Il passait pour un homme intègre, droit et plutôt au dessus du lot. Or, François Fillon n'en finit pas de se placer dans de mauvais coups. On ne comprend plus sa stratégie. Il devient illisible à force de faux pas. Le sens de sa démarche se perd dans des anicroches politiques qui le déroutent.

On l'a d'abord vu, en 2012, quitter sa terre électorale de la Sarthe pour se parachuter sur Paris à un moment ou la bataille pour l'Hôtel de Ville qui se profilait en 2014 pouvait donner un sens à sa démarche tandis que les pronostics le donnaient battu dans son fief électoral. Il dût subir le chantage de la famille Tibéri et rentra dans un conflit grotesque avec Rachida Dati. La mairesse du 7eme arrondissement avait beau jeu de crier au vol de sa circonscription au seul motif de faciliter l'avenir politique d'un ancien Premier ministre. Une fois élu député de Paris, il s'arrêta là, laissant accroire que le combat pour la Mairie était trop risqué ou indigne de ses efforts.

Quelques temps plus tard, il se déclara candidat à la présidence de l'UMP. Un duel fratricide avec Jean-François Copé en découla. Il les conduisit conjointement à une descente aux enfers qui faillit sonner le glas de l'UMP. Les duettistes se livrèrent un combat sans merci et plein de coups bas. Jean-François Copé tricha certainement pour s'arroger une victoire que les urnes et la dignité lui refusaient. Pour autant, François Fillon fit preuve de négligence coupable et d'une naïveté de béotien pour se laisser embarquer dans cette tragédie ridicule d'un scrutin trafiqué et finalement pour être devenu "la victime d'un véritable guet-apens, d'un hold-up, ni plus, ni moins".

Effet de surprise et d'étonnement encore quand, dans le même temps, François Fillon rompt subrepticement et brutalement avec Nicolas Sarkozy. Ils ont pourtant fait tandem le temps d'un quinquennat plein ; une mandature dans toute sa longueur au cours de laquelle, bien qu'il en ait caressé l'idée et senti le besoin, le Président de la République n'aura jamais usé du fusible que représente le Premier ministre. Jusqu'au bout François Fillon fut loyal au Président-candidat ; un collaborateur exemplaire qui n'eut pas toujours la vie facile. Mais avait-il besoin de couper court à une histoire commune de manière aussi violente? Sans doute, la crainte d'un retour de Nicolas Sarkozy pointait déjà dans son esprit. Il en faisait déjà une menace qui viendrait contrarier son appétit présidentiel. François Fillon à l'art de préméditer ses propres échecs. Cette crainte de l'ancien Chef de l'Etat pourrait expliquer, aujourd'hui, la démarche de son ancien Premier ministre auprès du Secrétaire général de l'Elysée dans la version qu'en donnent les journalistes du Monde et sa volonté supputée de "tuer", avec préméditation, le retour annoncé de Nicolas Sarkozy.

Dans ce parcours chaotique, ses velléités de candidature à l'élection présidentielle de 2017 et son passage par les primaires sont aussi sujet à caution. Faute d'avoir conquis le parti dans les conditions que l'on sait, ce qui constitue une faute et devient une lacune dans sa posture de présidentiable, il s'en remet à ce jeu de bonneteau démocratique qui peut faire émerger n'importe quel usurpateur à la tête de l'Etat. On a évité Dominique Strauss-Kahn, mais on a François Hollande. Au royaume des aveugles les borgnes sont roi. Le concept des primaires permet à François Fillon, comme à d'autres, de surmonter ses prévenances de petit garçon bien élevé pour affirmer, par toutes les fibres de son corps, l'exaltation intérieure qui pousse à sortir de la normalité pour devenir présidentiable. Et en même temps, avant même que la compétition ne soit lancée - et si jamais elle existe -, il se permet d'annoncer qu'en cas d'irrégularité qui pourrait survenir dans l'organisation des primaires, il se réservait le droit de s'affrnachir de leur résultat pour aller jusqu'au bout de la course Elyséenne en héraut solitaire.

C'est peu dire que Nicolas Sarkozy, en s'attaquant à reconquérir le parti pour le faire à sa main, prend un ascendant considérable sur Alain Juppé et François Fillon. Faut-il pour autant que ce dernier en viennent aux coups tordus dont il eut à souffrir récemment? Au vingt-heure de TF1, il s'est offusqué qu'on puisse imaginer une telle attitude de sa part ; "Qui peut-imaginer cette scène?" Piètre défense quand on connaît le niveau d'aversion portée par les Français à la classe politique toute entière. La probité ne tient pas à des cheveux bien peignés et à l'auto justification outragée quelque soit l'idéal qui se cache derrière l'engagement politique. Ça peut le mettre en colère et le blesser dans son orgueil, mais François Fillon doit comprendre que lui aussi peut-être si mal perçu par l'opinion qu'elle est prête, aujourd'hui, à imaginer de sa part toute les turpitudes possibles autour de son déjeuner avec le Secrétaire général de l'Elysée. Qu'avait-il besoin d'une telle rencontre avec Jean-Pierre Jouyet? Au-delà de l'estime ou de l'amitié, il y a la posture politique. Aujourd'hui, le discrédit de la classe politique pèse d'une connivence entretenue aux meilleures tables de la capitale. Si tel est l'aveuglement de ces leaders, n’y a-t-il  personne dans leur entourage pour les ramener à une réalité prosaïque. Cet entre-soi n'est plus possible à l'heure de la transparence invertébrée qui offre au cynisme et à la malveillance toutes les manipulations construites aux meilleures sources d'une imagination débordantes.

Parole contre parole; c'est le duel annoncé entre François Fillon et Jean-Pierre Jouyet. Ceux sur le pré étant révolus, la justice est saisie. Elle a le temps de voir venir et la montée du Front national en pivot de notre République marcescente n'est pas son sujet. Sa vérité est ailleurs. Elle a tout son temps pour la trouver. En attendant, François Fillon peut crier au complot. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a mis du sien. C'est regrettable, à la fois pour lui, pour ce qu'il représente, mais aussi pour la suite de l'histoire car personne ne sort grandi de cette sombre affaire sauf les marchands d'illusions destructrices qui n'en attendent pas tant.