Le niveau actuel de tension sociale dans le pays attise, outre le désir de révolte, les commentaires et l’épanchement des états d’âme. Les réseaux sociaux sont devenus le réceptacle débordant des indignations réductrices fatiguées ; « plus rien à faire, plus rien à foutre » et de la recommandation facile ; « y a qu’à, faut qu’on ». La libre parole qui fonctionne non sans conséquence, est accordée au bénéfice du doute à celles et ceux qui n’ont jamais gouverné la France, un pays si réfractaire au changement, et qui prennent les injonctions venues d’en haut de moins en moins de bonne grâce. Au commun des mortels, on reconnaîtra l’analyse facile et réductrice, de celui qui subit sans forcément mesurer totalement, à bon droit parfois, la portée des mesures politiques qui pèsent sur son quotidien au profit d’un avenir devenu hypothétique. Soit! Devant un écran ou aux ronds-points des routes aujourd’hui, comme au comptoir d’un bistrot hier, le commentaire est libre et la décision politique doit savoir gérer le ressenti qu’elle suscite pour être utile et efficace.

 

En revanche, l’expression intempestive des anciens dirigeants, celles et ceux qui ont éprouvé les responsabilités au plus haut niveau, est plus condamnable. On aimerait trouver chez eux la mesure qu’apporte l’expérience, surtout quand elle s’est nourrie d’épreuves comparables pour se solder en renoncement. Leur sens des responsabilités associé à l’impératif de cohésion nationale qu’ils ont incarné, devrait, parfois, savoir l’emporter sur leur appétence au jeu démocratique d’une opposition systématique. La décence voudrait que ces dirigeants du passé, nonobstant leur désir de retour et de revanche, épargnent leurs successeurs sur des sujets compliqués pour lesquels les réformes à mettre en œuvre sont largement fondées, et supportées au delà d’une simple majorité parlementaire. C’est bien le cas en matière environnementale et climatique pour tenir un cap défini au delà des alternances politiques.