La présidentielle est lancée! Pas trop de quatre années d'hyperprésidence. De bling-bling en rupture,on aura jamais pu s'habituer à Nicolas Sarkozy à l'Elysée qu'il est déjà mis dehors; troisième homme de 2012 après avoir été le premier cinq ans plus tôt parce qu'il avait, plus que quiconque, voulu conjurer le maléfice du 21 avril 2002 et l'indécente impuissance des responsables de ce fiasco démocratique.

La politique, c'est terrible! Il n'y a pas que les professionnels qui savent retourner leur veste. L'électeur aussi est versatile. Il faut faire attention au populisme car le peuple est ambigu. Quatorze mois avant l"échéance on sent comme un gros coup de lassitude, mais on attend le rebond pour faire la nique aux repentis de la dernière heure qui n'ont aucune constance dans leur ardeur; "Notre électorat traditionnel ne votera plus jamais Sarko" explique un ministre saisi par le doute dans l'anonymat.

Dans le premier éditorial qu'il  signe depuis son arrivée à Libération, Nicolas Demorand trouve le mot juste au bout de sa colonne: "la représidentialisation". C'est la quête du château d'ici un an. L'exercice est ardu, mais c'est dans les défis les plus lourds que l'exhaltation est au plus haut. Nicolas Sarkozy est un jouisseur et un lutteur. Il aime le combat politique, se voit plutôt habile en la matière et sait mieux que d'autres que la peur n'évite pas le danger. Qu'il garde le cap ou qu'il louvoie, le Président sortant doit aussi se rassurer en lorgnant sur la concurrence. Dommage que Ségolène Royal ne soit pas ce qu'elle était car ses concurrents directs risquent bien de se perdre dans la nasse des primaires - "Est-ce que nous pouvons continuer à nous présenter aux élections avec sept, huit et parfois davantage, de candidats de gauche?" prévient le bon camarade François Hollande. Quant au centre, c'est un ventre mou et Dominique de Villepin serait bien inspiré d'écouter François Baroin: "Je ne souhaite pas qu'[il] soit candidat à la Présidentielle". De toute manière tout va très vite et se transforme. Ainsi, en janvier 2010, Pascal Perrineau, éminent politologue écouté des médias, expliquait doctement: "Pour autant, Marine Le Pen a encore du pain sur la planche. Sa popularité demande a être vérifiée sur le plan électoral". Que nous dira-t-il au lendemain des élections cantonales et dans un an? A cette longueur de vue, les sondages, produits de consommation courante marchandisés ne disent jamais la vérité. Il ne font qu'insufler des présupposés pour orienter les consciences en vue de servir les intérêts de leurs commanditaires. Enfin, l'élection présidentielle se fait d'abord sur l'aptitude d'un candidat à occuper la fonction. Pour l'heure il manque juste un comparatif. Reste cette hystérie anti-Sarkozy qui enfle. Et si au final, elle le rendait sympathique?