«Elle séduit au loin et irrite au près » ; la formule de Jean-Pierre Raffarin à propos de Ségolène Royal ne vaut pas pour Emmanuel Macron. Le mécontentement envers le Chef de l’Etat n’a pas de limite. C’est ce que disent les sondages, litanies habituelles à l’appui du résultat implacable des chiffres, et les réactions hostiles sur son passage lors de son « itinérance mémorielle » pour le centenaire de la fin de la première guerre mondiale ; le PR se fait secouer au cours de ce périple maladroitement concocté par ses communicants dans un malencontreux mélange des genres. Cet exercice de visibilité dont la novation voulait être à la hauteur de l’événement historique et lourd de symboles par temps troublés sous la menace des replis nationalistes, s’avère malheureusement confuse. Aux côtés de la hauteur qui sied à une telle commémoration, les organisateurs ont parsemé la tournée du PR sur les lieux emblématiques du premier conflit mondial de déplacements plus classiques – visites d’usines, d’EPHAD, rencontres avec des élus locaux, bains de foule,… - donnant prise à des rencontres impromptues avec des provinciaux focalisés sur le prix du carburants. Emmanuel Macron aime se faire secouer. 

La grandeur exigée par l’Histoire et la valeur que l’on met dans la célébration du centenaire de la grande guerre s’accordent mal à la proximité qu’impose un contact de plus en plus rugueux et de moins en moins respectueux avec des français envahis de récriminations. Dans ces conditions, la prime au spectacle offert par des médias avides ira plutôt aux belles images d’une confrontation de mots durs avec un syndicaliste dans une usine qu’au recueillement tempéré dans un cimetière militaire.

Telle est l’erreur politique de cette séquence qui nimbée de solennité, entendait forger de la concorde nationale en regardant l’histoire en face pour ce qu’elle nous a donné de leçons sacrificielles. En exposant le PR « à une coagulation des mécontentements », elle aura été singulièrement dévoyée pour finir en tournée des pleurs.

Les propos du PR sur le Maréchal Pétain, déjà tenus en leur temps par le Général de Gaulle et Jacques Chirac, sont venus ajouter une polémique inutile ; cerise sur la tarte à la crème pour redoubler de coups. Nos élites qui faute de pragmatisme, mettent toujours en avant les bons sentiments, préfèrent attiser les divisions par des jugements fallacieux, simplificateurs et dénués de lucidité apaisée sur notre passé. A une époque où savoir se situer sur l’échiquier politique n’est facile pour personne, lorsque le « en même temps » apparait, par la force des urnes, comme la doctrine dominante, le rappel de vieux clivages qui ont fait tant de mal, rassure ceux qui préfèrent attiser la protestation et se complaire dans l’indignation en chambre.