Les députés de l’opposition confondue de la droite à la gauche n’en peuvent plus d’instrumentaliser l’affaire Benalla. Ils n’en ont pas fini avec leur hystérie revancharde envers Emmanuel Macron a croire qu’il serait près à rogner sur leur congés pour venir le chercher et lui faire rendre gorge. Après l’usage intempestif des modalités de procédure lors des séances publiques des 20, 21 et 22 juillet derniers à l’Assemblee nationale - pic dérisoire du soulèvement parlementaire, des QAG du 24 juillet dans cette même Assemblée nationale, du fiasco de Commissions d’enquête parlementaires évanescentes et sans intérêt dès lors que la justice est saisie, les voilà désormais en quête d’un vote d’une Motion de censure contre le Gouvernement. La dernière cartouche est tirée pour parachever le ridicule d’un comportement qui n’est que vaine polémique et obstruction stérile.

L’ancien monde contre attaque. Mais l’ancien monde n’a pas le choix des armes. Voilà pourquoi, tout porte à croire à l’inutilité de ses actions. Ce sont autant de coups d’épée dans l’eau qui finiront par révéler l’impuissance des parlementaires à s’en prendre au Président de la République. En attendant d’éventuels retours sur bénéfice lors des prochaines échéances électorales, c’est la fonction présidentielle qu’ils abîment en prétendant faire une affaire d’Etat de ce qui s’apparente à une faute individuelle quant bien même elle émane d’un proche collaborateur du Chef de l’Etat. 

L’affaire Benalla comprend au moins trois grandes parties qui s’agrègent dans l’obscurité de débats contradictoires entre protagonistes divers sur fonds de règlements de compte révélés au grand jour. Si l’on s’en tient à l’agitation politicienne qui fait tristement office de débat politique, il y d’abord l’initiative malencontreuse d’un homme au comportement condamnable. Place de la Contrescarpe, Alexandre Benalla a agit isolément et de sa propre initiative, sans avoir l’intelligence de la situation et la conscience de son statut. Qualifiés de choquants et d’inacceptables par le Premier Ministre, les faits qui allument la mèche du scandale relèvent d’un acte individuel inapproprié ; Alexandre Benella n’avait pas à intervenir place de la Contrescarpe, n’étant présent qu’en qualité d’observateur. Dès lors que la justice est saisie, cet élément de l’affaire finira sans doute par un procès pour lequel le principal protagoniste a déjà laissé entrevoir son système de défense, non sans une certaine habileté.

Le second point de l’affaire concerne la défaillance manifeste de l’information dans la chaîne hiérarchique de la police par rapport à la présence d’Alexandre Benalla, en tant qu’observateur dans un dispositif de maintien de l’ordre du 1er mai ; les dépositions sous serment devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, du Ministre d’Etat, Ministre de l’intérieur, du Préfet de Police de Paris, du Directeur de l’OPC, du directeur de cabinet du PR et du commandant divisionnaire et commandant d’unité de la CRS 15 ( mobilisée place de la Contrescarpe) sont éloquentes ;  si les rapports internes vont sans doute entretenir un flou artistique sur l’étendue et la répartition des responsabilités, cette situation met en exergue les rivalités, la concurrence et les inimitiés au sein des différents services qui nourrissent à dessein la complexité de notre organisation publique sécuritaire. Cette situation n’est pas nouvelle. La guerre des polices est inhérente à une dilution intentionnelle des prérogatives et des compétences. Sur ce point la question cruciale consiste à savoir si Alexandre Benalla a été invité ou s’il a fait pression pour participer, en tant qu’observateur au service d’ordre du 1er mai. Quoi qu’il en soit, si le recours aux fusibles était finalement activé, l’Elysée aurait de quoi puiser allègrement au sein de cette chaîne hiérarchique.

 Enfin, l’effet collatéral, le plus insidieux porte sur la mise en cause de l’autonomie accordée à la Présidence de la République dans son organisation interne par rapport au Gouvernement. Cette mise en accusation facile, classique et sans nuance comme l’a exprimé le secrétaire général du Parti socialiste « Il y a aujourd’hui un clan qui s’autorise tout parce qu’il ne se croit redevable de rien. Et un président qui a placé la loyauté à sa personne au-dessus de la légalité », relève, en même temps, d’un effet boomerang pour Emmanuel Macron qui dans le cadre de la réforme constitutionnelle, malencontreusement débattue au moment où éclate l’affaire, entend affaiblir l’originalité de la fonction par rapport à celle du PM pour se rapprocher un peu plus encore d’un régime présidentiel. Ce serait alors la voie à non pas à un pouvoir hégémonique - il existe déjà en tant que tel - du Président de la République, mais paradoxalement, le nécessaire renforcement du pouvoir législatif en terme de contrôle sur l’exécutif en ce qu’il émanerait exclusivement du Chef de l’Etat. L’équilibre subtile entre l’Elysée et Matignon est de fait fragilisé. L’allusion à un collaborateur, en lieu et place du chef du Gouvernement, gagne en substance. 

 De fait, c’est bien le régime  de la Vème République auquel l’opposition veut s’attaquer au prétexte d’un fait divers dont la justice est saisie. Cette lamentable affaire excite la demande de transparence qui supplante, dans l’esprit des meneurs l’exemplarité pour laquelle ils n’ont pas de leçons à donner. Que les insoumis qui militent ouvertement pour une 6ème République ou les socialistes qui ne savent plus où ils habitent se lancent dans cette lutte hystérique contre le Président de la République, c’est entendable (Rappelons tout de même que lorsqu’Arnaud Montebourg prit l’initiative d’engager  le renvoi de Jacques Chirac devant la Haute Cour de justice, il n’avait pas, à l’heure de la cohabitation avec Lionel Jospin, trouver beaucoup de camarades derrière lui. La raison d’Etat avait encore un sens).Que les députés LR les précèdent dans cette hystérie marcescente, c’est beaucoup plus douteux, confisants et pour tout dire pathétique pour ceux qui se réclament être des héritiers des pères fondateurs de la Vème République. La raison a déserté le camp des opposants à Emmanuel Macron. Séchés, l’an dernier, par la victoire d’un quarantenaire jamais élu, les tenants de l’ancien monde, coincés aux extrêmes et aveuglés par leur médiocrité programmatique, sont trop heureux de reprendre les vieilles luttes sur fonds de scandale. Ça leur fait monter l’adrénaline et ils savent que, dans l’opinion, la mauvaise foi imprime mieux que la bonne.