hemicycle-videLe simplisme est le pire ennemi de la démocratie! Et le risque s’accroît lorsque la seconde se laisse emporter par l’élan de la meute. La France parvient à cette extrémité. Parti d’une révolte fiscale, le mouvement des "gilets jaunes" est devenu une crise de la représentation allant jusqu’à remettre en cause une partie de l’article 3 de la Constitution qui « définit les conditions d’une non-domination des gouvernés par les gouvernants tout en reconnaissant le fait de la nécessaire asymétrie de leurs liens. »

Que la révolte soit justifiée sur certains aspects du vivre ensemble, nul n’en disconvient plus vraiment. Et c’est peut-être la plus belle reconnaissance accordée au mouvement … si on savait en rester là. Car cette lucidité retrouvée se paye au prix fort de la démagogie. Peu importe que les françaises et les français aient élu leur Président il y a dix-huit mois, la démocratie représentative est passée de mode. Le dégagisme « En marche! » n’a plus de limites : la « domination de conditionnement » théorisée par Pierre Bourdieu qui conduit à rendre « naturelles » ou « objectives » les normes et les valeurs des élites, irrigue la colère des ronds-points ! Et déjà, l’entourage du Président de la République s’agite autour d’un hypothétique referendum en clôture du Grand débat national qui doit se tenir partout dans le pays sur la base des cahiers de doléances ouverts à tous les ressentiments.

Que le monde soit de plus en plus incertain dans sa marche, nul n’en disconvient pas moins dès lors que chacun, au-delà de ses propres aigreurs et désespoirs, veut bien ouvrir les yeux. Ce n’est pas le déni et le repli qui pourront pallier les défaillances de la France face aux incartades de l’allié américain, au terrorisme irrépressible, aux migrations inexorables, à la supériorité des firmes internationales sur les États, aux catastrophes environnementales endémiques, ... Alors que l’expertise et la raison n’ont jamais été autant nécessaires pour comprendre, afin d’agir, sur des organisations sociales de plus en complexes, il faudrait s’en remettre à l’humeur du moment et à l’émotion de l’instant. Ainsi le dernier Baromètre du Cevipof confirme ce sentiment d’éviction pour les intermédiaires : «  62% des sondés affirment qu’il devrait y avoir des referendums sur la plupart des questions importantes et 69% sont favorables au referendum d’initiative populaire.

Cette solution est poussée comme un exutoire ; une facilité cosmétique qui ne prépare pas l’avenir. Elle le soumet à toutes les incertitudes d’un scrutin dénué de perspectives dès lors qu’il doit faire converger dans l'instant des esprits brouillons et dispersés sur une question consensuelle et pertinente. L’exemple du Brexit n’est pas loin pour nous montrer que la voix du peuple, lorsqu’il est consulté sur des questions binaires n’apporte ni solution, ni clarification. Tout comme, celui de 2005 en France, il révèle à posteriori l’inanité d’une démarche politiquement opportuniste d’où l’on a le plus grand mal à faire émerger une politique efficace, fusse sous la forme d’un plan B. Alors que pour les « gilets jaunes », la seule question qui vaille porte sur la sortie d’Emmanuel Macron, on mesure la frustration qu’affecterait toute consultation référendaire. Sauf à considérer que de lui-même, dans sa grandeur et son absolutisme, le Chef de l'Etat décide de remettre son mandat en jeu. Jupiter en  a-t-il le droit ?...