Ainsi Nicolas Hulot restera dans l’histoire comme un velléitaire protestataire. Le Ministre qu’il était ne voulait plus se mentir. Alors, l’homme a renoncé à sa charge, plantant avec fracas le pouvoir d’agir. Au delà de sa personne, la démission de Nicolas Hulot révèle d’abord toute l’ambiguïté de celles et ceux qui veulent incarner l’écologie politique dans une démarche exclusive. Se faisant, elle en révèle toute les limites au delà du simple discours incantatoire sur les périls à venir et la prise de conscience à avoir, dès lors qu’elle refuse la confrontation au réel dans le cadre de l’action publique au plus haut sommet de l’Etat. Nicolas Hulot n’aurait pas su, pas pu, peser au sein du Gouvernement dès lors que les enjeux écologiques sont transversaux et se déclinent sur plusieurs champs ministériels. Évacuons la manière de faire. Elle montre que le comportement des personnalités prétendument issues de la société civile qui s’engagent en politique ne vaut pas mieux que celle des politiciens professionnels en terme de loyauté. Nicolas Hulot a renoncé en âme seule, isolée et défaitiste, sans égard pour la valeur des’prerogatives qui lui avait été confié par le PR et le PM.

Ainsi, la démission de Nicolas Hulot vient malencontreusement accréditer la mauvaise image dont nos concitoyens affublent la politique. Elle sape un peu plus la confiance accordée à celles et ceux qui nous gouvernent et s’engagent dans l’épreuve pour trouver les voies du progrès et du mieux être collectif. Elle vient gonfler l’assurance féroce des populismes qui se gobergent du moindre faux pas et des volte-face. Gageons qu’à son grand dam, Nicolas Hulot ait conscience de la forme de trahison qu’il figure.

Mais la démission de Nicolas Hulot révèle aussi la force de ce qu’il a critiqué ouvertement et s’entendait devoir combattre. Son geste pourra être perçu comme l’ultime défaite face aux lobbys. Ils ont gagné, éloignant du pouvoir, donc de l’action, celui qui, avant d’autres, les avaient pris pour cible. L’aveu d’impuissance est éclatant. Il laisse au successeur du démissionnaire un champ de ruine. Ceux qui ont le respect de l’environnement pour ennemis de leurs intérêts, ont fait tomber une digue.

Par ailleurs, son départ incarne le renoncement à lutter contre la pression du temps médiatique. Comment Nicolas Hulot peut-il, en désertant ainsi, laisser croire qu’en un an, son bilan eut pu être meilleur? Voire, comment peut-il dire que rien n’a été fait - l’organisation du One Planet Summit, l’arrêt du projet d’aéroport à NDDL, un calendrier pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, un horizon fixé pour la sortie du glyphosate,..... - sans se déjuger maladroitement. Outre son incapacité à mettre en valeur ce qui a été fait, il valide cette exigence d’immédiateté marcescente dont le pouvoir médiatique se délecte pour impulser le rythme du pouvoir politique et mettre celui-ci à la merci d’une insatisfaction populaire perpétuelle. Étonnant ce point donné ainsi à l’adversaire par celui qui déclarait dans le 1 du 20 juin : « Il y a un pouvoir de désinformation très fort. Nos démocraties ne sont pas adaptées à deux choses : la précipitation du temps et les enjeux du long terme. Je suis affolé de voir qu’on fait tout dans l’urgence ». Conscient de la difficulté, il ajoutait : « la précipitation du temps de la prise de décision politique est un fléau, encore aggravé par le tempo médiatique ». Nicolas Hulot a cédé et renoncé dans l’urgence.

« Un Ministre, ça ferme sa gueule ou sa démissionne ». Fort du réquisitoire violent posé par sa démission, Nicolas Hulot devrait pouvoir reprendre son rôle de Cassandre et redevenir ce ludion médiatique, désormais lesté de sa propre impuissance gouvernementale. En entrant en politique, il connaissait la tâche ardue qui l’attendait. Il avait conscience du risque qu’il prenait, notamment en termes d’image, mais surtout des coups à prendre et à encaisser - il en a pris beaucoup ! -, les plus virulents émanant sans doute de celles et ceux qui se disaient être ses « amis politiques ». Le contrat moral qu’il avait passé avec le pays ne pouvait se conclure à son initiative (en tout cas pas si vite), la souffrance morale, le découragement et la déception fussent-elles aussi lourde à porter. Pour être à la hauteur de la charge ministérielle qu’il avait fini pas accepter, Nicolas Hulot aurait dû considérer que son passage en politique fut sans retour.