"Qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de vous". C'est ce qu'a dû se dire François Fillon pendant son escapade Toscane. Son silence à propos de la surenchère sécuritaire de l'été autant que se tenue vestimentaire à la réunion au Fort de Brégançon - une veste "forestière" du très classique couturier parisien Arnys -, en ont fait réagir plus d'un, attisant les spéculations sur son avenir politique en perspective d'un remaniement gouvernemental annoncé par le Président de la République. Nicolas Sarkozy a-t-il parlé trop vite? Le dilemme est grand pour lui de se départir d'un partenaire loyal, sûr et populaire. Le garder ou le lâcher? C'était l'un des devoirs de vacances du Chef de l'Etat avec sur une feuille blanche les noms de Michelle Alliot-Marie et Jean-Louis Borloo. Au delà de ce casting peu attractif et trop conventionnel, les prétendants crédibles, et politiquement utiles, ne sont pas légions.

La paire formée par Nicolas Sarkozy et François Fillon a bien fonctionné dans la nouvelle configuration de l'exécutif qui, en inversant les rôles, veut que le Président de la République s'expose quand le Premier ministre tempère. Dans ce corps bicéphale de l'exécutif, la côte de popularité de l'un est souvent inversement proportionnelle à celle de l'autre. Présentement, la hiérarchie est juste inversée au profit du Premier ministre. Si ses qualités personnelles, sa réserve naturelle, son sens politique et sa loyauté au Chef de l'Etat y sont pour beaucoup, sa bonne côte dans l'opinion profite aussi du comparatif avec l'agitation du Chef de l'Etat "en charge de l'essentiel", donc de tout. Après la pusillanimité radicale de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy a pensé pouvoir redonner confiance en la politique par un engagement personnel de tous les instants et sur tous les sujets. Ce volontarisme n'est pas honteux.

En annonçant un peu vite un remaniement s'apparentant à l'acte subliminal d'une entrée en campagne, Nicolas Sarkozy doit retrouver une distance avec son Gouvernement et son Premier ministre même si on peut compter sur lui pour se maintenir en pôle position. Un retour au pantouflage de ses prédécesseurs ne serait ni crédible, ni glorieux. Le quinquennat a irrémédiablement renouvelé le rythme du temps politique. Le Président doit retrouver une dynamique. Il doit donc surprendre et jeter son dévolue sur une personnalité susceptible de le seconder pour lancer le signal de la reconquête et l'accompagner dans les premières années de son dernier quinquennat. Il reproduirait ainsi la force qui l'a unie à François Fillon. Le Premier ministre fut son meilleur complice pour la conquête de 2007. C'est son engagement dans la campagne présidentielle qui le propulsa naturellement à Matignon. Dès lors, la voie pourrait s'ouvrir au quarteron d'une nouvelle génération dont l'appétit s'aiguise pour 2017: Xavier Bertrand, Jean-François Copé, François Baroin. Y en a-t-il d'autres? Les paris sont ouverts.