Manuel Valls a pris un claque à Lamballe ; avant d’en prendre une autre au premier tour de la primaire de la Belle alliance ? Geste prémonitoire qui en dit sans doute plus long qu’un sondage. Plus près du peuple, la vue n’est pas la même, les coups n’ont plus. Manuel Valls n’est plus Premier ministre. Il a repris le chemin du combat électoral pour défendre le quinquennat et conquérir la légitimité du scrutin présidentiel. Tous les coups sont permis. Le second débat télévisé l’a montré ; qu’en sera-t-il du troisième ? Quitte à arriver à saturation, autant assurer le spectacle. Hier solidaires et rigolards les quatre garçons dans le vent de la primaire de la Belle alliance n’ont plus rien d’amical entre eux. Ils sont concurrents face à des français incrédules quand ils ne se désolent pas de cette confrontation qui renvoit à la fin tragique d'un congrès du PS. Hier, mobilisés et organisés pour, ensemble, virer François Hollande du Parti, ils lorgnent aujourd’hui sa succession à l’Elysée après avoir, chacun à leur manière, asséché la prétention du Président de la République sortant. La vérité exige de les mettre tous dans le même sac de cette trahison bien ordonnée, bien qu’ils y aient mis moins de méthode qu’Emmanuel Macron.
La primaire tournera-t-elle au jeu de massacre ?
En attendant, c’est Manuel Valls qui prend les coups, à la télévision comme dans le Finistère. Ses adversaires ont beau jeu de pointer « la danse des paradoxes dans son esprit ». Il est la cible. Pour autant, l’homme n’est pas un punching ball.
Manuel Valls place dans cette bataille politique le sens de son destin pour y croire, moins surement que l’avenir de la gauche. Son équipe a longtemps fanfaronné sur la victoire assurée de son cador. Au nom du bilan, au nom de l’exercice du pouvoir – belle similitude avec Nicolas Sarkozy dans l’incarnation d’une candidature incontournable. L’ancien Premier ministre, lui aussi, aurait changé. Pour autant, au fur et à mesure que s’approche l’échéance, l’humeur tourne à l’aigre. La « blietzkieg » pour asphyxier ses concurrents – comme hier, le « blast » promis par Nicolas Sarkozy - n’a pas eu lieu.
Changement pour changement, maintenant ou demain, l’agression sur le Premier ministre fait réfléchir et conjecturer ; sur les sentiments qu’il inspire et la violence sourde qu’il fait couver dans le cœur des français. Qu’il le veuille ou non, Manuel Valls sera l’homme du bilan. Il paiera pour François Hollande. A contrario, dans l’état de désolation et d’indifférence du climat à gauche, après l’enfarinage de Strasbourg, la gifle de Lamballe pourrait figurer le ressort capable de susciter l’empathie envers un homme courageux qui, contrairement à ses concurrents assume ce quinquennat finissant et supporte les coups que François Hollande s’est épargné.