Il n'y a plus d'affaire Kerviel! La justice sait prendre son temps. Le chemin qu'elle emprunte est long, tortueux et parfois déroutant. Pour une fois qu'il mène au but, il faut s'en féliciter. Quand elle le veut, l'institution judiciaire sait "réparer les vivants" et relever les errements : " Il est en effet apparu que la Cour d'appel, après avoir relevé l'existence de fautes commises par la Société générale, ayant concouru au développement de la fraude et à ses conséquences financières, n'a pas tenu compte de ces fautes pour évaluer la réparation du dommage mise à la charge du prévenu". Vu de la Cour de Cassation, ca change tout. La donne est inversée. L'histoire n'a plus le même sens. L'enfumage d'une communication de crise à gros bouillon, dont le point d'orgue insensé fut le livre d'Hugues Le Bret, se dissipe enfin. La charge émotionnelle de l'ouvrage valait moins par son contenu que par le titre: "La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial : Journal intime d'un banquier". Sans nuance, tout était dit, et plus encore, en première de couverture.

La capitalisme boursier poussé à ses extrêmes est enfin mis en exergue d'un délit trop lourd à porter pour un seul homme, fut-il Jérôme Kerviel. À l'époque, la haute finance s'était émue du sort réservé par la Président de la République au Président de la Société générale, pauvre hère, inconscient des turpitudes qui s'organisaient dans sa maison. La demande de son éviction lui semblait, ainsi qu'à ses confrères, d'une inconvenante irréalité contrairement à la ligne de défense martiale visant à faire porter sur la tête d'un seul de ses salariés la responsabilité de pratiques, sinon encouragées, usitées par beaucoup et le remboursement de 4,9 Milliards d'€.

L'onction papale apportée à ce revirement de jurisprudence - reconnaissance du partage de responsabilité dans le cas "d'atteinte aux biens" - qui n'est que justice, donne sa touche d'immanence. Tel un signe de raison et d'espérance, elle appelle la justice des hommes à reprendre le dossier au delà de toute mansuétude. Doté des forces de l'esprit, Jerome Kerviel ira peut-être en prison. Pour autant, s'il est bien coupable de quelque chose, n'est-il plus seul responsable de cette déroute capitalistique. Il y aura donc un nouveau procès. "Ce sera le procès de la Société Générale" a commenté l'avocat, plus besogneux et efficace que médiatique, de Jerome Kerviel.