Nonobstant une vilaine rumeur susceptible de divertir l'attention, le dossier des retraites devrait faire l'actualité politique des mois qui viennent.

Voilà un sujet anxiogène qui revient en récurence tous les 10 ans. Il fait peur aux françaises et aux français qui s'inquiètent de l'incertitude financière face à laquelle ils sont placés pour finir leurs jours, comme si atteindre le grand âge et s'y maintenir encore vert n'était seulement désespérant que par rapport à un niveau de pension. Quant aux femmes et hommes politiques, ils le craignent depuis qu'un Premier ministre en exercice, immobile sur le sujet, avait conclu que ce dossier avait de quoi faire sauter une kyrielle de Gouvernements. Depuis lors, force est de constater que lorsque quelque chose a été fait, c'est la droite qui s'y est collé avec courage, clairvoyance et lucidité. Après Edouard Balladur en 1993 et François Fillon en 2003, c'est au tour de Nicolas Sarkozy de reprendre le chantier. Le laisser en l'état, c'est fourvoyer lourdement notre beau modèle social. L'enjeu a un coût que le courage politique doit savoir imposer. De ce point de vue, le propos de Martine Aubry est déconcertant quand bien même on pourrait adhérer à ses bons sentiments s'il n'étaient hors sujet.

Le problème du moment n'est pas l'existence des retraités dans la société d'aujourd'hui. Gavés par la prospérité des trente glorieuses, élargis par la pensée 68, leur qualité de vie en vaut bien d'autres. La question est ailleurs. Elle consiste à savoir si, au regard des paramètres démographiques connus, nous voulons, ensemble, préserver la solidarité qui fait vivre les retraités sur le dos des actifs. Hélas, pour les âmes sensibles, romantiques ou révolutionnaires, la réponse passe avant tout par un exercice comptable: évaluer les dépenses d'un côté pour rechercher les recettes de l'autre. Le COR, création de Lionel Jospin est là pour y aider. Aussi, la question fétiche de l'âge légal n'est pas à la hauteur du débat. Comment défendre le droit à la retraite à 60 ans quand la retraite à taux plein à cet âge ne concernera bientôt plus qu'un salarié sur 7 ou 8? Avec un peu de cynisme, on pourrait dire qu'avec cette ligne Maginot de l'acquis social marcescent, la gauche en viendrait presque à souhaiter la paupérisation des retraités de demain.

Au dela de toutes considérations, mathématique pour calculer les pensions, ou sociale "mieux vivre le grand âge...", le débat qui s'engage aura des incidences politiques et électorales.

Pour la gauche comme pour la droite, l'unité est à trouver sur le sujet. Cette équation n'est pas simple. Martine Aubry l'a prouvé dans un belle exercice de rétro pédalage sur l'âge légal de 60 ans qu'elle avait mis en cause au début de l'année pour se rétracter ensuite et se placer au niveau du café du commerce. Le consensus y est plus abordable. La majorité devrait également manifester sa solidarité avec le Gouvernement pour le succès d'une réforme structurante pour la cohésion sociale du pays. les voix dissonantes et sibyllines qui se sont récemment égayées à la faveur d'une déroute électorale devraient se faire plus ténues. Elles n'auraient rien à gagner à hausser le ton.

Enfin, au delà de la réforme comptable inévitable, le sujet a des effets électoraux collatéraux. La France est un pays de vieux. Les baby boomers abordent la soixantaine régénérés. "Ils consomment, voyagent, épargnent, aident financièrement leurs enfants et petits enfants" comme l'écrit fort justement Martine Aubry. la France qui vieillit se porte bien. La moitié de la population active a aujourd'hui plus de 45 ans et voilà que plongent dans "l'inactivité" 650 000 à 700 000 nouveaux retraités chaque année. Que de pots de départ en perspective! Electoralement, voilà un pactole non négligeable qui devra faire l'objet d'une attention compassée de la part des candidats à la présidentielle de 2012.