François Bayrou est politiquement mort dans l'entre deux-tours de la présidentielle 2007, mais personne ne le lui avait dit.

Son refus obtus de choisir le moins pire des deux finalistes à ses yeux, l'a fait sortir du jeu. Il n’y est jamais vraiment revenu. Comment pouvait-il rester crédible en fustigeant avec tant de virulence le président sortant; cinq ans durant, alors que lui seul avait eu la main pour éviter le chaos qu’il avait prédit et dénoncé avec constance, en se retournant vers Ségolène Royal qui n’attendait que ça pour battre Nicolas Sarkozy : « Gouverner, c’est choisir ». Il aurait reçu une compensation – qu’on lui refuse aujourd’hui, le PS maintenant sa candidate contre lui aux législatives - tout en conservant son quant-à-soi assorti d’un jugement critique qui lui aurait permis de se positionner en éventuel recours. Aussi bien, François Bayrou a fait en 2012 le choix qu’il aurait dû faire en 2007. Cinq ans d’attente pour prendre, de son point de vue, la bonne décision, c’est un peu long.

François Bayrou a cru à une destinée supérieure. Lui seul contre le reste du monde ! On peut y voir de la témérité ou de la naïveté, c’est selon. On peut également avoir un jugement plus tranché et définitif. Cinq ans durant, faute d’une ambiguïté originelle qui s’apparente à un renoncement, François Bayrou aura été inutile au débat politique. Sa vision ego-centrée et son costume de Cassandre n’ont séduit personne si l’on excepte un ramassis d’individualités devenues tricards au Parti socialiste ou à l’UMP. Le "Centre pour la France" (CpF), le label du MoDem pour les élections législatives, aura 400 candidats dont 25% n'appartiennent pas au Mouvement démocrate de François Bayrou. Au-dessus de cet aéropage, le conducator et sa fidèle pythie régnaient sans partage sur le discours et la pensée, réduits à la formule lapidaire : « les autres n’ont rien compris ». Grâce à une lucidité affichée, notamment sur l’état des déficits, François Bayrou conservait un certain attrait aux yeux du  « microcosme ». Toujours friands de postures décalées en mesure d’enfoncer des coins, les médias ont continué à lui tendre des micros. Par surcroît, avec un livre au titre évocateur, il connut un succès de librairie sur le thème porteur du "Sarkozy bashing".

Las, aujourd’hui, François Bayrou est aux portes du cimetière des éléphants. Pouvait-il résister aux sirènes du suffrage universel qui galvanisent les hommes politiques ? « Et puis en quoi est-ce grave de perdre ?» dit-il dans le JDD. Son ami d’Aquitaine, Alain Juppé a su, ou dû, se montrer plus raisonnable en refusant le combat de trop. Faut-il encore, au niveau ou se prétend être François Bayrou, savoir réussir sa sortie. Finalement, engagé dans une radicalité clivante qui fait reproche dans son camp, Nicolas Sarkozy, emporte dans sa chute, l’homme du centre qui croyait à l’espace qui n’existe pas. Tout ça pour ça… ?.