Un Président normal est-il dénué de qualité ? Il faudrait poser la question à François Hollande dont on est de plus en plus curieux, à mesure que son quinquennat avance et s’enfonce, de connaitre la conception qu’il a de la normalité. Le livre de son ex-compagne fait l’effet d’un tsunami politique. D’un coup, il balaye les efforts récents autour du remaniement gouvernemental pour (re)donner un peu d’autorité à l’exécutif ; oublié les frondeurs qui trouvent meilleurs qu’eux pour déstabiliser et contester le Président de la République ; détourné le contrôle systématique des chômeurs ; renvoyée à plus tard, l’incertitude totale sur les 50 mds d’économie budgétaire annoncés par Manuel Valls.

D’un coup, le débat public se drape dans l’indécence. La vie politique s’enferme dans l’insignifiance ridicule autant que pathétique d’un déchirement conjugal. Pourtant, à deux reprises déjà depuis qu'il est à l'Elysée, François Hollande avait affirmé que "les affaires privées se réglent en privé". On est en France. Le monde bouge, l’Europe se décentre vers l’est, notre pays décroche, la crise ne faiblit pas et le modèle vertueux de la croissance économique n’est pas certain. Or, c’est l’ex-compagne du Président de la République qui fait la météo pour enfoncer un peu plus notre pays dans une atonie marcescente et l’homme qu’elle a aimé, dans le désamour des français.

La violence de Valérie Trierwieler est énorme. Son cynisme revanchard n’a d’égal que celui de François Hollande qu’elle semble dénoncer avec tant de haine. Elle en retirera peu d’empathie tant ce geste médiatique confirme qu’elle sera passée totalement à côté du rôle que l’élection de son ex-compagnon lui offrait. Certes la place de la 1ère Dame n’est pas facile à tenir. Elle est souvent désagréable quand elle se limite aux à-côtés. On murmure que Carla Bruni prierait ardemment son mari de renoncer au devoir du retour qu’il rêve de s’imposer. De fait, l’acte suicidaire de Valérie Trierwieler ne donne que plus d’éclat à la dignité défunte de Claude Pompidou – « l’Elysée, la Maison du malheur » - ou de Danièle Mitterrand dont les combats humanitaire irritaient à peine, et l’indulgente retenue d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing. On peut aussi avoir une pensée pour Hillary Clinton. La place du chef ne se partage, pas même en couple. Elle établit clairement la frontière entre l’ombre et la lumière.

Au-delà de l’indécence désolante, du caractère sinistre de cette séquence et des effets délétères que l’on n’a pas fini de mesurer et d’endurer, l'affliction est portée à son comble par les attaques sur l’homme. Elles touchent à sa personnalité et proviennent du point de vue le plus intime forgé à la proximité d’une union sentimentale de près de 10 années. Jusqu’à présent l’impopularité de François Hollande tenait à son incapacité à répondre aux attentes et à son inefficacité « politique » à honorer les promesses faites et gagner les paris lancés. Valérie Trierweiler ajoute au portrait une face peu flatteuse, loin d’être exemplaire, irréprochable et parfaite. L’homme sans qualité. Les critiques envers Nicolas Sarkozy ont été virulentes. Le côté « bling-bling » de sa personnalité a été stigmatisé. Pourtant, y compris chez ses farouches détracteurs, on lui reconnaissait sinon des qualités, un certain talent en quelques choses. L’emballement médiatique autour du livre de Valérie Trieweiler, semble priver François Hollande de toute appréciation positive. L’homme normal, devenu Président dans le même registre symbolique, n’est que défauts. Même son humour, souvent porté aux nues, apparait détestable à partir d’un soit-disant bon mot rapporté à propos des pauvres. Valérie Trieweiler veut dénoncer un homme déshumanisé. Une biographie précédente prétendait qu’il n’avait pas d’affect. Coutumier du fait - "le pire défaut de Ségolène Royal, c'est son compagnon" - Arnaud Montebourg prétend qu’« il ment tout le temps. C’est pour ça qu’il est à 20% dans les sondages ». Quant à Cécile Duflot, elle estime qu’ « à force d’avoir voulu être le Président de tous, il n’a su être le Président de personne ». Voilà notre homme, en passe d’affronter une rentrée difficile, habillé pour l’hiver et le reste du quinquennat. Trop c’est trop. "La fonction présidentielle doit être respectée". C’est sa ligne de défense. La France allant si mal, on est tenté de le suivre et de dire c’est assez.