A force de le voir s’enfoncer dans une suite incohérente de contre-performances, on finirait presque par avoir de la peine pour François Hollande. Il n’est pas sorti grandi de son émission de télévision « En direct avec les Français ». A sa décharge, l’exercice est périlleux. Rares sont ceux qui s’y étant risqués, en sont sortis à leur avantage. Souvenons-nous de Jacques Chirac en pleine campagne référendaire sur le projet de Constitution européenne face à une kyrielle de jeunes qu’il ne comprenait pas.

Car l’objectif de cet exercice médiatique imposé n’est pas là où l’on croit. Confronté un quarteron de français emblématiques d’une catégorie identifiable en difficulté qui incarnent le malaise ambiant d’une société bloquée, celui qui occupe la fonction suprême doit non seulement compatir mais s’ériger en sauveur par sa parole rassurante et ses annonces détonantes pour répondre au désarroi ambiant qui s’étale devant lui. Les membres du panel viennent avec leurs questions récriminatrices. Le Président de la République vient avec ses réponses lénifiantes et le public écoute ces échanges sans trop croire aux complaintes trop bien troussées des uns et à l’incantation mal assurée de l’autre.

L’objet d’une telle confrontation portée à la vue de millions de français suspicieux qui au regard de la courbe plongeante de popularité de François Hollande, ont choisi leur camp n’a rien d’une information vertueuse, d’un exercice de démocratie participative ou d’une démonstration pédagogique. Perdant de la hauteur, on glisse sur le fonds pour s’attacher à la forme. L’échange direct devient un exercice de communications élaboré pour tenter de rapprocher le Président des français dans une empathie feinte. Il s’agit de contextualiser, à une heure de grande écoute, la proximité retrouvée du Chef de l’Etat et de sa population. Il s’agit alors moins de se comprendre et de se répondre que d’aboutir à la sensation d’une conversation de bon voisinage sur l’air du temps comme un interlude à l’état marcescent d’une société désoeuvrée.

Empêtré par sa personne et son intimité ouverte à tous les vents, François Hollande amplifie – involontairement ? – cette léthargie ambiante et ce dialogue de sourd qui simule le calme avant la révolte. Il entend la souffrance, il comprend le malaise, il ressent l’aigreur, il partage même jusqu’à la colère frustrante et serait prêt à trépigner sur place pour mieux montrer son irritation face à la lenteur des effets des mesures  qu’il lance à tout va. C’est toutefois décalé. Ca sonne faux car le Président de la République est l’homme d’un peuple et d’un pays. Il ne peut sans risque s’abaisser à sonder les âmes et les cœurs, fussent-ils ceux de cobayes fournis par la fée télévision, triés sur le volet, bien peignés et relookés pour s’avancer bravache devant le Chef de l’Etat. Pris pour incarner la colère comme répondant à l'inertie politique, ils voudraient lui dire ses quatre vérités. Finalement, ils repartiront rassérénés, l’ayant vu de si près au nom des autres, après lui avoir dit un peu de l'état de la France et constaté qu’à la fin de l’échange, la courtoisie l’emporte sur le courroux ; personne suivante et l’on s’arrête là ; fin de l’exercice. François Hollande a parlé aux français. Alors qu’il n’a pas convaincu, qu’il a proféré de grosses approximations, servi des recettes éculées – les emplois aidés pour les jeunes et le senior, la baisse des charges dans des proportions sans communes mesures avec les besoins ; « François Hollande n’a plus rien à proposer » - son entourage expliquera qu’il a recréé du lien dans la proximité. A défaut de confiance, d’assurance et de résultats – 500 000 chômeurs de plus, 160 Mds d’€ de dettes en plus et 31 Mds d’€ de hausse d’impôt -  c’est un triste pis-aller. Le Président de la République se cramponne.