La politique, c'est l'art du rebond et l'espérance éternelle du retour. François Hollande en sait quelque chose du fait de sa longue carrière et des épreuves qu'il infligea à la mère de ses enfants à partir de 2006.

Que va faire Francois Hollande? Que peut faire le Président de la République? Deux questions pour un seul homme à mi-mandat d'un quinquennat irrémédiablement plombé. Sa chute, si vite, si loin, est trop brutale. La déception est trop forte. Le rejet est profond. S'il a lieu, le rebond sera faible. Il ne pourra guère le porter au-delà de 2017. La perspective d'une nouvelle candidature du Président est aujourd'hui autant impensable qu'inconvenante.

Pour nourrir le temps d'ici là, - "Il n'y a pas de sondage, aussi difficile soit-il (...) qui puisse interrompre le mandat que donne le peuple au président de la République", François Hollande a deux postures possibles.

Le faible potentiel dont il dispose pour tenter une réélection, pourrait l’inciter à choisir une posture sacrificielle. Au fait des réalités du pays, lucide sur le diagnostic de la situation économique et conscient des réformes longues et laborieuses à accomplir, il peut continuer sur la voie sociale libérale et amplifier le mouvement au risque d'engendrer une crise sociale avec l'appui d'un Premier ministre courageux, obstiné et téméraire. Les instituions lui donnent les coudées franches pour persévérer dans cette voie - article 49-3 de la Constitution, vote bloqué activé devant des parlementaires godillots qui sauront mesurer l'expression de leur aigreur à l'aune de leurs intérêts catégoriels - quand bien même se serait aller contre les attentes de son camp politique. À 13% de confiance dans les sondages, qu'aurait-il à perdre? La rupture est consommée avec ses électeurs. Le parti socialiste est au bord de l'explosion. Lassé des attaques incessantes, et parfois indécentes, sur sa personne, il les prendrait de haut. Soucieux avant tout de servir le pays, seul avec l’image tutélaire du chef face à l’adversité, il en profiterait pour mettre à mal cette réputation qui au-delà de son dégoût supposé des pauvres, en fait un tacticien d'appareil, dénué d’idée et de vision, indécis et louvoyant au gré des arrangements établis en fonction des rapports de forces de circonstance. Il s'inscrirait dans l'histoire comme celui qui dédaignant sa carrière aurait su s'inscrire, ici et maintenant, dans la postérité généreuse de ceux qui, incompris et sali au moment d'agir, firent de grandes choses au détriment de leur propre sort. Dans cet exercice obligé d'étalonnage avec l'Allemagne, la référence à Gerhard Schröder pourrait le stimuler. Bien que battu par Angela Merkel, l'ancien chancelier, d'obédience sociale-démocrate, conserve une aura qui lui attribue le mérite de la puissance germanique d'aujourd'hui.

L'autre posture s'inscrit dans une ligne, plus convenue, qui inspira davantage certains de ses prédécesseurs. Son leitmotiv consiste à se maintenir dans la fonction présidentielle en délégant l'exercice du pouvoir. Elle est plus politicienne, moins visionnaire et a déjà fait ses preuves. Prenant sobrement acte d'une crise politique à l'occasion d’un vote à l’Assemblée nationale qui le priverait d'une majorité, il pourrait saisir l'arme fatale de la dissolution, non pour convenance personnelle comme Jacques Chirac, mais parce que le jeu institutionnel entre les frondeurs, « un couteau dans le flanc », et lui l'y contraint désormais. C'est le scénario le plus probable compte tenu de l'état marcescent de la majorité. On aura un premier aperçu de cette crise politique dès le 16 septembre prochain avec le vote de confiance que Manuel Valls sollicitera auprès des députés. Plus surement, l'ampleur prise par les contestataires au Parti socialiste, auquel s'ajoute le pas de côté des écologistes gagnés à la rancune de Cécile Duflot et le splendide isolement du Front de gauche, ne peut que conduire à une radicalisation qui s'incarnera dans un acte fondateur, lourd de symbole et de conséquences, avec le refus d'adopter la loi de finances pour 2015, et la dénonciation implacable d'une politique dévoyée au regard des promesses de campagne. Les protestataires, sont allés trop loin. Rester au milieu du gué, comme lors du vote de la dernière loi de finances rectificative, en juin – 33 députés socialistes s’étaient néanmoins abstenus sur le vote du budget rectificatif de la sécurité sociale -, leur ferait perdre tout crédit politique pour l'avenir. De même, une mise en retrait de l'ancien ministre du redressement productif - "Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie"- serait incompréhensible. On l'imagine trop bien ; déjà prompt à se faire entendre et se faire voir dans un nouveau rôle. Il est déjà tourné vers son avenir qui passe la déliquescence du couple de l'exécutif, la mise en ordre des déçus du Président derrière son panache avec l’ébauche d’une gauche plurielle retrouvée et l’espérance d’un second tour de présidentielle face à Marine Le Pen en 2017. Le retour des députés devant les électeurs aurait pour conséquence de réduire les effectifs et de faire basculer l'Assemblée nationale à droite. Des lors, François Hollande n'aurait qu'à nommer un Premier ministre de droite – « L’opposition doit seulement accepter de gouverner en cas de cohabitation. Si elle refusait, ce serait un coup d’Etat institutionnel ». Il n’aura aucun mal à trouver un faire-valoir auquel il reviendra de poursuivre sur le chemin des efforts et des réformes de Manuel Valls. Le Président prendrait peut-être un peu de hauteur. Il pourrait se croire dédouaner d'une politique d'austérité engagée en dehors de sa responsabilité, et s'imaginer pouvoir renouveler son bail élyséen.