Et si les primaires étaient la nouvelle machine à perdre de la droite et du centre? Une énième manière de nourrir la divison des ambitions à défaut de mettre en valeur la distinction des idées. Mais les dés sont lancés dans cette mise en scène de la légitimité démocratique qui renforce un peu plus la désacralisation de l'élection présidentielle et fait paradoxalement raisonner à l'oreille des sympathisants prêts à débourser 4€ pour exercer leur droit de vote ce lancinant slogan daté de mai 68 : "élection piège à cons!" Combien seront-ils à se compter les 20 et 27 novembre prochain?

En attendant, on nage en plein spectacle politico-médiatique. Les chaînes "tout info" s'en donnent à chœur joie, les instituts de sondage tournent à plein régime, font leur chiffre d'affaire de l'année, les journalistes politiques des heures sup et le Monde n'en finit pas de publier, à pleines pages, un tombereau de répulsifs contre Nicolas Sarkozy sous couvert de grands reportages.

Sept animaux de foire, avec leurs tares et leurs talents font le show dans une ambiance aseptisée de débats télévisés qui n'ont de débat que le nom et où seul compte le strict respect égalitaire des temps de parole. Et dire qu'un troisième round est prévu. Apres François Bayrou, hier qui sera le prochain invité surprise?

À chaque fois, on passe à côté et le niveau sonore de solennité fixé par les animateurs se contente de peu ; on attend/provoque les pugilats, petits meurtres entre amis, rien de plus. Les bêtes politiques sont braves. Elles répondent vaillamment au rite médiatique. Elles jouent le jeu du micro tendu dans une compétition marcescente. Ceux qui n'ont rien à perdre parce qu'ils ne peuvent pas gagner jouent la provocation, les petits coups d'éclat, les postures indignées et l'humour décalé. Ils sont jeunes et ont l'insouciance qui colle à leur statut de faire valoir ou de trouble-fête. Les autres préfèrent incarner l'expérience et la tempérance qui l'accompagne - "J'ai essayé de porter un diagnostic lucide sur la situation de la France. Sans lucidité, il n'y a pas de vision et il n'y a pas de perspectives. Je crois à la nécessité d'une alternances franche, forte." Et soudain, les plus anciens paraissent censés mais semblent dépassés. Une élection c'est aussi un conflit de génération. C'est pourquoi certains d'entre eux préfèrent en dire le moins possible pour ne pas s'abîmer au contact rugueux de contradictions inutiles.

A la fin du spectacle, les journalistes s'empressent de décerner les médailles et de nommer aussi les déficients. On se rassure en constatant que les équilibres sont respectés aux vues de sondages qui ne veulent rien dire. On trouve quand même quelques mouvements de ligne, histoire de préserver l'attention du public qui sans rien demander aura droit à un troisième débat d'ici au premier tour (de la primaire). Il faut espérer que les efforts qu'on lui inflige en termes d'attention et d'empathie, n'auront pas pour effet de le rassasier avant le verdict final. Ces concours de beauté avant l'heure pourraient finir par lasser quand le même processus, le même décorum s'inviteront dès le début de l'an prochain pour la vraie campagne de la véritable élection présidentielle ; alors même que beaucoup de prétendants semblent considérer que le vrai combat se joue dans leur propre camp, ici et maintenant. Non seulement la présence de Marine Le Pen au second tour ne fait plus peur à personne, mais plus encore certains s'en accommodent facilement pour élaborer leur tactique en conséquence. La primaire de la droite et du centre pourrait ne servir à rien.