« Les élites parlent de fin du monde quand nous, on parle de fin du mois! » Ou comment, au travers du cri d’un gilet jaune, l’action politique s’accommode du temps qui passe et répond aux urgences qui l’accompagnent. Le chômage de masse sévit depuis plus de trente ans. Certains ont même dit qu’on avait tout essayé. Les services publics s’amenuisent à vue d’œil et la pression fiscale est pourtant toujours aussi lourde. Mais où va l’argent de nos impôts? Quant au modèle social « à la française » il ne supportera plus longtemps les « avantages acquis ». La crise s’est installée en France dans une langueur interminable et marcescente. Ajoutons-y dorénavant la lutte essentielle contre les catastrophes climatiques et on noircit un peu plus le tableau d’une impuissance collective à jauger les priorite du changement et tenter de voir le bout du tunnel.

Dans une société qui a érigé la consommation au rang de valeur républicaine et où tout se juge, s’apprecie et se désir à court terme, les réformes n’ont pas le temps de prendre racine. Depuis plus de trente ans, les électeurs n’ont jamais reconduit une majorité parlementaire. L’alternance est une preuve de vigueur démocratique. En termes d’action, c’est un désastre car le pouvoir en place s’échine toujours à défaire ce que son prédécesseur a entrepris. La réforme des institutions avec la réduction du mandat présidentiel à cinq ans, l’accélération du temps médiatique avec les chaînes tout info et les réseaux sociaux, le communautarisme grégaire ont accentué cette tendance. Ces phénomènes affaiblissent le pouvoir démocratique et les réformes qu’il impose par les urnes. De même, l’individualisme qui supplante la conscience citoyenne agit sur lui comme un censeur lunatique à la petite semaine. Pas assez loin, pas assez fort. Comme l’écrit Alain Duhamel : « ici, un pouvoir est un pouvoir condamné à être battu, quels que soient ses mérites ou ses défauts ». Qui faut-il blâmer? Les français inquiets, râleurs et inconstants dans leur colère multifactorielle où leurs représentants. Tout aussi inconstants, les élus jouent la fuite en avant pris dans le rythme effréné des consultations électorales. Le scrutin européen de juin tétanise déjà le pouvoir qui étalonne son comportement sur cette échéance. Et c’est ainsi qu’à chaque campagne électorale, les candidats s’obligent à promettre davantage que ce qu’ils pourront tenir.

 

Le monde est en train de basculer dans un avenir hostile. Certains scientifiques considèrent que le mouvement est irréversible. Pour se consoler de n’avoir pu accéder au pouvoir suprême, Laurent Fabius n’en finit pas de défendre l´accord malmené de la COP 21. Pour le coup, il n’y a pas de plan B. Lutter contre le réchauffement climatique serait plus urgent que de réduire la pression fiscale en rendant aux français le prix de leur travail. Nos comportements, dans la facilité du quotidien, doivent bouger. Mais, c’est un effort. Et il ne garantit ni le progrès ni la prospérité. Voir loin pour sauver la planète, et l’humanité par voie de conséquence, ne suffit pas si on ne gère pas de près. La fin de mois est effectivement plus proche que la fin du monde. Gouverner, c’est prévoir! La lutte contre les dérèglements climatiques confrontée au sens des réalités rappelé par les gilets jaunes mettent en exergue cette gestion impérative du temps en politique.