l'Etat aura bien voulu leur confier, davantage par mesure d'économie de ses propres finances que par le souci de favoriser l'émergence d'une administration soucieuses de proximité présentée, on ne sait pourquoi, comme plus vertueuse. C'est ainsi que du nord au sud de l'hexagone, on parle de manière insipide de développement économique, de transport public ou de de gestion des lycées sans qu'aucune disparité régionaliste, au dela d'un folklorisme désuet, ne vienne pimenter une campagne "un peu puante" pour reprendre la remarque odorante de Fadela Amara à propos de la situation en Ile de France. Au mieux, le fait régional, interstice démocratique mal découpé, aura fait émerger des potentats locaux en mal de notoriété comme Georges Frêche. Au pire, les Présidents sortants demeurent de vulgaires inconnus jusque sur leur propre territoire. Ainsi, selon un sondage, 7% des habitants de la région Centre seraient capables de citer le nom du chef de l'exécutif régional. La modestie n'est pas bonne fille en politique. Pour réussir, le pouvoir a besoin d'un minimum d'incarnation. Gageons que la rationnalisation attendue de la réforme des collectivités territoriales lui donnera un peu de chair.

L'autre raison du manque d'attrait du scrutin régional tient à l'accélération du rythme démocratique. Nonobstant le style à nul autre pareil du Président de la République en place, l'instauration du quinquennant a considérablement modifié le rapport de l'action publique au temps. De fait, l'attention est focalisée au niveau national. Désormais le "mid term" présidentiel suffit à marquer l'effet de disgrâce qui affecte le pouvoir exécutif dont il ressort que c'est de lui seul que la réforme est possible. Non seulement, les élections intermédiaires n'ont plus aucun attrait, mais par surcroît, elles n'ont plus beaucoup d'enjeu non plus. Tout d'abord, le rendez-vous des législatives qui pouvait générer l'exaltation du risque accroché à une cohabitation entre majorités contraires au somment de l'Etat est devenu un archaïsme des sciences politiques. Ensuite, à quoi sert de gagner des élections locales au niveau national comme l'ont fait les socialistes lors des régionales de 2004 si c'est pour échouer lamentablement au scrutin présidentiel qui suit? La droite soucieuse de préserver son pouvoir où il se trouve n'a donc pas forcément à craindre d'une déroute annoncée. Quant au Parti socialiste, tout acquis à sa notabilité provinciale, il peut bien se gausser d'un grand chelem quand bien même il resterait minoritaire en voix de premier tour et se verrait affublé d'un élu encombrant en Languedoc-Roussilon. Ce n'est pas pour autant qu'il saura affronter en gagneur l'élection d'après.