Tout bien pesé, il n'y a pas grande différence entre un trophée gagné en 1998 et un fiasco annoncé en 2010. L'essentiel du foot s'incarne dans une ferveur populaire. Le sport de haut niveau, comme la politique, est une affaire de communication et de gloire partagée. Qu'on encense les joueurs où qu'on les accable, la puissance émotionnelle, enjouée ou indignée, est à peu près la même. C'est pourquoi, il faut quelque part remercier Raymond Domenech et ses joueurs d'entretenir la communion du plus grand nombre, fusse avec des critiques à leur encontre, et à bon droit. C'est un plaisir gratuit et non dissimulé que d'haïr le sélectionneur national et sa bande de petits caïds décervelés à la play station. Je ressens comme un bonheur profond dans l'expression exaltée des commentateurs de tout grade, journalistes et supporters de base. Plus encore cette escouade d'anciens joueurs auréolée de palmarès somptueux n'est pas la dernière à lâcher son venin: "Raymond Domenech n'est pas un entraîneur" dixit Zinedine Zidane lui-même.

Aujourd'hui, ces experts de la parole, à défaut d'avoir toujours le geste, se rengorgent de leur juste appréciation des choses. Une équipe de France redevenue dominatrice et victorieuse en Afrique du Sud eut été, pour eux, le pire des scénarios en désaveu de leurs positions avisées autant qu'acides. Il n'y a donc pas de surprise à voir sombrer l'équipe de France dont les stratèges avaient loupé le coche pour éviter le pire. Il y eut, en effet, un certain panache à renoncer à la qualification en phase finale obtenue sur une tricherie indigne. Tout footballeur se doit de penser pour et par ses pieds. C'était, hélas, sans compter sur d'insignes intérêts supérieurs qui n'ont que faire de la morale sportive et du fair play. De fait, le déshonneur est acquis depuis longtemps. Les experts cités plus hauts avaient d'ailleurs vu juste lorsqu'en 2008, notre participation au Championnat d'Europe ne fut déjà pas flambante. A cette époque, les effluves de la "France Black Blanc Beur"  ramollissaient encore les esprits. Aujourd'hui, finalement, tout est bien qui finit bien. Non seulement on a aimé détester Raymond Domenech, mais par surcroît on avait raison. La joie est donc grande d'avoir fait front contre un seul homme derrière lequel un pouvoir fédéral pusillanime s'était retranché. Il faudra bien faire aussi le procès de cette Fédération Française de Football qui, quoi qu'en disent certains vit, comme elle se loge, au crochet du contribuable.

Pour l'heure, dans cette catharsis collective, les tristes protagonistes s'attachent à trouver des contre feux, tous plus dérisoires les uns que les autres. A ce petit jeu de défausse, Nicolas Anelka pourrait faire figure d'ultime victime expiatoire car la stratégie du bouc émissaire n'est rien sans visage. Au delà de son insoutenable comportement sur le terrain, c'est pour des insultes qu'on dit qu'il aurait proférer à huis clos que le Jérôme Kerviel du foot français est le dernier pion déplacé par Raymond Domenech et la Fédération pour dévier les flèches. C'est peu de dire qu'avant l'échange viril et vulgaire, s'il a eu lieu, c'est bien l'autorité du coach qui est en défaut. Que n'a-t-il pu conserver l'intimité de son vestiaire à la mi-temps du match France-Mexique?

Nonobstant le nationalisme, débonnaire en apparence, qu'il charrie le football n'est plus ce qu'il était depuis longtemps. Sur ce plan, j'aime assez la remarque de Jean-Luc Mélenchon qui ne comprend pas très bien que des Rmistes aiment regarder courir des milliardaires.