Liz Taylor a bien fini par mourir! Pourquoi pas l'UMP? Sur le verdict d'une élection cantonale dont l'absention n'a d'égal que le degré d'insignifiance de ce scrutin, le parti présidentiel tangue sur les flots du doute et de la peur. Poussée par des vents contraires, cette belle machine de guerre électorale, créee comme telle en 2002, fait face à un risque d'implosion. A l'époque on parlait de l'Union en Mouvement et François Bayrou, bravache, commençait sa traversée du désert avec cette prophétie de mauvaise augure: "Si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien." C'était voir trop loin car l'impéritie des droites sous le règne de François Mitterrand fut bien leur division nourrie aux ambitions individuelles de leurs leaders. Les scrutins présidentiels montrérent avec éclat les effets nocifs de leur désunion, moins sur le fond que sur la forme. Le moment était venu d'en finir avec la division et de réaliser l'aspiration des électeurs avec la formation d'un grand parti de droite, à la fois libéral et conservateur.

Repris avec les dents par Nicolas Sarkozy au clan chiraquien qui ne put que lacher l'affaire, l'UMP a fait des étincelles en 2007. Les députés godillots furent bien contents de profiter d'une aspiration ascensionnelle. La rupture avait du bon. Les étiquettes d'antan, gaulliste - Nicolas Sarkozy n'avait pas quinze ans quand Charles de Gaulle quitta l'Elysée -, radicaux, libéraux, démocrates-chrétiens, avaient quelque chose de suranné.

C'est un classique en politique. Dans l'adversité d'une conjoncture critique qui transforme les déceptions en frustrations et les regrets en amertumes, il convient de brûler ce que l'on a adoré. Au delà de l'objectif stratégique recherché avec l'UMP - Union pour une Majorité Présidentielle à ses débuts -, l'idée d'un grand parti de droite entendait inscrire notre démocratie dans la modernité et le pragmatisme. Avec comme pendant un parti socialiste fortement hégémonique dans son camp, la configuration politique française s'inspirait de la plupart des démocraties occidentales vertébrées par un bipartisme qui a le mérite de l'efficacité sans faux semblants. C'était sans doute peine perdue, notamment pour ceux qui pensent que la modernité politique doit nous conduire à choisir un Président de la République condamné à ne jamais dépasser 20% au premier tour pour l'emporter au second face au candidat du parti protestataire qu'il viennent de l'extrême droite ou de l'extrême gauche. En ce sens, l'envers du 21 avril 2002 a plusieurs face.

Un éminent univesitaire, sorti mercredi par Libération, nous explique que l'UMP est "une machine électorale mais un non-sens politique". Il faudrait qu'il rencontre des députés UMP pour mesurer la trouille que provoque cette étiquette. En même temps, considérer, en 2011, qu'il est impossible de faire cohabiter la droite libérale, anti-étatique et les gaullistes sociaux, comme il l'écrit, c'est oublier qu'au delà de références obsolètes, ces droites, chères à René Rémond, ont toujous su s'entendre pour gouverner ensemble. Avec des alliances bien senties, dans des campagnes unitaires de second tour, elles savaient se retrouver sur l'essentiel. Et l'essentiel, c'est beaucoup quand la victoire est au bout.

Dans cette ambiance morose qui porte au défaitisme, tout peut arriver. La perte de sang froid des élus du parti majoritaire peut conduire à des renversements d'alliance sous prétexte que l'UMP ne correspondrait plus à aucune réalité polilitique et que le Front National, récupérant la fonction tribunicienne du Parti communiste, est finalement un parti comme les autres. Qui des centristes ou de la droite populaire quittera le navire les premiers? De cet éclatement nauséeux, les uns et les autres retrouveraient alors une liberté juvénile croyant naïvement renouer avec l'opinion et l'électeur. Brûler l'UMP, c'est prendre le risque d'un retour à une balkanisation des droites - Christine Boutin, combien de divisions? - confinant notre pays dans le communautarisme politique ou chacun, renvoyé chez soi, s'exonére à bon compte d'un grand dessein collectif.