Plutôt que d'avoir déplacé aux urnes 2,5 millions de curieux par un dimanche pluvieux d'octobre 2011, il eût été plus sain pour la démocratie d'en avoir mobilisé la moitié le 21 avril 2002.

Les socialistes peuvent bien se gausser d'un succès médiatique en attendant la soupe à la grimace. Les primaires socialistes ne sont bonnes qu'à faire pleurer un femme et c'est toute la vertu d'un exercice démocratique appliqué qui s'efface aussitôt. Derrière les flons-flons, la bonne franquette, le retour lénifiant d'Harlem Désir en Monsieur Loyal et l'échec injuste de Ségolène Royal, on sent déjà poindre la mitraille. Le duel sera à mort entre les clones du Delorisme exhumé. Arnaud Montebourg plastronne; un dandy au pays des Soviets. Il ne se sent plus pousser d'aise à force d'avoir rêvé depuis tout petit qu'il sera un jour, à son tour, Charles de Gaulle ou François Mitterrand ou les deux: "J'ai sorti le PS du formol". Et oui Martine Aubry, l'ambition politique, ça vient de loin et ce n'est pas la rescousse d'une mine atrabilaire et d'un comportement de pittbul qui peut changer la donne en un rien de temps. François Hollande s'y voyait déjà. Il commence à déchanter. Les regards se crispent, la tension monte, les mots qui fâchent vont être lâchés. Essayez d'aller chercher la dynamique après la condescendance affichée du troisième homme à l'égard des impétrants: "Je ne sais pas s'ils sont capables, l'un comme l'autre, de se dépasser eux-mêmes et d'aller vers les français qu'ils n'ont pas convaincus." Arnaud Montebourg ne fait pas de politique avec des sentiments. On avait compris et on lui pardonne car le talent fait passer bien des choses. Il serait temps, à gauche aussi, de lui faire de la place.

Alors pourquoi ne pas en prendre pour cinq ans de plus avec le Chef de l'Etat et laisser pousser en graine ce jeune poulet de Bresse? Un jour où l'autre les meilleurs ont dû jouer contre leur camp pour toucher au pinacle. Arnaud Montebourg pourrait-il se laisser tenter par cette stratégie? Après tout, ils furent nombreux, et non des moindres, à planter la marche en avant de Ségolène Royal en 2007. La belle unité socialiste n'est plus qu'un amère trompe l'oeil. Dans peu de temps, Nicolas Sarkozy va pouvoir sortir ses plus beaux calibres et lâcher sa verve assassine sur un challenger socialiste un peu écorné. "Une primaire, même réussie, ne fait donc pas un printemps présidentiel" écrivait, hier, Nicolas Demorand.