C'est dans l'adversité que les hommes politiques sont grands. Sinon, à quoi bon tant d'efforts, de sacrifice et de talent pour réenchanter les urnes. Il n'y a qu'à voir le quarteron de présidents de région socialistes pour comprendre que l'avenir de la France ne passera pas par eux. Dans l'entre-deux tours de ces élections régionales, on peut bien venir railler l'échec politique attendu de Nicolas Sarkozy. Il faudra encore aller trouver l'alternative à celui qui su magistralement déplacer le conservatisme dans le camp d'en face. Lisez donc l'éditorial de Jean Daniel dans le Nouvel Observateur. Le bilan à mi-mandat n'est pas si mauvais. Pour le reste, c'est une affaire de style. Il est forcément secondaire, mais Nicolas Sarkozy comprend vite et sans forcément le reconnaître dans l'action, il sait entendre.

Un mot pour les Cassandres de son camp. A mi-mandat, c'est un troupeau qui enfle. Il y a d'abord les adversaires de toujours. Le clan chiraquien se lâche. Dommage que Dominique de Villepin ait choisi les quinze derniers jours pour une escapade en Chine plutôt que de battre la campagne. Pour les autres, mieux vaut prendre les devants et prophétiser le pire. Sonner l'alarme à l'heure du doute pourra aider, le moment venu, à s'en sortir du bon côté de sorte que personne ne se soit aperçu que les vestes ont été retournées. Ils sont drôles à voir ces députés, anoblis au suffrage universel qui pètent de trouille à l'idée de traverser l'allée centrale du marché de leur chef lieu de circonscription. C'était pourtant les mêmes qui aux plus beaux jours de la campagne présidentielle faisaient des pieds et des mains pour être d'un déplacement et qui, à l'heure dite, se pressaient aux basques du candidat pour figurer en bonne place sur la photo. Le propre d'une majorité parlementaire est d'être constituée de faux-culs. Et devant tant de défaitisme on aurait aimé que le Président de la République emboîte le pas à tel point qu'on l'accuse de déni? En politique, la réalité est ce qu'on en dit. Il y a les faits et la perception qu'on en a. Qui peut dire ce que vaut un scrutin lesté d'un taux d'abstention à plus de 50% au premier tour? Encore une fois rappelons qu'il ne s'agit aujourd'hui que de choisir des potentats locaux et quelques affidés aux couleurs éclatantes vues les circonstances. Ajoutons aussi que ce n'est pas d'eux que vient l'action pour affronter le contexte de crise qui eut pu porter plus lourdement encore sur le score de la droite.

Enfin, la politique se construit sur un éternel rapport de force. Face à un Président de la République, il convient de mettre en regard une gauche triomphante qui, au soir du 21 mars aura peut-être mangé son pain blanc. On aurait tort de se laisser prendre au nouvel élan unitaire plié en une nuit. Pour la dream team, ils ont déjà donné. La reconstitution d'une alliance de gouvernement se jugera à l'aune des primaires que le Parti socialiste s'est engagé à organiser pour choisir le meilleur des siens. Martine Aubry peut bien tirer la couverture à elle -dans ce geste, elle est étonnement aidée -, elle n'a pas encore conquis tous les coeurs. Ecoutons François Rebsamen, proche de Ségolène Royal et soutien de Georges Frêche : "Il n'y a pas de score national. Ce n'est que l'agglomération de scores régionaux. Normal que le score rejaillisse sur le PS et sa première secrétaire. Mais ça ne résout pas le problème de la campagne présidentielle..."