C'est vraiment en marge de la campagne, mais pour la petite histoire du centre en politique, ça mérite quelques mots.

Le Nouveau centre a tenu aujourd'hui un congrès extraordinaire. L'événement, prévu de longue date, devait servir à adouber, dans l'euphorie et la liesse militante, la candidature d'Hervé Morin ; en quelque sorte un discours de Marseille à Nogent-Sur-Marne. Finalement, l'homme de tous les débarquements ayant renoncé  (crédité de 0,5% des voix), le parti a adopté une motion de soutien à Nicolas Sarkozy. Les centristes rentrent dans le rang de la bipolarisation. Au-delà de la raison qui l'a emporté, on en revient toujours à la même constance qui traverse la famille centriste à chaque élection présidentielle depuis 1981; un cruel dilemme dans son positionnement qui ramène à la force de ses convictions et de son socle idéologique. Le Nouveau centre n'est que ce qu'il est ; un supplétif de l'UMP depuis que le parti majoritaire a accompli la synthèse des droites. Rien de plus niais que cette phrase lancée, en janvier 2002, par François Bayrou devant un aéropage de l'Union en Mouvement: "si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien"! Pour le candidat de l'unité nationale et du "achetons français", la formule ne manque pas de sel.

Que pensent les élus du Nouveau centre? Pas grand-chose de bien singulier par rapport à ce qui se fait dans le giron majoritaire depuis 2002. Conçu dans l'urgence, ce parti a consisté à sauver une petite kyrielle de parlementaires qui n'aurait pas survécu au lâche renoncement de François Bayrou de choisir un camp au second tour de 2007. Au vu de bilan qu'il dresse aujourd'hui du quinquennat finissant, ce fut un crime qui devrait le discréditer à jamais. Ainsi donc, une poignée d'élus purent conserver leur petite autonomie dans un rapport de force minimaliste avec l'UMP. Par surcroît, certains d'entre eux purent même gouter aux plaisirs du sacerdoce ministériel. Hervé Morin qui en fut, pensait que son clan devait profiter de l'élection présidentielle pour accentuer la pression. L'ancien Ministre de la Défense était bien loin de toute visée hégémonique. Il calculait simplement petit bras qu'au moment du comptage des voix au premier tour, ses reports et son appel à voter pour Nicolas Sarkozy feraient fructifier sa côte et le donneraient placé dans un futur Gouvernement. C'est dans ce même esprit et avec ces mêmes arrières pensées qu'un certain nombre de caciques du Nouveau centre et du Parti radical ont, à l'époque, cru dur comme fer au lancement de Jean-Louis Borloo dans le grand bain présidentiel. Avec l'excitation qui gagne à la genèse d'une telle aventure et la faible popularité du Président sortant, certains ont cru pouvoir aller au-delà des rêves et se voir aux côtés du futur locataire de l'Elysée! Le rêves c'est brisé et c'est tant mieux! Moins rêveur mais plus naïf sur son potentiel charismatique, Hervé Morin avait repris le flambeau et placé sa campagne sous l'angle du rite sacrificiel au service de sa famille politique. Elle le lui rend bien aujourd'hui et s'apprête à le virer telle une victime expiatoire.

Si Nicolas Sarkozy sort renforcé de ces renoncements pathétiques - ne parlons pas de Chrisitine Boutin qui fomentait une grève de la faim contre 500 signatures -, c'est aussi bon pour la démocratie. Quoi qu'on puissent penser des vertus du pluralisme, de la diversité légitime des opinions et de la défense de leurs expressions, la vie politique s'affaiblit d'avoir à supporter des ambitions fantaisistes, sans consistance ni crédibilité.