J’aimerais croire au sursaut des législatives et à la victoire d’un projet d’alternance. Telle qu’exposée par François Baroin, une cohabitation inédite en début de mandat pourrait apparaitre comme le moins pire des scénarios envisageables.

Or, ces quinze jours d’entre deux tours, conformément aux vertus de la Vème République vont reconfigurer le paysage politique en deux camps autour du clivage que vont construire avec pugnacité, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Contrairement à 2002, il y  aura une campagne de second tour ; les progressistes contre les conservateurs, les patriotes contre les nationalistes, le réalisme contre le déni. Les élections législatives découleront de cette dualité.

Dès lors, la cohérence élémentaire de l’électeur raisonnable qui ne prend pas son vote pour une futilité, c’est non seulement de voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle, mais de tout faire pour lui accorder la majorité parlementaire dont il aura besoin au soir du 18 juin. Le leader d’En marche doit élargir et prolonger la dynamique étonnante qu’il a suscité. Il en va de l’efficacité politique pour les 5 ans et de la crédibilité de ceux qui s’en réclament pour servir la France. Au-delà du quinquennat qui vient, cette cohérence institutionnelle vaudra aussi pour l’issue de la prochaine échéance présidentielle de 2022.

Le front Républicain a du mal à se mettre en place ? Et pour cause, l’avertissement du 21 avril 2002 n’a servi à rien ; le FN s’est fondu dans le paysage avec la complaisance marcescente des médias pour qui tout est spectacle éphémère et émotion fugace ; Marine Le Pen a progressé de 1,5 millions de voix par rapport à 2012 ; engoncés dans leurs petits travers, nos grands élus n’ont eu aucune hauteur de vue. Ils se sont même arrangé de cette situation ; c’est désolant. Sur un malentendu, ça peut marcher ! De fait, la vieille politique, celle-là même qui, par contraste, donne à Emmanuel Macron sa part de séduction, a repris le dessus. Elle spécule déjà sur les législatives – un contrat de gouvernement à gauche pour un PS réconcilié autour de Manuel Valls, une cohabitation pour les Républicains emmenés par François Baroin – pour se refaire. Ce dernier, honnête, talentueux et toujours aussi juvénile, peine malheureusement à convaincre quant au sursaut disciplinaire qu’il demande aux électeurs de droite dont l’unité, bien qu’il le conteste, a tout d’artificiel. L’offre politique est frelatée.

Mais au-delà des divergences de fonds – on en revient à l’Europe car elle structure tous les autres sujets – qui fracturent la droite de gouvernement, il y a surtout le traitement indigne qu’elle aura réservé depuis cinq ans à ses électeurs. De la lamentable guerre fratricide, Fillon-Copé pour la présidence de l’UMP aux costumes de chez Arnys en passant par la débilité profonde des primaires, on leur en a fait voir ! A rebours, passé la déception, on est finalement surpris par  le niveau correct de voix obtenu par François Fillon au premier tour du 23 avril. L’esprit de système aura fait très mal à la France qui vote à droite. La discipline, l’effort, l’abnégation et le respect était de son côté, pas de ceux qui voulaient l’incarner.

L’heure du « big bang » que Michel Rocard avait prophétisé en 1993 est peut-être venue. Certes, cela voudrait dire qu’il faudrait alors avoir raison avec François Bayrou, mais la voie des réformes pour l’avenir de la France oblige peut-être d’en passer par là.