Dans le même numéro Libération offre sa une à François Hollande et dénonce la propagande électorale du Figaro en faveur de Nicolas Sarkozy. C'est ce que l'on appelle le traitement équitable de l'info!

Le journal fondé par Serge July n'a jamais vraiment renié son camp, même si comme les autres, il avait prétendu avoir délaissé la presse d'opinion pour défendre les vertus d'un journalisme sacerdotal, au service d'une information impartiale. L'excitation d'une campagne présidentielle redonne la - mauvaise - foi et l'on s'imagine Nicolas Demorand, éditorialiste engagé, s'enthousiasmant pour sa contribution au changement. Ah! Revivre une nuit du 10 mai: "Les résultats qui me sont communiqués à l'heure où je m'exprime annonce que les françaises et les français ont choisi le changement que je leur proposais".

N'y aurait-il pas plus loin à voir dans cet engouement juvénile pour un candidat qui inquiéte ses plus proches par la faible empathie qu'il suscite? "Moins charismatique" que Ségolène Royal constate le Président. Les sondages, à 124 jours du but, ne sont pas tout  - "Il gère un patrimoine virtuel,..." - et l'on peine à voir en François Hollande, le candidat de la jeunesse ardente et frémissante. En même temps, les lecteurs de Libé vieillissent aussi. Ils se sont embourgeoisés depuis longtemps. Le candidat socialiste peut bien hausser le ton, il doit rester modeste pour ce qui est du changement: "il y aura des augmentations d'impôt quel que soit le vainqueur de la présidentielle" annonçait-il aux Echos, le 18 octobre dernier.

Le directeur de Libération est apparemment sous le charme. Il voit François Hollande "offensif et même abrupt vis à vis de Nicolas Sarkozy...". Le militantisme de bas étage rend aveugle. Il faudrait qu'Edouard de Rothschild le rappelle à son employé. A trop monter au pinacle le culbuto, n'y a t-il pas un risque à le voir dégringoler plus vite qu'on ne le croit? Et c'est le syndrome d'un 21 avril qui pourrait revenir en mémoire à force de jouer le second tour sans avoir gagner le premier. "On ne voit pas bien comment Nicolas Sarkozy pourrait être réélu, en bonne logique" a déclaré Pierre Moscovici. A force de faire campagne sur la bilan de Nicolas Sarkozy en rêvant d'une finale perdue par le Président sortant, les socialistes et la presse qui lui sert d'affidé pourraient bien connaître une grosse désillusion... en bonne logique.