Avec leurs primaires, les socialistes tentent désespérément d'agiter quelque chose de neuf face à l'apathie citoyenne! L'exercice est louable tant il faut faire preuve d'ingéniosité pour revigorer notre démocratie.

A la première analyse, ce long spectacle télévisuel montre que la politique c'était quand même plus facile avant. Les rivalités se mesuraient au sein des appareils entre camarades fervents. La violence n'était pas absente, les aigreurs non plus, mais l'on n'avait pas à étalier proprement ses dissentiments devant la France entière. L'ambiance enfumée des meetings ou des congrès fondateurs suffisaient à planter le décor d'un terrain de jeu dont on savait toujours faire sortir le meilleur. De même, avec le verbe haut, la promesse était facile au temps où l'on pouvait faire naître le désir avec la retraite à 60 ans, les trente-cinq heures et le "travailler plus pour gagner plus". Le débat des primaires socialistes, c'est d'abord et avant tout l'exposition au grand jour d'un lourd dilemme qui colle aux candidats pour accrocher l'électeur avec du sentiment, de la chair et de l'espérance. "Nous ferons ce que les disponibilités de la croissance nous offriront", a modestement dit François Hollande. Même si notre avenir passe par la lutte contre les déficits quand bien même on est à gauche, il va falloir sérieusement déménager du côté des pubards pour astiquer des slogans qui claquent, faire briller le candidat et rameuter le populo dans l'isoloir. Comme l'a rappelé Jean-Pierre Raffarin, joignant le geste à la parole: "la deuxième campagne n'est jamais magique"!

Alors forcément, il y  avait beaucoup de gravité sur le plateau de David Pujadas et une atmosphère empesée qui paradoxalement amenait à porter sur ces six candidats un regard emprunt d'une légère compassion. Mais qu'allaient-ils donc faire dans cette galère?! Si l'ambition des égos politiques ramène souvent au sacrifice - François Hollande a repris du poids -, les primaires sont un chemin de croix bien balisé. L'exigence de transparence faisait étalage de marionnettes dont le geste, la voix, le regard et le souffle ne pouvaient dévier d'une ligne murement travaillée. Ne manquait plus qu'un sismographe en temps réel pour sonder les hauts-le-coeur de ces camarades, emprunts de fraternité mais s'écoutant parler dans une violence contenue. Dans cet exercice de virilité qui fait supporter la critique à demi-mot sans broncher, Martine Aubry fut la première à perdre ses nerfs parce que Ségolène Royal a effectivement changé en densité.

Le vainqueur serait parmi eux et ça pouvait être un autre. Tragique confrontation de talents qui se divisent avant de devoir s'additionner. Le parti socialiste peut bien mettre en avant la bonne tenue des débats de ce concours de beauté qui en valait bien d'autres, cette confrontation a semé les germes de la lutte armée sauf à considérer que parmi la troupe, certains se contenterait de la figuration. Six candidats pour une place, c'est trop ; la débauche d'énergie d'une fine équipe contrainte d'appliquer la loi du talion, tandis que leur adversaire, le vrai, le seul, l'unique, court en liberté, de Benghazi à Tripoli. Ils vont sortir éreintés et finiront par se neutraliser, confinés dans une hypocrisie de façade.