Au fond ce qu'il y a de plus facile à reprocher à Nicolas Sarkozy, c'est sa liberté de dire les choses comme il les pense. Car là est peut-être la rupture la plus tranchante qu'il a initiée depuis 2007 quand le peuple de France, conservateur au plus profond de lui-même, attend finalement de ses dirigeants distance et retenue. Dans son livre paru en 2007 Catherine Nay écrivait: "il avance sans masque. Il n'est pas byzantin, il montre son jeu, annonce toujours la couleur." Cinq ans plus tard, dans ses portraits souvenirs, Alain Duhamel renchérit:"Nicolas Sarkozy ne connait pas l'hypocrisie et multiplie les provocations. La plupart des hommes politiques, a fortiori des chefs d'Etat, pratiquent assidûment la langue de bois. Il incarne au contraire, plus que le franc parler, le parler brutal".

Nicolas Sarkozy n'est pas un homme politique comme les autres. Son accession fracassante à la marche suprême du pouvoir a cassé le moule d'une classe dirigeante formatée dans sa genèse et dans son parcours: "Je n'ai pas fait l'ENA. Dans ma vie, je n'ai jamais eu à défendre un statut". Contrairement aux autres, le Président de la République ne s'inscrit pas dans une trajectoire immuable et intangible. Très tôt, il s'est donné une ambition où l'important était de faire plutôt que de durer. Nicolas Sarkozy se refuse à être spectateur. Il veut être acteur: "Après j'irai dans le privé, gagner de l'argent". Dans l'attente, un nouveau quinquennat se justifierait pleinement dans la continuité d'une détermination affichée par tous ses prédécesseurs, à l'exception de Georges Pompidou qui n'en eut malheureusement pas la possibilité. C'est, pour chacun, tout à leur honneur d'avoir relévé le défi du renouvellement de la confiance accordée par le suffrage. Le souvenir de ceux qui ont doublé la mise en est d'autant plus marqué. Pourquoi Nicolas Sarkozy devrait-il s'en passer? A l'inverse, quel sens aurait son maintien dans le milieu en cas de défaite si ce n'est de préempter le rebond d'une droite pour lequel d'autres affichent déjà leur appétit et développent leurs compétences? Valéry Giscard d'Estaing n'a jamais vraiment renoncé à l'envie irrépressible d'un retour en grâce après l'échec. Au lendemain de sa défaite de 1981, il avait dit "au revoir" à ses compatriotes. Ils avaient compris adieu.

Les propos hypothétiques de Nicolas Sarkozy sur son avenir forcent l'évidence d'une réalité et d'une lucidité qu'il faudrait porter à son crédit. Pas besoin d'y ajouter du sens tactique susceptible d'endormir l'ennemi et le conforter dans cette euphorie émolliente d'une victoire prévue d'avance. La franchise du Président de la République offre une vérité bonne à dire. Elle rappelle d'ailleurs la décision immédiate, courageuse et intègre de Lionel Jospin qui assuma plus que sa part dans les résultats du premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Sa déclaration fut à l'époque reconnue pour un geste d'une rare noblesse en politique. Il n'en tenta pas moins un come back calamiteux à la veille des primaires socialistes de 2006. Puisque la défaite présidentielle assumée est un départ sans retour, autant faire une campagne totale et sans regret. Nicolas Sarkozy l'a promis: "je vais tout donner".