Retrouvera-t-on la ferveur et l'enthousiasme de 2007? Le silence lointain de ce blog répond en partie à la question. Le match étant désormais engagé, il faut y croire, même si les crises ont jeté un voile pesant sur la politique spectacle et le storytelling.

Nicolas Sarkozy a environ 100 jours pour remonter la pente et "comme toujours [il] gagnera seul"! Toujours dénué de scrupules - il ne faut pas croire à un exercice de repentance ; ça ne sert à rien -, il a peut-être gagné en humilité et conserve toujours une vision lucide de la société française dans son oscillation inquiète vers des solutions illusoires de replis. Le discours ne serait alors pas trop changeant par rapport à sa première campagne. La crise aura mis entre parenthèse le diagnostic et l'ordonnance. Les valeurs - travail, famille, patrie - demeurent, tant la compétition s'avère rude dans cette mondialisation acharnée à la perte des grandes Nations et des vieux pays. A quelques jours du sommet européen d'octobre, Raphaëlle Bacqué et Arnaud Leparmentier écrivaient dans le Monde: "Paradoxalement, la crise, (...), sera la plaie de sa présidence, mais aussi peut-être la chance de sa réélection".

Face à lui, tel un notable rubicond, rassuré par le regard d'un entourage qui s'y voit déjà, François Hollande glisserait incidemment dans la peau de celui qui regarde les choses de haut s'en trop s'inquéter de les changer. Arrogant et dominateur, tout à son affaire de sortir le sortant moins pour ce qu'il fit que pour ce qu'il fut, le candidat socialiste pourrait bien s'essouffler. N'a t-il pas repris du poids? Loin d'être à la hauteur de son ambition, il a déjà dévoilé toutes ses batteries. Il est désormais exposé et sa normalité ne suffira pas à soutenir les assauts du camp d'en face. 

Si Nicolas Sarkozy parvient à inverser les images tout est possible. Il devra y mettre du sien. Et en même temps, le Président de la République a déjà beaucoup changé en cinq ans ; de l'amour conjugal, de la crise en tout genre et une paternité tardive comme éléments nouveaux d'une personnalité éprouvée par l'exercice du pouvoir. Dans son dernier livre - les métamorphoses de Sarkozy, Editions Jacob-Duvernet, 257p., 18,90€ -, Bruno Dive passe en revue ses changements de pieds. Un lecteur belliqueux et atrabilaire y verra la marque de l'inconstance et de l'inconsistance. Une lecture plus attentive laisse paraître, d'abord une envie incommensurable de faire - y compris, par voie de conséquence, des erreurs - de tester et de tenter, ensuite une habile capacité d'adaptation, enfin l'appropriation tardive de la fonction présidentielle telle que les français y consentent: "il n'avait pas compris ou pas voulu croire que la fonction présidentielle ne doit pas seulement être exercée, mais aussi "incarnée"".

Nicolas Sarkozy, peut-il réussir à personnifier le changement alors qu'il est sortant? C'est le challenge qu'il s'impose. Il n'a pas grand-chose à perdre. Des réformes irrévocables engrangées au cours du quinquennat à un nouveau statut "protecteur" du Président-candidat, il n'y a qu'un pas qu'il franchira avec énergie, volonté et mouvement. Dans un portrait qu'il en a tiré pour la revue des deux Mondes (janvier 2012), Michel Crépu écrit : Sarkozy n'a pas été aimé parce qu'il se fichait de l'être (sauf de sa femme). Et puis le talent n'est pas quelque chose qu'on peut aimer". Dommage!