L’élection d’EM en mai 2017, n’a pas fini de faire turbuler le système politique. Les européennes sont des élections bâtardes. Sorte d’exutoire intermittent où chacun s’exprime sans considération pour l’Union européenne, l’avenir de ses peuples et les forces en présence au sein du Parlement de Strasbourg. Cette nouvelle édition n’a pas dérogé à la règle. Les deux grandes peurs qui secouent le pays - le « point de rupture » pour le climat et la perte d’identité, par risque de « submersion » migratoire - n’appellent paradoxalement pas un besoin d’Europe mais plutôt des postures simplistes et des discours autocentrés qui aboutissent à une sanction référendaire. En conséquence, le scrutin de dimanche amène un résultat somme toute banal au regard des éditions précédentes. S’y ajoute l’inédite disruption Macronienne et son excroissance centripète. « La poutre travaille encore ».

Les résultats confirment que le Front National est une force inexorable qui va, maintenant depuis plus de trente ans, son petit bonhomme de chemin. On croyait le débat d’entre deux-tours de la dernière présidentielle rédhibitoire pour Marine Le Pen. En fait rien ne l’arrête, surtout pas ses limites. Une dynamique impavide l’amène à entrer des à présent en campagne pour 2022. Il y a de la paresse intellectuelle et de la fatuité à reprocher au PR cette perspective peu glorieuse. Ce n’est pas lui qui a créé le Front National. Comme pour de nombreux sujets d’aigreur, il succède à beaucoup d’autres qui se sont accommodés de leur faiblesse quand il ne s’agissait pas d’insouciance coupable ou de turpitude cynique. François Hollande n’a pas besoin de pousser loin son esprit visionnaire pour envisager qu’un jour, le FN arrive à gouverner ce pays.

Quelle opposition au Front National? C’est la question qui structure plus que jamais la mutation du système politique. « Les anciens clivages ne sont plus ». Le macronisme s’est construit sur leur destruction. En mettant plus bas que terre « les partis qui ont dirigé la France pendant cinquante ans », il n’a pas choisi d’adversaire de substitution. Deux ans durant, l’opposition s’est tournée alternativement vers la France insoumise et le Front National façon essuie glace ; Jean-Luc Mélenchon trouvait ça plutôt sympa. La dynamique européenne et la démocratie en crise donnent sa préférence au second dont l’objectif à partir d’aujourd’hui est de se construire une respectabilité aseptisée. Le FN est en marche vers la notabilité qu’il s’accorde dans la dualité entretenue avec la LREM.

Les forces classiques de droite et de gauche ont-elles définitivement sombré? Le sursaut paraît difficile tant leurs responsables restent confis dans leur immutabilité d’appareils. Les scrutins intermédiaires à venir montreront leur capacité de rebond. Les municipales de 2020, les départementales de 2021 et les régionales ensuite - 2022, c’est déjà demain -, révèleront la maitrise des grands partis de Gouvernement du XXème siècle à irriguer les territoires et en faire le tremplin de leur renaissance. À plusieurs reprises ils leur ont permis de se régénérer. Au contraire, la LERM, comme les écologistes et leur belle troisième place, auront plus de mal à bâtir leur implantation locale. En tout état de cause, il sera question d’alliances autour de majorités de circonstances et d’idées. De nouveaux épisodes de la recomposition macronienne qui semble désormais irrémédiablement condamnée à aller de l’avant. Plus que jamais, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt et savent marcher loin!