Faut-il être maso pour se lancer dans un réforme des retraites? En 1991, Michel Rocard qui préférait l’hypothèse de la connerie à celle du complot (« la connerie est courante, le complot exige un esprit rare ») avait donné une réponse devenue un considérant majeur de l’action publique : « avec la réforme des retraites, il y a de quoi faire sauter plusieurs gouvernements ».

 La réforme des retraites est un serpent de mer. De 1993 à 2014 en passant par 2003, nombreux sont les gouvernements à avoir voulu retoucher les régimes d'assurance retraite. Ils ont agit plus ou ou moins à ciel ouvert et la portée de leurs actions s’apparente davantage à du replâtrage parcimonieux qu’à la refondation éclatante du pacte social. Difficile alors de faire croire au grand soir et à la réforme enchantée.

 Comment avancer dans un esprit de concorde mêlé de « bravitude » quand l’air ambiant gonfle les voiles d’un populisme délétère et nous renvoie à la perception d’un futur décati? Notre modèle social est à bout depuis trente ans. S’il fait encore son office, c’est sous l’autorité d’une dette abyssale ; un sombre héritage pour les générations futures. Au surplus, notre pays navigue à vue dans une globalisation qui rebat les cartes de la puissance et de la prospérité, des périls et des conquêtes, des risques et des opportunités. Comment agir dans un contexte aussi anxiogène? Le corps social est fatigué ; la fièvre révolutionnaire couve.

 L’âge pivot cristallise toutes les inquiétudes à l’égard d’une réforme impossible à conduire dans une confiante sérénité. Mais l’alibi est facile. Sous prétexte de  dévoiler les mauvaises intentions comptables du Gouvernement, il révèle la répartition, au sein de la classe politique et syndicale, du courage et son corollaire le progrès qui ne vaut que s’il est partagé par tous.

 L’âge légal de départ en retraite est un totem! Un objet intouchable qui justifie toutes les lâchetés et les renoncements. Emmanuel Macron l’avait bien compris en annonçant, lors de sa campagne vouloir faire œuvre de modernité en instaurant un système universel sans toucher aux 62 ans instauré de manière progressive en 2011. Qu’il en soit à demi pardonné.

 Les avantages acquis ne sont pas immuables, surtout lorsqu’ils font face à des déficits. Que l’on compte en points ou en trimestres, le niveau de la retraite dépend avant tout de celui de la cotisation - taux et durée - et du niveau de rémunération durant la carrière. L’aspect paramétrique est indissociable de l’approche systémique. Force est à la loi de l’équilibre dans un système de répartition générationnel. Elle en fait un préalable à toute réforme. Se faisant, celle du PM s’inscrit dans cet entêtant « en même temps ». Si la retraite à point est une idée de gauche, la droite responsable a toujours préconisé une méthode à poigne, avec des mesures d’âge.