Nommer le remplaçant d’un ministre démissionnaire est pour le PR tout un art d’exécution qui doit satisfaire deux contraintes; ; trouver, d’une part, un successeur suffisamment habile politiquement et apparement compétent sur le champ ministériel concerné. Préserver, d’autre part, les équilibres précaires et incertains d’une majorité qui le soutient et d’un gouvernement qui l’épaule.

 

Avec François de Rugy en remplacement de Nicolas Hulot, la première semble maîtrisée. Le PR a retenu un homme expérimenté en tractation et coups politiques. Le Président de l’Assemblée nationale qui n’est pas arrivé là par hasard, présente un parcours dans la veine réaliste des professionnels aguerris par les luttes d’appareils, les confrontations d’egos et l’absence de scrupule pour assouvir, non sans talent, l’ambition première qui vaut sacerdoce ; gagner les places et conquérir les postes. Ecologiste de circonstance, François de Rugy s’inscrit dans la pratique immuable et louvoyante d’un radical-socialiste. Son ambition ne s’embarrasse pas de convictions trempées qui lui ferait renoncer. Son manque d’éclat par rapport à son prédécesseur  - la fausse bonne idée de nommer Daniel Cohn-Bendit fut un leurre magnifique - sera avantageusement compensé par son sens politique.

 

L’autre péril relatif à l’équilibre de la majorité en terme de représentation des ambitions semble plus menaçant. Il l’est d’autant plus que Nicolas Hulot a agit sournoisement et avec fourberie. Même s’il avait laissé entendre que son départ était possible, la chose n’avait visiblement pas été anticipée. Il a pris tout le monde de court, y compris son épouse. L’électrochoc voulu par Nicolas Hulot dans sa fuite inopinée, constitue l’ultime déconvenue (les atermoiements autour du prélèvement à la source suivront de peu) qui sonne pour Emmanuel Macron comme la fin d’un état de grâce qui aura tenu 15 mois, soit bien plus longtemps que pour ses trois derniers prédécesseurs. Faut-il y voir le retour inexorable de l’ancien monde? Les conséquences de la nomination de François de Rugy pourrait le laisser penser. Elle lance le jeu des chaises musicales et le concours des petites ambitions. Le perchoir n’ayant pas suffit à satisfaire celle du nouveau Ministre de la transition écologique et solidaire, la porte est désormais ouverte pour celles et ceux qui sauraient s’en satisfaire. C’est ainsi que Richard Ferrand, encore voué aux gémonies il y a peu et toujours suspecté par la justice, entend faire d’un rêve une réalité en devenant le troisième personnage de l’Etat. Il est toutefois rattrapé par le fraîcheur féminine de quelques collègues qui lui contestent la modernité dont aiment à s’affubler les membres du groupe qu’il préside. Le savoir-faire acquis dans l’ancien monde aura-t-il raison de ces élans juvéniles? En attendant, c’est un peu le bordel au sein du groupe LRM de l’Assemblée nationale. Il n’avait pas besoin d’une nouvelle péripétie relative aux velléités émancipatrices de certains membres qui n’auraient rien appris des frondeurs de François Hollande.

 

Pour celles et ceux qui veulent y croire, le suspens sera levé lundi. Réunis en séminaire, les députés LRM, détenteurs de la majorité absolue, choisiront leur candidat au perchoir à bulletin secret. En choisissant leur président, ils ouvriraient un nouveau front interne pour lui trouver une successeur. De quoi exacerber un peu plus les rivalités personnelles et ajouter de la crise à la crise.