Pour l’Union européenne, le Brexit n’apprend rien. Il ne fait que confirmer la crise du projet communautaire, l’incurie bruxelloise dispendieuse avec son aéropage de Commissaires lestés d’armées de technocrates déracinés qui incarnent l’écart grandissant entre une élite cosmopolite et des peuples inquiets de vivre une crise à perpétuité à tel point qu’ils pensent préférable d’affronter la globalisation par le replis sur soi. Qu’ils aient tort, c’est une autres histoire tant le ressentiment est profond. La dislocation de l’Europe ne viendra pas du Brexit.

Fort de ce constat qui perdure depuis plus d’une décennie, les Britanniques en ont profité pour régler leurs querelles politiciennes sur le dos de l’Europe. Et c’est à ceux qui restent de refonder le modèle européen en démontrant l’évidence d’une communauté de destin. Nous serons toujours plus forts à 28, ensemble, pour affronter les turbulences du monde que chaque Nation établie dans un isolement satisfaisant à peu d’égards. Comme quoi des évidences sont parfois difficilement acceptables a fortiori lorsque les dirigeants sont incapables d’instaurer un leadership afin de s’élever au niveau d’exigence qui permet de convaincre et d’entrainer sur l’essentiel : la survie de l’identité européenne, la paix et la prospérité de notre communauté humaine ; autant de promesses longtemps annoncées et jamais vraiment tenues.

Sauf à être un révélateur de plus, le Brexit est effectivement loin de ce constat lénifiant. En cela, il interpelle davantage le Royaume-Uni sur ce qu’il est et ce qu’il veut.

Il aura fallu peu de temps pour montrer que la victoire du « leave » plonge les britanniques dans un abîme de perplexité. A l’évidence, le camp vainqueur n’était pas prêt aux conséquences qu’emportait son discours vindicatif et provocateur. 48 heures après le scrutin, c’était l’heure des renoncements. Une fois retirée, l’exubérance des propos de campagne laisse découvrir l’incroyable complexité d’une procédure de retrait mise en forme juridique par l’article 50 du Traité de Lisbonne - compte à rebours de deux ans pour sortir de l'UE. Mais le droit n’est pas tout…. De là à lui donner une traduction politique et envisager les futures relations entre les îles britanniques et le vieux continent, on voit que les nuages s’amoncellent sur la Perfide Albion.

Tout d’abord, on y revient, les nonistes tremblent sur leurs bases. Le camp hétéroclite du « leave » n’a pas mis longtemps à se dissoudre. Très en pointe pendant la campagne, l’UKIP ne pèsera plus sur la suite des événements. Son leader, Nigel Faradge a eu son heure de gloire au Parlement européen lorsque le Président de la Commission européenne l’a apostrophé pour s’étonner de le voir encore siéger dans l’hémicycle. Le résultat du référendum engendre par ailleurs une large fracture dans les deux partis de gouvernement. Si les conservateurs doivent se trouver un nouveau leader dans un exercice où les petits meurtres entre amis rajoutent du sel sur la plaie, le Labour devrait également en profiter pour rebattre les cartes en son sein et faire un sort à Jeremy Corbin, égaré depuis moins d’un an à la tête du parti. De part et d’autre, entre Tories et travaillistes, on est parti pour s’écharper. Sur fond de trahison et de compromissions douteuses, la guerre sera cruelle. Elle va surtout geler la situation vis-à-vis de l’UE faire durer un état de latence imposé par la démission du Premier Ministre et renvoyer à plus tard les modalités du retrait.

Sur le front économique, l’Angleterre va faire face à un choc d’incertitude ; la livre sterling trébuche et le monde des affaires largement anti Brexit va devoir résister à des vents mauvais. Même Valérie Pécresse qui ne doute de rien, s’active pour rapatrier la finance de Wall Street à la Défense. Etonnante situation alors que les britanniques ont largement façonné l’Europe du libre-échange. Tourner le dos au grand marché devrait se payer.

Mais le referendum fragilise un peu plus le royaume britannique dans son unité. Il réactive les velléités indépendantistes. La Première ministre d’Ecosse est allée faire la bise à Jean-Claude Juncker, trop heureux de montrer que pour certaines, il a encore du sex-appeal. Les Irlandais du Nord sont aussi dans l’expectative. Ils regardent de l’autre côté de leur frontière. La réunification est une question qui plane de plus en plus bas. Sans parler de Gibraltar – 95% du vote « Remain » - que dire de Londres, ville monde, qui a voté largement pour le « In » ? Demandez à la colonie française ce qu’elle en pense.

Tous ces éléments montrent l’inanité d’un retrait de la Grande-Bretagne dans son propre intérêt, ce d’autant qu’elle au final beaucoup bénéficié de l’Union sans s’associer aux principales mesures à portée fédérale tels que l’euro ou Schengen, ce qui fait dire à l’avisé Valéry Giscard d’Estaing qu’elle « n’est pas sortie de grand-chose ».  C’est ainsi, entre autre, que sa frontière se situe à Calais. On souhaite bonne chance aux dirigeants français qui le moment venu, devront renégocier les accords du Touquet.

Face à ce constat délétère, la Grande Bretagne a droit à une seconde chance.

L’idée d’un second referendum ne serait ni ridicule ni infamante. Une pétition demandant un nouveau vote recueille quatre millions de signatures. Elle va officiellement être considérée pour un débat à la chambre des communes. A moins qu’il  confirme  le « out » auquel cas il n’y aurait pas de regret à avoir, le double referendum serait de nature à prévenir la caractère émotionnel de ce genre de scrutin dont on sait bien qu’il sert à répondre à autre chose qu’à la question posée. Les britanniques se sont laissés entrainés dans un jeu politicien malsain ourdi par David Cameron. Il s’était engagé sur un referendum uniquement pour gagner les élections législatives et conserver le pouvoir. Le piège qu’il a voulu tendre à ses adversaires europhobes au sein du parti conservateur s’est refermé sur eux.

Les britanniques devraient pouvoir exercer pleinement leur pragmatisme légendaire et s’interroger à nouveau sur ce qu’ils veulent vraiment, dans quel sens ils veulent faire l’histoire et avec qui. En cas de confirmation du Brexit, la cause sera entendue ; l’île sortira du doute pour retrouver son splendide isolement. En cas d’inversion du vote, nous accueillerions avec satisfaction, légèreté et félicité ce retournement des anglais qu’on admire tant mais qui nous e…… pas mal.