Celles et ceux qui expliquent les gilets jaunes par l’augmentation des taxes sur les carburants ont la mémoire courte. Ils ont, soit oublié la chronique politique de ces trente dernières années et le choix du corps électorale au 1er tour de la présidentielle de 2017, soit cru naïvement que la première année de l’ère Macron - le dédoublement des classes de CP, les ordonnances « travail » et la réforme de la SNCF - avait dompté les esprits. Comme pour ses prédécesseurs, le niveau de détestation du Président de la République est à son comble. Mais, avec un score inférieur la majorité du corps électoral, c’est un Président mal élu. Il n’en est pas responsable car son score reflète l’offre électorale inédite qu’il avait face à lui ; un candidat de droite empêché, un Président sortant incapable, deux candidats extrémistes. De ce point de vue, eu égard aux programmes proposés, aucun autres n’aurait fait mieux qu’Emmanuel Macron en termes de rapport entre la pression fiscale et le pouvoir d’achat . Pour certains il n’aurait sans doute même pas fallu attendre 18 mois pour que la révolte se déclenche.

Mais face à l’état de rage qui sourd dans la société française, les circonstances atténuantes en faveur du pouvoir pèsent peu. Aussi, faut-il reconnaître les erreurs qu’il a pu commettre. À posteriori, c’est toujours plus facile à voir et on peut en retenir deux.

D’abord une erreur de perception. Le Gouvernement a été sensible aux experts du climat qui alertent sur le désastre écologique. Face à cette exigence qui doit conduire à modifier les comportements en réduisant notamment la place de la voiture dans les modes de vie, il a repris à son compte, après les autres Gouvernements, le principe de la fiscalité écologique qui a pour but de pénaliser financièrement des comportements polluants. Utiliser la fiscalité énergétique comme levier pour faire évoluer les comportements des ménages vers des pratiques plus durables et lutter contre les émissions de polluants atmosphériques, c’est aussi répondre à l’accusation récurrente - et facile de la part d’universitaires et scientifiques détachés des contraintes de l’élection - de manque de volonté politique. Ainsi, en 2018, la majorité parlementaire a considéré qu’il était possible d’accroître l’effort demandé aux usagers de gazole. Il a donc amplifié la trajectoire haussière de la taxe carbone. La trajectoire pluriannuelle d’augmentation de la TICPE voté dans la loi de finances de l’année dernière s’est avéré juste insupportable avec, par surcroît une flambée des cours mondiaux du pétrole.

Le Gouvernement a certainement voulu se montrer vertueux et marquer son action dans la continuité de l’accord sur le climat arraché par la France lors de la COP 21 à l’automne 2016. On aimerait que Nicolas Hulot soit encore au Gouvernement pour défendre cette trajectoire aujourd’hui mis à mal.

Ensuite une erreur de méthode. Au-delà des mesures de compensations accolées à la hausse des taxes sur les carburants, le Gouvernement a insuffisamment conçu et présenté sa politique fiscale de manière globale faisant en sorte d’instituer et de valoriser un équilibre nouveau en termes de prélèvement en intégrant pleinement la fiscalité écologique. Face à l’accusation de fiscalité punitive, peut-être eut-il fallu mieux défendre une fiscalité de la transformation. Ainsi, les efforts demandés ici devaient être assortis d’avantages ailleurs, notamment par rapport à des mesures de portée générale qui peuvent accentuer négativement la pression fiscale sur les citoyens de la France périurbaine. L’augmentation d’un côté devait être atténuée par la mise en valeur d’une baisse de l’autre conformément au principe macronien du « en même temps ». Il aurait ainsi pu éviter le reproche d’une « utilisation budgétaire » de la taxe carbone du fait du déficit budgétaire et de l’endettement abyssal du pays, ce qui en soi n’a rien de choquant en référence au principe d’annualité budgétaire. Mais l’on s’égare et l’on dépasse l’entendement de gilets jaunes désormais peu enclins à se satisfaire de pédagogie et à entendre quoi que ce soit notamment ce qu’écrivait le rapporteur général du budget de l’assemblée nationale sur le PLF 2018 : « Cette hausse de la fiscalité touche principalement les ménages mais également les acteurs économiques non protégés par des mécanismes de remboursement ou d’exonération. Elle doit conduire, à moyen et long terme, à des modifications de comportements plus favorables à la lutte contre les émissions de dioxyde de carbone ».