Ils étaient ensemble au pouvoir. Ils se retrouvent ensemble dans l'opposition. Solidaires dans un cas, rivaux dans l’autre. Le duel que se jouent Francois Fillon et Nicolas Sarkozy offre un drôle de paradoxe. C'est un classique du genre dans l'opposition. Elle se cherche, non pas un sauveur, juste un leader. A ce jeu, droite comme gauche ont offert de merveilleuses rivalités fratricides et empesées par la force des caractères et l'épanchement des ambitions. En même temps, la banalité de l'exercice est, cette fois-ci, assaisonnée par une inversion des postures qui déroute et interroge sur la vérité du casting.

Il en est ainsi du comportement de François Fillon. L'ancien Premier ministre force-t-il sa personnalité ou s'anime-t-il enfin tel qu'au plus profond de lui-même? Son agressivité vis à vis de Nicolas Sarkozy surprend pour deux raisons. Les deux hommes ont formé un duo de l'exécutif dont la longévité tutoie le record de Georges Pompidou et Charles de Gaulle. Mieux, ils ont construit la victoire présidentielle de 2007 dans une proximité étonnante compte tenu de leur différence de caractère. Si les choses se sont gâtées au fil du quinquennat à coups de couleuvres avalées et de sciatiques endurées, Francois Fillon a paru s'en satisfaire jusqu'au bout. Se faisant, il s'est construit l'image d'un politique raisonnable et loyal, en retrait du Président de la République - un collaborateur -, jusque dans sa campagne de 2012 qu'il parue assumer totalement. Or aujourd'hui, la virulence avec laquelle Francois Fillon s'en prend à Nicolas Sarkozy surprend au regard de ce passé commun et d'un bilan en partage. Et cette surprise étonne tant elle montre l'ancien Premier Ministre sous un jour que l'on ne lui connaissait. Il aurait soudain troqué les habits de la droite bourgeoise respectable, bien-pensante et modérée, issue de ces terroirs de la France de l'Ouest où l'on a vite fait de faire passer l'engagement politique pour un sacerdoce et le cumul des mandats pour un don de soi. A plusieurs reprises, Francois Fillon a montré son côté velléitaire et on ne lui connaît qu'un acte de rébellion. Viré du Gouvernement sous Jacques Chirac, il s'affilia dans l'heure à Nicolas Sarkozy pour la destinée que l'on sait. Depuis, les renoncements récents à la mairie de Paris et à la Présidence de l'UMP ont déçu. Ils ont contribué à façonner l’image d’un caractère, ni frondeur, ni flambeur, ni killer. Or, à moins qu'il ne se révèle, voilà que l'homme se rebelle. Il frappe fort considérant que c'est le moment de faire la différence et attestant que Nicolas Sarkozy est bien son principal rival.

Quand bien même, l'ancien Président de la République n'est pas de nature à se cacher - même en gardant le silence, il fait parler et laisse dire -, Francois Fillon en a une connaissance parfaite. Il sait bien qu’il n'a laissé percer l'aspiration à une autre vie que le temps d'un discours tout en noblesse, quelques minutes après que Francois Hollande eut été proclamé vainqueur, le soir du 6 mai 2012. Alors, le député du VIIème arrondissement de Paris cogne au point de laisser penser qu'il renie ce qu'il a autrefois servi avec abnégation et talent. On craint que les coups qu'il porte soient de peu d'effets et surtout qu'ils lui reviennent en Boomerang. Cette virulence de l'admonestation, la transgression de son positionnement, le rythme de ses attaques interrogent sur sa nature profonde. Est-il en train de sur-jouer un rôle de circonstances ou a-t-il véritablement le culot de son outrecuidance à l'égard de Nicolas Sarkozy et de ses changements de pied sur le Front national? L'ancien Président de la République se gausse. Ça se voit et ça s'entend. Les off vachards se multiplient et ses affidés en rajoutent joyeusement. C’est de bonne guerre. Du coup la droite prend la fièvre. Elle retrouve ses vielles querelles de chefs dans des duos d'ambitions criminogènes. De faux sages qui ont fait bien pire crient à la folie, alertent cyniquement sur le risque d'explosion de l'UMP.

La droite se perd en conjecture derrière Marine Le Pen que les médias prennent pour la boussole politique de la France. Face à ce péril qui n'est plus forcément une utopie, la gauche a la plus grande part de responsabilité. Elle la cache derrière le profit qu'elle en tire. A défaut de pouvoir compter sur ses propres forces, François Hollande se satisferait d'un 21 avril à l'envers, celui-là même que François Fillon avait prédit. Dans ce contexte, la droite doit prendre ses responsabilités. C'est à celui qui saura défier les électeurs de toutes les démagogies que la droite doit mesurer ses chances de reconquête. François Fillon et Nicolas Sarkozy seront jugé à cette aune.